Entrevues, Stéphanie Deslauriers

L’athlète derrière Sport’Aide

À L’hiver dernier, j’ai eu le privilège de faire la connaissance de Guylaine Dumont, volleyeuse professionnelle, maman et instigatrice du projet Sport’Aide, une ressource mise sur pied par des athlètes et des chercheurs afin de faire de la sensibilisation, de la prévention et de l’intervention auprès des jeunes athlètes et de leurs proches vivant une situation de violence dans leur milieu sportif.

Guylaine Dumont 

Madame Dumont a généreusement accepté de répondre à mes questions et de se livrer en toute authenticité. Découvrez cette femme sensible, brillante et talentueuse.

Entrevue réalisée par Stéphanie Deslauriers.
QUEL EST VOTRE PARCOURS EN TANT QU’ATHLÈTE?

Ma carrière de volleyball a débuté à l’âge de 14 ans à
l’école secondaire et m’a amenée, dès l’âge de 15 ans, à sortir
de mon environnement familial dysfonctionnel où règnait la violence. À 17
ans, je me suis exilée à Regina, Saskatoon pour joindre l’équipe
nationale, ce qui m’a permis de parcourir le monde en pratiquant ma
passion.
J’ai accumulé, entre 1989 et 2005, douze titres canadiens dont neuf
en volleyball de plage et trois en volleyball.  Je suis une des seules
canadiennes à avoir joué sept années au niveau professionnel en
Italie et au Japon, de 1990 à 1997.

À cause d’un burn-out sportif causé par de l’abus psychologique d’un
entraineur, j’ai cessé de jouer pendant deux ans, le temps de donner
naissance à Gabrielle, de me marier et de devenir thérapeute en
relation d’aide. En 2001, j’ai remporté la médaille d’or aux Jeux
de la Francophonie avec ma coéquipière Kathy Tough.  J’ai repris
officiellement  en 2002 à la suite d’appels d’Annie Martin, une jeune
de 20 ans  qui m’a implorée de faire équipe avec elle pour se
qualifier en vue des Jeux Olympiques de 2004.  Quel cran!  Je me suis
lancée dans l’aventure.

(CP PHOTO/COC-Mike Ridewood)
Guylaine Dumont de St-Antoine-de-Tilly, Québec, salue la foule après la victoire du Canada au volleyball de plage aux Jeux olympiques à Athènes le samedi 14 août 2004.

En 2003, nous avons terminé neuvièmes au championnat du monde au
Brésil et cinquièmes lors d’une Coupe du Monde en Chine.  En 2004,
nous avons terminé quatrièmes à la Coupe du Monde de Norvège et, aux Jeux
olympiques d’Athènes, nous avons pris le cinquième rang, la meilleure performance de l’histoire du volleyball québécois.

J’ai mis fin à ma carrière en 2005, en jouant une dernière saison avec une jeune athlète de 22 ans afin de transmettre mon expérience.
COMMENT EST NÉ SPORT’AIDE?

Interpellés par le phénomène de la violence dans les sports, moi, Sylvain Croteau (engagé dans les sports professionnel et amateur depuis plus de 20 ans) et Sylvie Parent (professeure-chercheure spécialisée en harcèlement et abus
chez les jeunes sportifs) avons lancé Sport’Aide en 2013.  Depuis, nous
nous sommes entourés d’administrateurs et partenaires soucieux de
diminuer –  à l’idéal éliminer – ces violences de toutes natures (sexuelle, physique, psychologique, cyber intimidation, etc.) qui enveniment le milieu et les sportifs.

POURQUOI CETTE SENSIBILITÉ À LA VIOLENCE DANS LES SPORTS?
Ma sœur Nathalie Dumont, a disparu alors que j’avais 16 ans.
Natalie vivait son adolescence dans un environnement, aux antipodes
du mien, entourée de drogues et d’alcool. Son corps ne fut retrouvé
que neuf ans plus tard; neuf années d’angoisse, d’espoir, de tristesse,
et de silence pour moi et ma famille. Nathalie a exprimé sa
rébellion face à la violence physique et verbale de notre milieu
familial en fuguant et s’est tournée vers les drogues pour atténuer son
mal-être… Moi, j’ai eu la chance de trouver le volleyball…
Malgré beaucoup d’évènements positifs dans ma carrière sportive,
j’ai vécu beaucoup d’abus psychologique de la part de quelques
entraîneurs et d’intimidation de coéquipières, surtout au début de
ma carrière alors que j’étais une adolescente en quête de
reconnaissance. Ce qui a laissé des traces et a écorché mon
estime déjà fragilisée. Heureusement, je suis allée chercher de l’aide,
je me suis bien entourée et j’ai continué ma croissance personnelle.
Voilà d’où origine cette sensibilité à la violence.

COMMENT EXPLIQUEZ-VOUS CETTE RÉALITÉ DE VIOLENCE EN MILIEU SPORTIF?

Malheureusement, on observe dans le milieu sportif une banalisation incomparable des gestes et des comportements de violence.  Ce pour quoi nous estimions qu’il était temps qu’un organisme comme Sport’Aide vienne supporter les athlètes et tous les intervenants du milieu sportif (parentes, entraîneurs, dirigeants, bénévoles,
officiel).

QUELLE MISSION VOUS ÊTES-VOUS DONNÉE AVEC SPORT’AIDE?

Sport’Aide a pour mission d’assurer un leadership dans la mise en œuvre d’initiatives favorisant un environnement sportif sain, sécuritaire et harmonieux pour les jeunes sportifs du Québec et fournir un service d’accompagnement aux différents acteurs du milieu sportif, et ce, tant au niveau élite que récréatif.

QUELLES SONT LES RESSOURCES DES ATHLÈTES VIVANT DE LA VIOLENCE?
Dans le monde du sport, il existe peu (voire aucune) ressource traitant  spécifiquement de la violence chez les athlètes.
Ce pourquoi nous avons lancé Sport’Aide.  Chez nous, hormis les
essources offertes au grand public, il n’existe pas vraiment de ressources ou de services dédiés à cette problématique.

Au Royaume-Uni (Child Protection in Sport Unit) ainsi qu’aux États-Unis (SafeSport),
des organisations ont vu le jour afin de contrer et éliminer ce phénomène.

Vous êtes un jeune athlète? Un parent, un entraineur qui a besoin d’aide en lien avec la violence vécue dans le milieu sportif? Consultez le site web de Sport’Aide pour obtenir de l’aide.

Articles, Opinions, Stéphanie Deslauriers

Marre de la violence sous toutes ses formes

Par Stéphanie Deslauriers.

Je ne sais pas si je suis la seule mais la violence sous toutes ses formes, j’en ai marre.

J’en ai marre que des femmes soient victimes d’abus sexuels (l’abus sexuel comprend les attouchements, les relations sexuelles, les allusions, les menaces, l’exposition à de la pornographie, etc. et tout ceci sans consentement).

J’en ai marre qu’on les rende responsables de ces agressions. 14671215_1098713420176661_4403965713911199854_n

J’en ai marre qu’on argumente : « Ouin mais tsé, des fois, y’a des filles qui font des fausses accusations ». Ben oui, ça arrive. Genre, vraiment, vraiment, vraiment pas souvent, mais ça arrive. Et je suis extrêmement empathique envers la personne faussement accusée, qui voit sa vie effondrée, malgré qu’on arrive à prouver hors de tout doute son innocence. Et ça aussi, c’est une forme de violence (psychologique, cette fois) qui est terrible. Et de cette forme de violence aussi, j’en ai marre.

J’en ai marre de la violence physique. Marre qu’on l’excuse. Souvent, on justifie la violence parce qu’elle provient de la peur. Mais la peur, peu importe son intensité, qu’elle soit petite ou grande, n’excuse pas. Jamais. Elle explique, ça oui. Elle permet de comprendre le point de vue de l’autre personne. Elle permet de peut-être ressentir de l’empathie pour cette même personne. Mais elle n’excuse pas le geste. On a tous nos raisons d’agir comme on le fait ; notre histoire de vie, nos bibittes personnelles, nos blessures non pansées. Mais on ne peut pas, que ce soit à petite ou grande échelle, excuser des comportements inadéquats (voire, violents dans le présent cas)).

J’en ai marre, de la violence psychologique. Des moqueries, des insultes et injures. Surtout lorsqu’elle provient de personnes se positionnant ouvertement contre la violence, d’individus engagés en ce sens mais qui se permettent de publier sur les réseaux sociaux des atrocités à propos de personnalités publiques qu’elles trouvent vides et insipides (ou grosses et mal habillée) invitant autrui à commenter en ce sens. Qui sommes-nous pour décider si une personne mérite le lynchage alors qu’une autre (ou un groupe), non ? Comment peut-on clamer être contre la violence sous toutes ses formes mais en être l’instigateur (à un autre degré, certes, mais tout de même)?

Surtout lorsqu’on parle d’intimidation depuis quelques années, déjà. Qu’on la dénonce, qu’on la trouve horrible et inhumaine. Surtout lorsqu’on dit ne pas comprendre qu’un ado de 12 ans ait pu commettre tels gestes terribles envers un pair, lorsqu’on voit une nouvelle sensationnelle s’étant déroulée dans une école ou un centre jeunesse passer dans les médias. Alors qu’on fait preuve nous-mêmes de violence (encore une fois, je suis capable de faire la part des choses et de comprendre la notion d’intensité, de degré et de gravité en termes de violence, en plus de très bien connaître ses différentes formes).

Sommes-nous capables de montrer l’exemple ? D’ÊTRE un exemple à suivre ?

Peut-être que si on s’aimait soi-même plus, si on se montrait plus tendre à notre propre égard, on arriverait à l’appliquer également envers les autres.

À cet effet, voici une vidéo très inspirante de Brené Brown, docteure en travail social.