Choisir, c’est renoncer

Par Stéphanie Deslauriers.

Faire des choix, dire « non », devoir refuser de superbes offres…

Tout ceci a toujours été un défi pour moi.

La raison est simple : j’aime tout! J’aime toucher à tout, essayer, me diversifier, être stimulée. Ça me prend ça pour m’épanouir professionnellement.

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Même personnellement, dernièrement, j’ai dû faire des choix : dire à une nouvelle copine que je ne pourrais pas la soutenir émotionnellement autant qu’elle le souhaiterait pour cause de « j’ai besoin de préserver mes petites réserves d’énergie et ma santé mentale » avec toutes les belles choses qu’on vit et qui s’en viennent pour notre famille, annuler à la dernière minute une activité avec des amies d’enfance car la fatigue était trop présente, ne pas pouvoir assister à une pièce de théâtre pour laquelle j’avais des billets depuis longtemps pour la même raison que la situation précédente et j’en passe.

« Choisir, c’est renoncer », dit-on. Une amie a remanié cette célèbre citation qui va comme suit : « Choisir, c’est faire le deuil de l’option qu’on n’a pas choisie ».

C’est d’accepter de ne pas savoir ce qui serait advenu si on avait pris tel chemin plutôt qu’un autre. C’est laisser aller avec le plus de paix possible.

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J’apprends encore (et probablement pour un méchant bout!) cet aspect de paix dans le fait de choisir.

J’ai plutôt tendance à lutter jusqu’à ce que ça ne fonctionne plus du tout et que là, je doive absolument prendre une décision. « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. », disait Jean Monnet.

Dire que je me reconnais totalement dans cette citation serait un euphémisme!

Et je sais que je suis loin d’être la seule, forcément. On doit souvent se rendre au bout, au fond des choses avant de réaliser que…non. Ça ne marche pas. Ça n’a pas de sens ainsi. Qu’il faut arrêter, changer, alléger notre horaire pour notre bien-être. Se casser le nez même si parfois (souvent), on l’a vu venir à 100 miles à l’heure. Comme si on se sentait coupable d’arrêter avant que tout s’effondre. Comme si c’était une preuve de lâcheté, de faiblesse. « Ben non, je suis capable! Encore un p’tit coup et je vais y arriver! » Mais parfois, « le p’tit coup », ça fait des années qu’on le donne. Et que par le fait même, on n’arrive pas à prendre le temps d’apprécier ce qu’on a, là, là. De s’y investir pleinement, d’arrêter de courir à en perdre le souffle. On cherche toujours plus loin, plus haut, ailleurs, d’un coup qu’on passerait à côté d’une super opportunité.

Mais peut-être qu’à force de courir, on passe à côté de ce qui est déjà là, à nos côtés, en nous.

(Ré)apprenons à savourer. À vivre dans l’ici, maintenant.

Outrepasser ses compétences

Par Stéphanie Deslauriers.

Une des grandes forces que devrait détenir tous les professionnels confondus est, selon moi, l’humilité.

Dire : « Je ne sais pas, je vais vérifier et vous reviendrai avec une réponse », plutôt que d’inventer une réponse pour apaiser, voire alimenter son égo.

Référer à un autre professionnel – qu’il fasse partie de la même discipline que soi ou non – lorsqu’on sent que la demande et les besoins de la personne devant nous dépassent nos compétences.

Éviter de se prononcer sur un sujet qu’on ne maitrise pas (ou pas suffisamment).

Avouer avoir fait une erreur.

S’excuser.

Chercher à réparer son erreur.

Bref, se montrer imparfait. Humain et forcément, vulnérable.

Nous sommes un modèle pour les personnes en demande d’aide : un modèle d’imperfection. Nous travaillons AVEC eux – et non pas POUR eux ou à LEUR PLACE.

Image prise sur le site pixabay.com

Nous leur demandons authenticité, véracité et confiance afin qu’ils partagent une part de leur intimité, de leurs souffrances ainsi que de leurs limites. Il est donc en notre devoir de se montrer tout autant authentique. Carl Rogers, un psychologue américain né dans les années 1900 disait : « Une relation authentique n’est possible que lorsque deux authenticités se rencontrent ». Voilà la base de l’humanisme, de l’empathie et de l’acceptation inconditionnelle, tous nécessaires à l’établissement d’une relation de confiance solide en contexte d’intervention.

Récemment, j’ai été témoin directement et indirectement de situations ébranlantes.

De membres d’ordres et d’associations professionnels qui ont outrepassé leur champ de compétences.

Dans un cas, l’un prétendait pouvoir guérir la dépression de son patient en changeant son alimentation et en l’invitant à cesser sa médication alors qu’il vivait une grande période de changements et de stress (et que son psychiatre et son médecin traitant depuis les 30 dernières années lui recommandaient plutôt d’attendre de vivre une période plus stable dans sa vie).

Dans l’autre, l’une regardait de manière emplie de jugement une usagère en raison de sa prise de médication en l’invitant à la cesser du jour au lendemain sans connaître son dossier médical ni l’usagère plus qu’il ne le fallait, par le fait même.

Des soupirs, des regards de biais, des commentaires acerbes visiblement ravalés à la dernière minute ont été effectués par un autre membre d’une association professionnelle, encore sans connaître en profondeur la personne venue demander de l’aide ni son historique médical et psychologique.

Un autre a exprimé vivement son désaccord en lien avec la prise de médication de type « anti-inflammatoire » à une patiente visiblement en douleur, clamant que cela traumatisait son système et qu’elle devrait arrêter sur-le-champ.

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Ces situations m’ont été rapportées et / ou vécues. Dans chacun de ces cas, aucun des professionnels consultés n’avait une formation adéquate pour se prononcer sur ce sur quoi ils l’ont fait, les conseils étaient non sollicités et le fait de les suivre aurait pu causer de graves torts aux patients. Bref, les usagers n’allaient pas les voir pour leur parler de médication et leur poser des questions à cet effet mais ont dû le faire en complétant le bilan de santé en début de suivi.

On peut avoir des croyances et des valeurs – évidemment! – mais en aucun cas, on ne devrait les imposer à qui que ce soit, surtout pas aux personnes vulnérables qui viennent consulter. Jamais. Surtout lorsqu’on se prononce sur un sujet sur lequel on n’a pas de formation suffisante, reconnue ou adéquate. C’est un manque de jugement, de professionnalisme et d’humilité.

Parlons de ce que nous connaissons et laissons le reste aux personnes qualifiées, pour le bien-être de tous.

Si vous vous êtes sentis lésés dans une relation professionnelle, saviez-vous que vous pouvez vous adresser à l’ordre professionnel ou à l’association professionnelle de la personne consultée afin de faire une plainte?

Le parcours académique en psychoéducation

Dans le cadre de mes fonctions à l’Université de Montréal, j’ai la chance de faire la connaissance d’une foule d’étudiantes plus allumées les unes que les autres. Naomi Rouillard, qui a terminé sa maitrise en avril dernier, fait partie de celles-là. Elle a généreusement accepté de partager une partie de son essai sur la psychoéducation tel que rédigé dans le cadre de son dernier travail de stage de maitrise. – Stéphanie

La pratique de la psychoéducation c’est l’actualisation des savoirs, savoir-faire et savoir-être du psychoéducateur.

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Ainsi, la formation permet d’abord de posséder des connaissances sur le développement de l’humain, sur la psychopathologie, sur les différentes approches, etc. Ces savoirs forment en quelque sorte la fondation de la formation du psychoéducateur et sont nécessaires pour construire le reste de l’identité professionnelle de manière solide. Pour ma part, ce sont ces savoirs qui m’ont fait choisir la profession. J’étais alors étudiante en enseignement et ma sœur, étudiante en psychoéducation, me parlait de ses cours de développement psychosocial de l’enfant, de l’adolescent et de l’adulte. J’ai éventuellement réalisé que j’avais plus d’intérêt pour ce qu’elle me rapportait que pour mes propres cours de didactique. Par la suite, ma formation en psychoéducation m’a permis d’acquérir ces savoirs sur lesquels j’ai construit mon savoir-faire.

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C’est notamment par le biais des stages (et des emplois) que se développe, selon moi, le savoir-faire du psychoéducateur. C’est alors l’occasion de mettre en application les connaissances intégrées et de développer les compétences professionnelles, les techniques d’intervention et les pratiques du milieu. Les opérations professionnelles, telles que l’observation, l’évaluation, l’animation ou l’utilisation, sont des exemples du savoir-faire du psychoéducateur. Il faut être en mesure de s’adapter aux mandats des différents milieux où la psychoéducation est présente et de développer le savoir-faire propre à ces milieux tout en conservant l’essence de la profession. Mon stage au Centre de la petite enfance du Mouillepied a été l’occasion de développer un mandat répondant aux besoins du milieu. Cela m’a demandé de bien comprendre le rôle du psychoéducateur dans ce type de milieu et de le communiquer efficacement.

Enfin, le savoir-être est ce qui permet d’entrer en contact et d’établir une relation de confiance. En ce sens, le savoir-être est prépondérant par rapport aux deux autres types de savoirs. La formation pratique en psychoéducation propose d’évaluer les étudiants selon les six schèmes relationnels que sont l’empathie, la confiance, la disponibilité, la congruence, la sécurité et la considération. Ces schèmes sont à la base de l’établissement d’une relation qui sera aidante pour le client. Par la suite, c’est au travers cette relation que le psychoéducateur pourra utiliser son savoir-faire et ses savoirs pour accompagner la personne vers le développement de son plein potentiel.

 

Crise de la trentaine!

Par Catherine Landry-Plouffe.

Le mois prochain j’aurai 29 ans. Selon plusieurs, c’est durant cette année qu’on vit la crise de la trentaine. Cette crise existentielle n’est certes pas vécue par tout le monde, mais lorsqu’elle l’est, on remet tout en question.

En regardant autour de moi, il me semble que la crise de la trentaine est vécue de deux façons. Pour certains, elle fait réaliser qu’ils ont atteint plusieurs de leurs objectifs de vie (maison, emploi, études, voyages, etc.). Toutefois, leur atteinte n’a pas toujours l’effet anticipé. Pour d’autres, elle fait réaliser qu’ils ne sont pas où ils l’auraient cru à cet âge.

De mon côté, je fais partie des premiers. Ma crise, je l’ai vécu de manière un peu précoce lors de mes 27 ans. Disons que ma dernière rupture amoureuse a provoqué les choses. Après ma séparation, j’ai tout questionné : mes valeurs, mon mode de vie, mes relations, mon choix de carrière, etc. Tout y est passé! C’est là que j’ai réalisé que depuis bon nombre d’années j’étais sur le pilote automatique ou plutôt sur les pilotes automatiques, qui étaient mes objectifs de vie (professionnels et personnels) et mes peurs. Ils dictaient mes choix et mes comportements.

Ces remises en question et les prises de conscience qui en ont découlées se sont concrétisées graduellement en changements dans ma vie. Le plus récent est de m’assurer que je fais les choses en étant dans le moment présent plutôt que dans l’anticipation de ce que je vivrai une fois que se sera terminé. Dorénavant, ce n’est pas l’atteinte d’un objectif fixé qui est important, mais le cheminement qu’engendre son atteinte.

J’ai fait ce constat en ayant atteint quelques-uns de mes objectifs personnels (études, emploi, etc.). Avec le recul, je réalise que la poursuite de leur atteinte m’a amené à ne pas porter attention aux occasions qui se sont présentées. En effet, j’ai les ai plutôt regardé passer en maintenant le cap vers mon objectif. Un exemple de cela est mon cheminement scolaire. Arrivée à l’université, mon objectif était de compléter mes études afin de devenir psychoéducatrice. Je trouvais l’idée de prendre une année sabbatique très intéressante, toutefois mon objectif et mes peurs (« peut-être que je ne voudrai plus retourner aux études », etc.) m’ont amenée à poursuivre sans pause.

Aujourd’hui, j’estime le fait d’atteindre mes objectifs personnels, mais j’ajoute la nuance de me questionner continuellement et de garder les yeux grands ouverts en cours de route.

L’élaboration d’un objectif personnel est donc le début d’un cheminement mais il n’est pas une fin de soi. Un concept qui s’applique tant dans ma vie personnelle que professionnelle, comme psychoéducatrice. Un détail important que M. Gilles Gendreau a également pris le temps de soulever dans son livre Jeunes en difficulté et intervention psychoéducative. Comme quoi les crises ont du bon!

 

 

 

Le bagage émotionnel de l’intervenant

Par Stéphanie Deslauriers.

« Est-ce que je peux être intervenante même si j’ai un trouble anxieux? »

« Est-ce que le fait que j’ai des problèmes à gérer mes émotions fait de moi un mauvais candidat en intervention? »

« J’ai déjà fait une dépression. C’est pas un peu paradoxal, de poursuivre mes études en intervention? »

Ben non. La vie est faite de défis, d’obstacles, d’impondérables parfois heureux, parfois tristes. Personne n’est à l’abri de la souffrance psychologique.

Et c’est même souvent parce qu’ils ont une sensibilité à cette souffrance que les individus se dirigent vers l’intervention. Parce qu’ils en ont eux-mêmes vécu, que ce soit dans leur milieu familial qu’ils n’ont pas choisi, en contexte scolaire ou amoureux.

La détresse, la peur, la colère et la tristesse font partie intégrante de l’humain, peu importe d’où il vient et où il va. Ce sont des émotions, des états psychologiques qui peuvent se prolonger dans le temps en raison d’une foule de facteurs; la génétique, l’histoire de vie, la capacité d’adaptation, un deuil, une rupture, un traumatisme, etc.

On ne peut pas s’attendre à ce que des intervenants, qu’on souhaite empathiques, ouverts, compréhensifs, sensibles, authentiques, ouverts d’esprit de n’avoir jamais vécu de souffrance, quelle qu’elle soit!

Est-ce que ça fait d’eux des cordonniers mal chaussés? En fait, j’espère que mon cordonnier a un jour été mal chaussé pour comprendre l’importance d’être bien chaussé. Afin de développer ses stratégies pour réparer les semelles, changer les lacets et cirer le cuir.

Tout comme chaque intervenant a son histoire, sa vie, ses difficultés qu’il parvient, grâce à son entourage, à ses propres capacités, à ses apprentissages théoriques et humains en lien avec sa formation et sa pratique, à pallier, à réparer, à atténuer.

Tout ce bagage fait en sorte que la relation, à la base même du processus d’intervention et de changement chez la personne qui souhaite être aidée, puisse se bâtir sur des bases solides, d’humain à humain, d’égal à égal.

Hé oui! Je crois fondamentalement au pouvoir d’agir sur leur vie des individus (empowerment), qu’ils sont les acteurs principaux de leur vie, qu’ils ont des ressources qui ne cherchent qu’à émerger, qu’à être consolidées et être optimisées via l’aide d’un professionnel, parfois.

Je crois que l’intervenant devrait encourager une collaboration participative, axée sur l’acceptation inconditionnelle, l’authenticité et le respect bidirectionnel des forces et limites de chacun. Je crois profondément qu’une relation va dans les deux sens et que l’intervenant qui se place en expert ferme la porte à une grande partie de la relation qui pourrait être tellement utile (voire nécessaire!) au cheminement de la personne.

Bref. Que vous soyez étudiants ou professionnels, vous et votre bagage de vie avez votre place en intervention. Tant que ce bagage vous permette de devenir une meilleure personne, un meilleur outil de travail permettant à son tour l’écoute, la disponibilité, la considération et l’empathie.