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Mon premier Ramadan

Collaboratrice invitée : Rachel Le Bourdais. Diplômée à la maitrise en psychoéducation, ex-psychoéducatrice ayant travaillé en CLSC et en centre de réadaptation en déficience intellectuelle, Rachel a fait le grand saut pour réaliser un de ses rêves et habite maintenant en Espagne depuis août 2014. Elle adore voyager et en apprendre toujours plus à propos des différentes manières de vivre et de penser dans le monde.

Le 12 juin dernier, j’ai lu la nouvelle de la tuerie à Orlando. J’ai vu passé l’information sur mon fil Facebook, via mon cellulaire. Je regardais mon téléphone alors que j’étais chez des amis, juste avant le souper. Un souper du Ramadan. La totalité de ces amis sont des jeunes hommes marocains et musulmans pratiquants. Ils m’ont invitée à souper, moi, femme canadienne et non-musulmane. J’ai tenté de cuisiner avec eux des « briwats aux arachides », un dessert typique du Ramadan. Ils étaient fiers de me faire goûter à leurs tentatives culinaires. Heureux de partager ce moment avec moi. Ils sont tous allés prier quelques minutes juste avant le souper. Et je n’ai pas été choquée; au contraire j’ai trouvé cela beau.

Comme je l’ai écrit dans mon premier billet sur ce blogue, je suis bénévole auprès de ces jeunes marocains alors qu’ils sont mineurs. Je me suis permis de garder le contact avec quelques-uns d’entre eux alors qu’ils atteignent la majorité. Une fois majeurs, ils ont parfois la chance d’être hébergés dans un appartement d’un organisme communautaire, afin de les aider à bien débuter leur majorité.

Je garde contact en tant que « grande sœur », en tant qu’amie. L’organisme compte sur le support de bénévoles, mais je ne veux pas avoir ce titre. Je prends plaisir à discuter, à les écouter, à partager, à manger avec eux. J’apprends à connaitre leur histoire. J’apprends à connaitre leur culture, leur nourriture, leur religion. Ils sont curieux à propos du Canada, de ma famille et de ma culture.

À chaque fois que je me retrouve à l’appartement où vivent 5 jeunes de 18 à 23 ans musulmans pratiquants, je suis la seule femme. Je suis la seule non-musulmane. Et non, je ne dois pas me couvrir en leur présence. Je peux manger ou boire même si eux font le Ramadan. J’essaie de les aider à cuisiner ou laver les plats, mais ils me l’interdisent fortement. À chaque fois que je quitte, un des jeunes m’accompagne jusqu’à mon scooter (et va même jusqu’à sécher le siège avec son chandail pour ne pas que je me mouille). Ils n’arrêtent pas de me dire de leur dire si nous avons besoin d’aide pour notre déménagement mon copain et moi. 13461018_10154331233456542_1141785983_o

Plus d’une fois, certains de ces jeunes sont venus prendre un café alors qu’une amie homosexuelle était avec moi, sachant l’orientation sexuelle de cette amie. Certain se sont fait des copines espagnoles et semblent magnifiquement accueillis par les familles de ces copines.

Bref, ils sont beaux ces jeunes! Je trouve beau le son de l’appel à la prière qui retenti parfois via l’application de leur téléphone. Je trouve beau le fait qu’ils ne consomment pas d’alcool alors qu’ils sont loin de leur famille et culture et rien ne les empêcherait de le faire. Je trouve beau le fait qu’un me dise qu’il aurait été prêt à perdre son emploi (durement trouvé) pour pouvoir faire le Ramadan, étant donné l’importance de cette Fête pour lui.

Et je trouve si triste le mouvement anti-islam des dernières années. Tant de mauvaises « publicités » faites autour de cette religion à cause de certains groupe extrémistes. Et triste de lire des commentaires sur les réseaux sociaux de gens incapables de faire la différence entre un individu et une religion dans son ensemble. Et si triste de savoir que ces personnes n’auront jamais une conversation avec Ibrahim, Abdil et Mustafa autour de « briwats aux arachides », conversation qui pourrait peut-être les aider à s’ouvrir sur le monde.

 

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Fuir à tout prix

Collaboratrice invitée : Rachel Le Bourdais. Diplômée à la maitrise en psychoéducation, ex-psychoéducatrice ayant travaillé en CLSC et en centre de réadaptation en déficience intellectuelle, Rachel a fait le grand saut pour réaliser un de ses rêves et habite maintenant en Espagne depuis août 2014. Elle adore voyager et en apprendre toujours plus à propos des différentes manières de vivre et de penser dans le monde.

6897316-10543903Je ne sais pas exactement ce qui est montré dans les médias au Québec, mais ici en Espagne, il n’y a pas une journée où le sujet des réfugiés syriens n’est pas abordé à la télévision. Et pour ce qui est de l’opinion de la population internationale à propos de l’accueil de ces réfugiés, cela semble très diversifié… On les accueille à bras ouverts? On leur refuse une place chez nous car ce sont peut-être des terroristes?

Je ne me crois pas experte à propos de l’immigration, des guerres, de la politique ou de la religion. J’ose pourtant croire que mon expérience personnelle peut aider à faire réfléchir. À me faire réfléchir. À vous faire réfléchir et à vous faire connaitre.

Ils s’appellent Ibrahim, Ahmed ou Soufian. Ils ont 19, 16 ou parfois même 13 ans! Ils sont marocains, mais ils sont avant tout humains. Laissez-moi vous racontez leur histoire…

Ces jeunes marocains ont quitté leur pays et leur famille afin traverser le détroit du Gibraltar (détroit séparant le Maroc de l’Espagne). Ils ont fait cette traversée seuls afin de pouvoir mettre les pieds en Europe. Ils ont traversé ces 15km en canot gonflable, cachés sous des camions ou encore dans l’eau sous les moteurs d’un traversier.

Une fois en terre espagnole, le gouvernement les place en « protection » jusqu’à leur 18 ans, jugeant que leur sécurité est probablement compromise au Maroc. Ces jeunes se retrouvent donc en centre d’accueil jusqu’à leur majorité.

Depuis un an, je suis bénévole pour la Croix-Rouge et je vais, une heure par semaine, animer divers atelier avec ces jeunes (travail, sexualité, violence, santé, etc.). C’est donc comme cela que j’ai pu faire la rencontre de ces merveilleux adolescents. Et c’est aussi comme cela que me sont survenues plusieurs réflexions. Des réflexions au sujet de l’immigration, du racisme et de la peur de l’étranger.

Selon moi (et selon ma propre expérience), si une personne immigre, c’est dans l’espoir de trouver mieux; au niveau monétaire, au niveau de la sécurité physique, au niveau du bonheur en général. Alors, si une personne met sa vie en danger ou encore, la vie de ses enfants en danger afin d’immigrer, c’est sûrement que la situation dans le pays d’origine était très désagréable, voir dangereuse! Il me parait donc évident que ces réfugiés syriens, marchant des kilomètres et des kilomètres dans le froid ou essayant de traverser la mer de manière dangereuse en « bateau » (et tout cela avec leurs enfants!) fuient une situation terrible et mérite notre accueil et notre aide. Au même titre que ces enfants que je vois à chaque semaine, qui ont risqué leur vie afin d’essayer d’atteindre leur « rêve européen ».

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photo personnelle de Rachel Le Bourdais

Après un an à les côtoyer, une partie de moi n’arrive pas encore à comprendre comment des parents ont pu laisser partir leur enfant de 13 ou 17 ans, sachant que celui-ci aller peut-être terminer sa vie dans les eaux de la mer Méditerranée. Il m’est aussi difficile de comprendre comment des parents mettent la vie de leur enfant en danger en embarquant sur un canot gonflable. La seule partie d’explication que j’arrive à me donner, c’est qu’il m’est impossible de comprendre complètement puisque je n’ai pas vécu la moitié de leurs complications et difficultés.

Ce que je saisie, ce que je vois dans le visage d’Ibrahim, d’Ahmed et de Soufian, c’est qu’ils ne cherchent qu’à améliorer leur situation. Ces syriens ne cherchent qu’à se protéger, se reconstruire une nouvelle vie. Pourquoi tous ces gens ne pourraient-ils pas vivre dans un endroit leur permettant de réaliser leurs rêves?