Articles, La vie, Stéphanie Poissant

Mieux vivre dans le moment présent (grâce à Gaston)

Par Stéphanie Poissant, psychoéducatrice

La majorité d’entre nous connaissons bien (pour en avoir entendu parler ou pour l’avoir expérimenté) les responsabilités d’avoir un chien, mais aussi les bienfaits sur notre santé mentale et physique. Pour n’en nommer que quelques-uns, avoir un chien nous oblige à être actif physiquement en marchant tous les jours et a un effet apaisant.

Mais avez-vous déjà observer votre chien (ou celui de quelqu’un d’autre) pour apprendre de ces gentils compagnons ?

En tant que psychoéducatrice, l’observation est un élément important dans mon rôle professionnel, mais qui est aussi très souvent utile dans ma vie personnelle. La présence des animaux est reconnue comme ayant un effet généralement positif (comme nous l’enseigne la zoothérapie), mais j’ai réalisé qu’en observant mon chien Gaston et ses habitudes, je développais de meilleures aptitudes de gestion du stress et de pleine conscience à vivre dans le moment présent. 😊

Je vous donne un exemple… lorsque Gaston se couche, particulièrement le soir lorsqu’il est prêt pour le repos, il soupire et semble relâcher tous les muscles de son corps …Un comportement que ma prof de yoga nous enseigne et nous répète, mais que personne n’a enseigné à Gaston ! Après s’être préparé au repos, Gaston ne pense à rien et s’endort presqu’automatiquement … chanceux ! À réaliser l’efficacité de sa technique, je me surprends très souvent à faire un grand soupir pour expirer le stress de ma journée et détendre les muscles de mon corps lorsque je l’entends soupirer.

Stéphanie et Gaston dans le moment présent
– Crédit photo – Alex C.D. Photography

Un autre moment où je m’inspire de sa façon à vivre dans le moment présent (et je vous invite à faire de même) est lors des promenades. Même s’il a passé la journée seul, je semble lui faire le cadeau le précieux du monde en lui annonçant que nous allons marcher ensemble  et ensuite, lorsqu’il fait cette activité qu’il aime tant…il la vit pleinement ! Il regarde un oiseau passer, il prend le temps de sentir une fleur sur notre chemin, il s’arrête pour regarder des enfants jouer au ballon, et il dit même bonjour aux passants !

De mon côté, dans ma tête d’humain, j’ai tendance à penser à des éléments plus stressants de ma journée, commencer à planifier le souper, ou même à penser aux projets de demain ou du mois prochain! Évidemment, cela peut être une bonne idée d’apprendre d’événements vécus dans le passé ou de planifier des objectifs futurs, mais ce n’est pas nécessaire de le faire sans arrêt… comme j’ai tendance à le faire (peut-être que vous aussi ?).

Donc pourquoi ne pas, encore une fois, apprendre de nos fidèles compagnons, et profiter pleinement des moments qui nous font plaisir. Que ce soit pendant une promenade, pendant un repas en famille ou pendant une activité qui nous fait du bien. Même si ces moments sont parfois courts, nous ressentons rapidement un sentiment de bien-être en encourageant nos pensées à diriger leur attention vers ce que nous sommes en train de faire maintenant, dans le moment présent.

Cet exercice, que Gaston fait naturellement, est beaucoup plus difficile pour nous, mais avec de la pratique, de la patience et du respect envers nous-même, nous sommes tous capable de s’offrir ces moments de douceur qui améliore tellement le quotidien! Je pense que vous pourrez ensuite observer comme moi que prendre quelques moments dans le moment présent nous aide à apprécier ce qu’on a ici et maintenant tout en diminuant naturellement notre niveau de stress.  

Bon été, rempli de moments présents à faire ce que vous aimez !

Articles, La vie, Opinions, Stéphanie Deslauriers

Écoeurée

Par Stéphanie Deslauriers, psychoéducatrice, maman, femme.

Ce matin, j’ai mal au cœur.

C’est que je suis écoeurée.

Littéralement.

Et qu’hier soir, aussi écoeurée que ce matin, je découvrais cette vague de dénonciation contre des blogueurs, influenceurs, gars des médias.

Ces gars qui ont abusé de leur pouvoir, de leur popularité et de leur notoriété pour harceler sexuellement des filles.

Des filles, oui, car elles n’étaient pas encore des femmes.

Elles avaient quoi? 13, 14 ans.

Des jeunes adolescentes.

crédit : Pixabay

Encore un peu (pas mal) enfant, avec un corps qui change, se transforme tout doucement pour devenir adulte.

Des jeunes filles impressionnées par ces gars adultes qui ont du succès, qui sont drôles, intelligents, qui pensent « outside of the box ».

Des gars qu’elles idéalisent, voire qu’elles idolâtres.

Vous imaginez leurs émotions quand un de ceux-là leur écrit en privé? S’intéressent à elles? À elles!

Elles qui sont à un âge où elles se cherchent, recherchent l’approbation des autres, quelque chose qui les distingue des autres, aussi.

Et voilà qu’un gars populaire leur témoigne de l’intérêt. Les fait parler, se confier, se montrer vulnérable…pour mieux abuser d’elles et de leur naïveté de jeunes filles de 13, 14 ans.

Et voilà que ce gars populaire les insulte, se radoucit, s’excuse, lui offre un cadeau puis, une photo non sollicitée de son pénis. Probablement en leur demandant une photo d’elles, nues, en échange.

Dans la terminologie légale et d’intervention, il s’agit d’une agression sexuelle.

Oui, même s’il n’y a pas eu de touchers, de contacts directs.

Une agression sexuelle. De la violence sexuelle. Des mauvais traitements sexuels.

Ajoutons à cela le facteur âge : on assiste à de la pédophilie.

Oui. C’est le mot exact pour désigner ces gestes.

Un adulte qui s’exhibe devant une fillette.

Un adulte qui demande des faveurs sexuelles, directement ou à demi-mot, à une fillette.

Un adulte qui tient des propos obscènes à une fillette.

Un adulte qui manipule une fillette.

Parce que oui, à 13, 14 ans, on est encore une fillette.

Je suis écoeurée, dégoûtée.

J’ai mal à mon humanité.

J’ai mal à ma maternité de petite fille de 2 ans qui, dans 11, 12 ans, aura ça, 13, 14 ans.

Qui sera un attrait pour des pervers, pour des pédophiles.

De jeunes hommes, beaux, intelligents, drôles qui ont l’air ben, ben gentils.

Mais qui ne le sont pas.

Qui traumatisent une fois, cent fois.

Parce qu’une fois qu’on vit un traumatisme, il reste imprégné à vie.

Il a des répercussions sur notre vision de nous-même, des autres, de l’avenir, des relations.

Il a des conséquences néfastes sur la construction identitaire, sur la confiance et l’estime de soi.

Et ces traces, elles restent à vie malgré la dénonciation, la poursuite, les nombreuses (et onéreuses) thérapies.

À vous, les filles, les femmes – et qui sait, peut-être les gars et les hommes – qui dénoncez actuellement, sachez qu’on vous croit. Qu’on est avec vous dans ce combat.

À vous, ces gars-là : allez chercher de l’aide. Et. Que. Ça. Presse.

Pour plus d’infos

Articles

Le confinement sans isolement

Par Stéphanie Deslauriers, psychoéducatrice et autrice

Depuis quelques semaines, j’écoute le livre audio : I though it was just me (but it isn’t), de Brené Brown, qui est une docteure en travail social américaine. (Psst! Je l’écoute en allant promener mon chien et ça me fait un bien fou, en ces temps…fous.) J’ai plusieurs de ses livres papier, aussi. Je vous invite à la découvrir si ce n’est déjà fait; je suis convaincue que vous y trouverez votre compte, puisque ce qu’elle aborde est universel.

Dans les différents cours universitaires que j’ai la chance d’offrir, je fais écouter son TED Talk à mes étudiant.es : The power of vulnerability, qui m’avait été recommandé par une amie en 2014 et que, depuis, je réécoute au moins une fois par année – en plus des visionnements en classe. Il va sans dire que je vous le recommande CHAUDEMENT.

À quoi elle s’intéresse, Dre Brown?

À la honte. Ouaip, cette émotion universelle ô combien inconfortable qui nous donne envie de nous couvrir les yeux avec un soupir embarrassé.

La honte de soi, d’une part de soi, de son histoire, de son passé, de sa famille, de son manque de culture générale,  d’un comportement en particulier qu’on adopte dans une situation de stress, de ressentir de la colère, de ne pas être assez, d’être trop, alouette.

Cette honte qui nous fait nous isoler, (nous) mentir, éviter les contacts avec les autres, les discussions en profondeur. Celle-là même qui nous murmure, en pleine classe : «Nonnn! Lève pas ta main : tu es clairement la seule à avoir une question. À ne pas avoir compris. Tu vas avoir l’air tarte parce que tu ES tarte. Tu ne comprends jamais rien à rien. ».

Cette honte qui nous éloigne de notre soi réel, authentique. Qui ne nous donne pas envie qu’il soit découvert par les autres, non plus. Cette honte qui nous amène à une déconnexion – tant envers soi qu’envers autrui.

Et l’humain étant une bibitte sociale qui a BESOIN de connexion pour répondre à son besoin d’appartenance, la déconnexion (et je ne parle évidemment pas de wifi) est inévitablement néfaste.

Car ce même besoin d’appartenance fait partie des quatre composantes de l’estime de soi (les trois autres étant : la connaissance de soi (qui est également plus difficile lorsqu’on est déconnecté de soi-même, n’est-ce pas), le sentiment de compétence et le sentiment de sécurité (physique et psychologique)).

La résilience à la honte

La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des façons d’être résilient.e à la honte. (Pour en découvrir plus sur le concept de la résilience, je vous invite à lire, écouter et regarder Boris Cyrulnik qui l’a largement popularisé).

Entre autres choses, RECONNAITRE qu’on ressent de la honte d’abord et avant tout puis, en parler avec une personne de confiance qui ne nous jugera pas, qui saura nous démontrer de la compassion et de l’empathie.

En cette période de confinement, de grand stress et de grandes inquiétudes, je vous encourage à ne pas vous isoler. Oui, oui, c’est possible, même en période de confinement de se confier, que ce soit dans un journal intime, par courriel, texto, lettre, Facetime et Skype, pour ne nommer que ces moyens de communication. À partager comment vous vous sentez : vous verrez, vous n’êtes pas seul.e.

Ce faisant, vous resserrerez assurément des liens avec certaines personnes alors que d’autres…ne vous correspondent peut-être plus.

Oui, je crois que cette période difficile en est une de retour aux sources, à l’essentiel. Qui entrainera assurément un grand ménage dans nos vies personnelles, professionnelles et communautaires. Et ça aussi, c’est positif.

Opinions

Prendre pour acquis

Par Marie-Noëlle Gysel.

Dans la vie, chacun fait son bout de chemin. Chacun avance vers ses projets, ses ambitions, ses rêves. On se plaint parfois que notre horaire de travail ne convient pas, que l’argent amassé n’est pas suffisant pour qu’on s’achète la voiture de l’année ou pour nous permettre de renouveler notre garde-robe avec les derniers morceaux à la mode. Avoir des projets, des envies et des souhaits, c’est une bonne chose. Par contre, le monde de consommation dans lequel on vit nous amène parfois à prendre bien des choses pour acquis.

Crédit photo : Marie-Noëlle Gysel

Prendre pour acquis des choses comme partir en voyage, aller voir un spectacle, ou s’acheter des vêtements à notre goût. Prendre pour acquis la base comme vivre dans un logement propre ou manger trois repas par jour. On en oublie parfois qu’on est privilégiés, que notre base acquise, elle n’est pas la même pour tout le monde. Pour plusieurs, cette base qui parait si simple, elle est loin d’être acquise. Elle est leur rêve, leur souhait. Ce à quoi ils aspirent. Et ces gens pour qui rien n’est acquis, ils ne sont pas seulement dans les pays en voie de développement. Ils sont aussi au Québec, à Montréal. Ce ne sont pas seulement les itinérants qu’on croise chaque jour, en proie à la pluie et au vent. En proie à la vie. Ce sont aussi nos voisins de quartier, de rue, de logement. Des familles de quatre enfants dans un trois et demi, des parents qui se privent de manger à leur faim pour mieux nourrir leurs enfants, ça existe. Des gens pour qui chaque nouvelle journée est un combat, une lutte pour assurer un meilleur avenir que le leur à leurs enfants. Pour ces gens, avoir un logement propre, une chambre pour chaque enfant, ou une certitude de ne pas manquer de quoi manger, ce n’est pas une base acquise. C’est un rêve auquel ils aspirent. Partir en voyage ou aller voir un spectacle? Loin d’être un projet, c’est plutôt une fantaisie irréaliste, un rêve inaccessible.

On oublie parfois que même chez nous, au sein d’un pays riche, développé et en paix, de grandes inégalités persistent. On oublie souvent que notre base à nous, en tant que professionnel, membre de la classe moyenne, elle représente le souhait de plusieurs. Doit-on commencer à donner à ces gens, à les aider financièrement? Si on le souhaite, pourquoi pas. Est-ce nécessaire? Non. De prendre conscience de notre chance, de profiter de nos possibilités et de connaître la réalité inégale qui nous entoure, représente en soi un premier pas. Ne pas prendre pour acquis le fait qu’on soit en mesure de manger à notre faim, dormir sous un toit, et répondre adéquatement à nos besoins de base. Savoir que ce n’est pas le cas de tout le monde, qu’on est chanceux d’être né sous une bonne étoile. Qu’au moment de notre naissance, on a probablement gagné à la loterie, parce qu’en plus de naitre dans un pays en paix et développé, on a un emploi, un logement et un revenu suffisant pour nous combler. On a la possibilité de se prévoir un voyage ou de s’exercer à un loisir qu’on aime? Profitons-en. Seulement, prenons conscience de ce qu’on possède, de nos conditions de vie, des possibilités qui s’ouvrent à nous. Soyons reconnaissant d’avoir accès à toutes ces opportunités. Ne prenons pas pour acquis que chacun a la même base. Et profitons des beautés de la vie.

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Choisir, c’est renoncer

Par Stéphanie Deslauriers.

Faire des choix, dire « non », devoir refuser de superbes offres…

Tout ceci a toujours été un défi pour moi.

La raison est simple : j’aime tout! J’aime toucher à tout, essayer, me diversifier, être stimulée. Ça me prend ça pour m’épanouir professionnellement.

Crédit photo : Pixabay

Même personnellement, dernièrement, j’ai dû faire des choix : dire à une nouvelle copine que je ne pourrais pas la soutenir émotionnellement autant qu’elle le souhaiterait pour cause de « j’ai besoin de préserver mes petites réserves d’énergie et ma santé mentale » avec toutes les belles choses qu’on vit et qui s’en viennent pour notre famille, annuler à la dernière minute une activité avec des amies d’enfance car la fatigue était trop présente, ne pas pouvoir assister à une pièce de théâtre pour laquelle j’avais des billets depuis longtemps pour la même raison que la situation précédente et j’en passe.

« Choisir, c’est renoncer », dit-on. Une amie a remanié cette célèbre citation qui va comme suit : « Choisir, c’est faire le deuil de l’option qu’on n’a pas choisie ».

C’est d’accepter de ne pas savoir ce qui serait advenu si on avait pris tel chemin plutôt qu’un autre. C’est laisser aller avec le plus de paix possible.

Crédit photo : Pixabay

J’apprends encore (et probablement pour un méchant bout!) cet aspect de paix dans le fait de choisir.

J’ai plutôt tendance à lutter jusqu’à ce que ça ne fonctionne plus du tout et que là, je doive absolument prendre une décision. « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. », disait Jean Monnet.

Dire que je me reconnais totalement dans cette citation serait un euphémisme!

Et je sais que je suis loin d’être la seule, forcément. On doit souvent se rendre au bout, au fond des choses avant de réaliser que…non. Ça ne marche pas. Ça n’a pas de sens ainsi. Qu’il faut arrêter, changer, alléger notre horaire pour notre bien-être. Se casser le nez même si parfois (souvent), on l’a vu venir à 100 miles à l’heure. Comme si on se sentait coupable d’arrêter avant que tout s’effondre. Comme si c’était une preuve de lâcheté, de faiblesse. « Ben non, je suis capable! Encore un p’tit coup et je vais y arriver! » Mais parfois, « le p’tit coup », ça fait des années qu’on le donne. Et que par le fait même, on n’arrive pas à prendre le temps d’apprécier ce qu’on a, là, là. De s’y investir pleinement, d’arrêter de courir à en perdre le souffle. On cherche toujours plus loin, plus haut, ailleurs, d’un coup qu’on passerait à côté d’une super opportunité.

Mais peut-être qu’à force de courir, on passe à côté de ce qui est déjà là, à nos côtés, en nous.

(Ré)apprenons à savourer. À vivre dans l’ici, maintenant.