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Avoir un TDAH, c’est aussi… (2/2)

Par Stéphanie Deslauriers.

Voili, voilà la 2e partie!

Avoir un diagnostic de TDAH n’a pas que du mauvais, bien au contraire.

Image tirée de : http://www.keypersonofinfluence.com/wp/wp-content/uploads/2015/11/think-outside-the-box.gif

Le fonctionnement cérébral différent des gens ayant un TDAH fait en sorte qu’on a tendance à voir les choses…autrement. « Think outside the box », comme disent nos copains anglophones. Ceci amène donc une perspective différente, novatrice, créative.

L’imagination débordante, les idées à profusion, les projets, les défis font également partie du quotidien des personnes ayant ce diagnostic.

Le fait d’être téméraire fait en sorte qu’on a tendance à être plus audacieux, à ne pas attendre « d’être prêt » pour se lancer dans quelque chose de nouveau. Après tout, qui peut se vanter d’être totalement prêt à toutes les éventualités quand il essaie de faire une chose pour la toute première fois?

« Wow! Tu es fonceuse! Tu sais où tu t’en vas! » La vérité? Pas tout le temps. Souvent, j’ai peur. Mais vous savez quoi? C’est également souvent la peur qui devient un moteur pour les personnes ayant un TDAH. Cette peur devient un stimulant, un motivateur. Parce que qui dit peur dit également adrénaline. Et ça, on aime ça.

La curiosité est également un trait des personnes ayant un diagnostic de TDAH; poser des questions pour comprendre comment, pourquoi. S’intéresser (réellement) aux autres (psst : saviez-vous qu’une personne intéressée a tendance à être décrite comme intéressante par son entourage?), à leur vécu, à leurs histoires, à leurs manières de penser et de concevoir le monde. Vouloir découvrir de nouvelles choses, de nouvelles manières de faire, de nouveaux pays. Ça fait également en sorte que les gens ayant ce diagnostic sont ouverts d’esprit! Et ne jugent pas facilement autrui parce qu’ils ont tendance, grâce à leur grande sensibilité, à être très, très empathiques. Ils ont la capacité cognitive et imaginative de se mettre à la place de l’autre, de le comprendre de l’intérieur, donc. Et l’empathie est la clé des relations sociales harmonieuses.

Le sens de la justice est également une force chez les personnes ayant un diagnostic de TDAH. Encore une fois, leur grande sensibilité font en sorte qu’ils ont un radar à injustices et leur désir de rééquilibrer le tout peut les mettre dans des situations de tentatives de médiation, de résolution de problèmes et donc, de personnes ressources.

(Psst : Cette capacité tend à être perçue comme une lacune par les adultes ou personnes faisant preuve d’autoritarisme (et donc, d’autorité injuste et/ou injustifiée) puisque les commentaires et gestes des personnes ayant un TDAH sont perçus comme une tentative de « tester les limites », de « déjouer l’autorité » alors qu’en fait, ces personnes ont bien raison de réagir parce qu’il y a matière à réagir.)

Les gens ayant un TDAH ont une très, très grande capacité de concentration et d’abstraction des stimuli ambiants lorsqu’ils sont attelés à une tâche qui les passionnent! Du même coup, ces gens ont tendance, de par leur intensité, à en avoir, des passions. Et ça, ce n’est pas donné à tout le monde.

On les décrit comme intenses, pétillants, bons vivants, vivifiants, d’ailleurs.

Les personnes ayant un TDAH ont tant à offrir, que ce soit leurs talents multiples, leur sensibilité, leur sens de la justice, leur empathie, leur imagination débordante, leur leadership naturel, leur créativité, leur intérêt envers les autres, leur énergie, leurs idées, leur capacité à foncer…tant de raisons d’apprendre à se faire confiance, à les apprécier dans notre entourage et à se laisser inspirer par eux!

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Avoir un TDAH (1 de 2)

Par Stéphanie Deslauriers.

Les mots qu’on utilise pour parler de soi sont fondamentalement importants.

Il y a une distinction majeure entre « être TDAH » et « avoir un TDAH ».

Oui, le TDAH est un fonctionnement cérébral différent qui amène plusieurs difficultés ; impulsivité, agitation, difficultés de concentration. Mais concrètement, ça veut dire quoi ?

C’est dire des choses sous le coup de l’émotion qu’on regrette amèrement quelques instants plus tard.

C’est tirer la langue, faire « le mauvais doigt » (comme le dit si bien Poulet), c’est écraser son poing sur la table, c’est crier, pousser, taper, lancer quand l’émotion monte en flèche et devient incontrôlable. C’est comme ça qu’elle fait, pour sortir : elle heurte les autres.

Et la personne qui adopte ce comportement ou verbalise ces paroles intenses et blessantes s’en veut tellement, après. Tellement qu’elle se traite de tous les noms :

Ah ! Que je suis niaiseuse !

Je suis un monstre !

Je ne mérite pas qu’on m’aime !

Je suis horrible !

Je me fais peur !

Je fais peur !

Je fais fuir les gens !

Je vais me retrouver tout seul !

Je suis le pire con !

Elle se répète tellement ces courtes phrases qu’elle peut finir par y croire.

Et parfois, c’est aussi le message qu’elle comprend, dans le regard des autres – enfants et adultes – qui reçoivent en pleine gueule ces mots et gestes.
C’est aussi avoir des fourmis dans les jambes et devoir les bouger dans tous les sens, sauter sur place, se tortiller sur sa chaise, jouer avec ses crayons, ronger son efface, gribouiller dans son calepin pendant des explications importantes en classe, se ronger les ongles, se craquer les doigts, se tourner la couette, alouette.

Image provenant de : http://www.ebay.co.uk/itm/Funny-Hamsters-Birthday-Card-Hamster-Jam-3D-Goggly-Moving-Eyes-Guitar-amp-Drums-/272268945177

C’est avoir 18 hamsters speedés dans le cerveau, qui ne se reposent jamais. C’est être fatigué d’être soi, d’être dans sa tête, dans ses pensées incessantes qui se heurtent à vive allure, qui arrivent et repartent immédiatement sans qu’on ait pu les mémoriser.

C’est accrocher les autres dans son agitation, c’est entrer dans leur bulle sans s’en rendre compte, c’est être maladroit, se cogner un orteil, un coude, une cuisse sur un coin de meuble. C’est étourdir les autres qui, pourtant, n’ont qu’un minime aperçu de ce qui se passe dans notre tête.

C’est partir dans la lune, perdre contact avec la réalité, ne plus suivre une conversation parce que le fil de nos pensées a pris le dessus, c’est voir le regard heurté de notre interlocuteur qui a l’impression qu’on ne l’écoute pas parce qu’on ne le trouve pas intéressant, c’est avoir du mal à se rappeler une conversation eue le matin même mais se souvenir en détails de la journée d’anniversaire de nos sept ans, alors qu’on en a 12.

C’est oublier ses cahiers à l’école, ranger le lait dans l’armoire, les céréales dans le lave-vaisselle. C’est ne plus se rappeler où sont nos clés, notre casquette, notre boite à lunch. C’est arriver en retard pour prendre le bus, c’est attendre le bus pour aller à l’école alors qu’on est samedi. C’est arriver le dimanche après-midi avec le cadeau de fête de notre copain alors que les festivités étaient la veille. C’est oublier de faire signer un document important à nos parents, le retrouver en boule dans le fond de son casier à la fin de l’année.

C’est se trouver niaiseux, stupide, étourdi. C’est se tomber sur la tomate, se dire qu’on ne fitte pas dans le moule, qu’on ne pourra jamais avoir une job de 9 à 5 dans un bureau gris avec du tapis beige. C’est avoir peur de s’emmerder, de se tourner les pouces puis, de se plaindre parce qu’on a (encore) surchargé notre horaire.

Alors, alors, on fait quoi pour ne pas virer fou ? Pour s’aimer un peu ? Pour trouver notre place dans le Monde ?

 

À suivre…