Articles, Intimidation

L’intimidation en milieu de travail

Par Stéphanie Deslauriers.

Personne n’est à l’abri de l’intimidation, pas même les adultes.

L’intimidation est un phénomène bien réel, qu’on a peut-être un peu trop galvaudé dans les dernières années à mauvais escient. Elle existe également dans le monde des adultes, ces ex-enfants qui n’ont pas tous appris; pas appris comment s’exprimer, s’affirmer, se faire respecter, respecter les autres, gérer leurs émotions et leur émotivité, prendre du recul pour éviter de (sur)réagir.

Voici l’histoire d’une femme, maman de deux enfants.

Ceci se déroule dans un département de ressources humaines. Une employée qui se fait dénigrer, de manière répétée, par sa supérieure.

Qui se fait crier après au téléphone, se fait écrire des courriels en CAPSLOCK, sans plus de cérémonie. Se fait interpeller devant les autres employés pour se faire critiquer.

Après des mois à tenter de calmer le jeu – cette femme a de belles aptitudes communicationnelles et relationnelles, elle veut que l’ambiance dans son milieu de travail en ressources humaines soit agréable, elle a des bibittes personnelles qui font en sorte qu’elle a en horreur les conflits, qu’elle tend à se remettre (trop) rapidement en question lorsqu’autrui est mécontent, elle a le dos large, du haut de ses 105 livres et 5 pieds 2 pouces – elle rapporte finalement la situation à la personne responsable.

Après des mois à se faire raviver ses craintes d’être « pas assez », incompétente, trouble maker, après des mois à craindre toute interaction avec sa supérieure immédiate, elle craque. C’est son médecin qui l’a dit, qui l’a arrêtée de travailler. « Pendant ces semaines d’arrêt, la personne en charge pourra faire son enquête et apporter les modifications nécessaires à un milieu de travail sain et harmonieux », se dit-elle.

Pourtant.

À son retour au travail, les employés l’ignorent. Elle n’existe plus.

Elle ne se fait pas demander comment elle va, comment s’est passé ses dernières semaines. Rien.

Quand elle réintègre son bureau, sa supérieure immédiate est encore là. Elle est encore sa supérieure immédiate. Et elle est en furie que son employée se soit plaint d’elle. Elle lui en fait baver. La regarde à peine en lui parlant d’un ton méprisant. Lui donne des tâches peu gratifiantes (voire insignifiantes).

Lorsqu’elle va voir la personne qui était responsable de son dossier, elle se fait répondre bêtement que non, elle n’a pas eu le temps de mener l’enquête et d’apporter des changements et qu’elle devra vivre avec. Après tout, c’est une grande fille. En RH, en plus. Elle a de bonnes aptitudes relationnelles.

Elle (en)dure une semaine ainsi. Avant de re-craquer. Parce que c’est exactement ça l’objectif : la faire craquer, la faire payer, lui faire sentir que c’est une moins que rien.

Parce que c’est exactement ça, l’intimidation. Qu’on soit enfants ou pas. Faites attention à vous. Ceci vous permettra de faire davantage attention aux autres, également. Dénoncez ce genre de situations, que vous en soyez victime ou témoin. Personne n’a à vivre cela.

Cette femme a dû faire une plainte aux normes du travail. Elle est bouleversée, ne se voyant pas comme une « employée à problèmes ». Son estime de soi est bien faible présentement et elle s’apprête à mener un combat énergivore, alors qu’elle s’est fait vider de toute son énergie. Bon courage dans ces démarches.

mo_9782760411593Pour votre information : mon prochain livre portera sur ce sujet. “Jeux d’enfants? L’heure juste sur l’intimidation” est un essai qui paraitra en février chez Stanké.

Articles

Un Prix? Un Prix!

Il y a sept ans, quand j’ai commencé à écrire “L’Éphémère”, qui n’avait pas encore de titre à l’époque, ni de direction littéraire, j’étais loin de le douter que, de un, il serait publié un jour et que de deux, il gagnerait un Prix Littéraire.

Je le dis souvent : le processus d’écriture est extrêmement égoïste; non, je ne pense pas à mes lecteurs quand j’écris. Ni aux critiques possibles. Ni à rien. Parce que quand j’écris, c’est un des seuls moments de ma vie où je suis “toute là”. Pas perdue dans mes pensées, pas en train de faire 1788 autres projets dans ma tête, pas en train de me remémorer hier ou de planifier demain. Je suis LÀ, là.

À part quand j’écris, ça ne m’arrive jamais. Ah, non, c’est faux : quand je fais de la peinture (et j’entends par là avec de la Benjamin Moore sur un mur de mon chez-moi).

Si non, je suis toujours un peu ailleurs, “à côté de mes pompes”, comme dirait mes amies françaises.

Il y a sept ans, quand je suis revenue vivre dans ma chambre d’ado chez mon père, après une rupture amoureuse, j’avais juste envie de me défouler, de m’évader, de créer pour ne pas trop crier.

Puis, il y a trois ans, Johanne Guay, VP de chez Librex m’a contactée. Ça aura pris deux ans de travail et de retravail avant d’arriver à un résultat satisfaisant : Eva, qui allait devenir L’Éphémère.

Moi, par contre, ayant appelé ce roman “Eva” pendant quelques années, j’ai encore tendance à y faire référence avec ce titre. Mais bon.

Et en cette fin de mois de mars 2015, assise à table avec ma mère, mon cousin, mon éditrice et l’homme de ma vie, j’attendais de savoir si mon roman allait gagner dans la catégorie “roman adulte” du Prix de l’Association des Auteurs de la Montérégie.

lauréate AAM 2015 Stéphanie DeslauriersPuis, sur scène, un extrait. MON extrait. Mon coeur qui bat, ma main qui devient humide dans celle de mon amoureux. Ils n’avaient pas encore annoncé mon nom mais je savais que c’était un extrait de MON roman qu’ils lisaient, à l’avant. Mon nom. “Stéphanie Deslauriers”. J’ai embrassé mon amoureux, deux fois, il me semble, avant de me lever. De monter les quelques marches de la scène – trois, me semble-t-il. De prendre la parole au micro pour juste dire à quel point je n’en revenais pas. Et à quel point je ne sais pas si je vais en revenir un jour.

Quelle reconnaissance. Quel bonheur savoureux que de recevoir l’approbation de nos pairs.

Je suis encore sur le cul.