Articles, Santé mentale

T’es important-e pour moi

Par Caroline Charpentier.

La semaine de prévention du suicide se tiendra du 31 janvier au 6 février 2016. J’ai volontairement choisi de faire mon article avant cette semaine car selon moi la sensibilisation sur le suicide doit se faire à tous les jours.

«Le suicide est une solution permanente à un problème temporaire». Quand on est confronté à des difficultés, qu’on est brassé de tout bord tout côté c’est comme si un entonnoir se crée et qu’on a l’impression que la seule option qui reste est le suicide.  Pourtant, ce n’est pas une option.

Dernièrement un ami du secondaire, Philippe Gendron, a vécu le suicide d’un ami. Avec son autorisation et parce que lui aussi à a cœur de faire de la prévention, je partage ce qu’il a écrit sur Facebook suite à cette terrible nouvelle.

“J’ai tellement pleuré. J’ai sacré aussi. Je n’arrive pas y croire.

Les messages s’accumulent dans ma boîte courriel comme pour m’ouvrir les yeux. Pis ça fait mal. On s’était dit que ce n’était pas une solution. T’avais l’air d’accord. Tu cherchais désespérément à te relever, tu prenais des initiatives… Je trouvais ça encourageant. Tu me parlais comme un livre ouvert, tu verbalisais ton mal de vivre, ça aussi je trouvais ça encourageant.

Pendant plus de 6 mois on s’est parlé pratiquement à tous les jours. Parfois quelques mots, parfois pendant des heures. Je me répétais un peu, mais quand je te disais de t’accrocher pis que je te promettais du mieux pis du beau, j’y croyais pour vrai. C’est souvent à ce moment-là que tu me répondais plus.

Je feel mal de l’avouer, mais ça m’arrivait d’être tanné, d’avoir juste envie de te prendre par les épaules pis de te brasser. Je l’ai fait. Pas assez. Je m’en voulais à chaque fois que je te servais des phrases poches «le temps arrange les choses», mais je te jure que là aussi j’y croyais.

Un jour je pensais que t’allais mieux, le lendemain t’avais des yeux tristes, une tristesse comme j’en ai jamais vu. Nos dernières conversations m’inspiraient du bon. J’étais dans le champ. J’aurais aimé voir la vérité. Tu m’as fait un cadeau y’a quelques jours, tu voulais me remercier d’être là pis de t’écouter… ce n’était pas nécessaire, c’était normal Pat, t’étais mon ami. Un vrai. Les amis sont là dans les bons moments, les vrais restent aussi pendant les mauvais pis je savais que toi aussi tu m’aurais écouté jusqu’au bout. J’aurais tellement voulu avoir les bons mots. On dit quoi à quelqu’un qui n’aime plus la vie? Je n’ai pas trouvé… pis je m’en veux mon gars.

Pis je t’en veux un peu aussi. Je t’avais fait promettre de m’appeler ou de m’écrire avant de faire une connerie. N’importe quand. Je t’avais fait comprendre que ma porte serait toujours ouverte. T’avais fini par me le promettre. Je l’ai de travers mon chum. T’as fait ton choix et je vais devoir l’accepter. Tu vas me manquer. Xx”

Il m’arrive de penser que tout est perdu d’avance, que rien ne fonctionne. Je suis découragée. Je ne sais plus où je vais. C’est bon que je le dise. Ça ne fait pas de moi une personne faible. Au contraire, j’ai le mérite d’en parler et en en parlant, je suis souvent surprise de voir à quel point il y a des éléments auxquels je n’avais pas pensé.

Henry Ford disait: «lorsque tout semble aller contre vous, souvenez-vous que les avions décollent toujours face au vent.» Ça peut être vrai pour certaines situations mais pour d’autres, il est bon que je ne rame pas trop contre le courant et que je me laisse aller un peu. Comme ça, je pourrai me reposer et quand je sentirai moins la fatigue, je pourrai reprendre là où j’avais pris cette pause. Ça va m’éviter d’agir avec les idées brouillées et de façon impulsive.

Je m’adresse à toi qui est dans une passe moins évidente. «Va chercher de l’aide, parles-en à tes proches». Je sais que c’est facile à dire et plus difficile à faire. «Ouin mais je ne veux pas inquiéter mon entourage». «J’ai personne à qui en parler». Il y a sûrement quelqu’un à qui tu peux te confier et si tu n’identifie aucune personne, il y a des organismes que tu peux appeler. «Ouin mais je suis tannée de raconter mon histoire». Ben dis-le, dis-le que tu ne veux pas tout raconter. «Y me connait même pas, c’te psy là». Je te dirais que de parler à un professionnel que tu ne connais pas peut être plus facilitant. Il y a ce lien que tu n’as pas avec cette personne qui, contrairement à un proche, t’aidera à te détacher et t’amènera à dire clairement ce qui se passe sans voir la crainte de l’inquiéter.

Pour terminer, je tiens à te dire que «t’es important-e pour moi».

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Mal à mon peuple

Demain, ce sera la journée mondiale de la prévention du suicide. L’Association Québécoise de la Prévention du Suicide (AQPS) nous invite, en guise de solidarité, à allumer une chandelle et de la poser près d’une fenêtre.

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Moi, je le ferai.

Parce que la santé mentale – ses troubles – est fortement associée au suicide. Le Québec se classe, depuis de trop nombreuses années, dans le palmarès peu désirable de la population qui se suicide (et tente de se suicider) le plus.

Pour plusieurs, c’est à n’y rien comprendre, nous qui jouissons d’une certaine richesse, malgré la récession, nous qui possédons maisons, voitures, gadgets électroniques à faire pâlir d’envie la descendance de Steve Jobs. Nous qui mangeons à notre faim, qui surmangeons, même. Et pourtant. Richesse n’est pas – jamais – gage de bonheur, même si on sait que le fait d’être nanti permet un accès plus facile aux ressources de santé privées, diminue le stress relié au budget, etc.

Ceci étant dit, on tend plus souvent qu’autrement à oublier la pauvreté, tant économique que de scolarisation de notre population. Combien de familles sont sous le seuil de la pauvreté? Combien de familles, considérées comme faisant partie de la classe moyenne s’endettent à n’en plus finir, budgettent pour leurs enfants (qui ont parfois des besoins particuliers et aucun service public qui vient avec), vivent avec une pression énorme sur les épaules pour arriver, à la fin du mois? Oui, la classe moyenne s’appauvrit.

Et cela, c’est sans parler du haut taux d’analphabétisme au Québec : 50% de la population a du mal à lire un livre, ou journal, un endos de boite de céréales, quand ils en sont carrément incapables. Au Québec. Là où il y a des écoles publiques, privées, alternatives. Là où il y a des Universités francophones et anglophones réputées de par le Monde.

Bref. On a beau être considéré comme « riches », quand on se compare à certains pays du continent africain, asiatique, européen et américain du sud, il me semble qu’on est bien pauvres, malgré tout.

Pauvres de tissu social. Pauvres de réseaux de soutien, d’appartenance. Pauvres d’empathie, de compassion, d’humanité.

Quand je regarde les horreurs qui se disent sur les réseaux sociaux, les jugements qui y circulent, la haine, j’ai peur. J’ai peur de notre société, des miens, des nôtres. J’ai peur de cette souffrance qui se tapis en chacun de nous et qui ressurgit, alors qu’on se croit à l’abri derrière un écran d’ordinateur et qui nous pousse à cracher notre venin sur toute personne qui ne pense pas comme nous, qui émet une opinion, qui ose s’afficher authentiquement.

J’ai mal à mon peuple, qui me dicte ma conduite, ma pensée, mes paroles. J’ai mal à mon peuple qui me lance des pierres lorsque je m’égare du chemin tracé pour moi. J’ai mal à mon peuple qui aimerait que j’entre dans une petite case, identique à tant d’autres. J’ai mal à mon peuple qui tente de m’empêcher d’être qui je suis, qui m’amène à me perdre dans les dédales d’une société qui ne me convient pas forcément (du moins, pas tout le temps) et qui m’amène, moi et tant d’autres, à me penser mésadaptée.

Alors que, le fait d’être adaptée à une société qui ne l’est pas est beaucoup plus mésadapté.

Saine d’esprit je suis, donc. Parce que je refuse le moule, tout comme tant d’autres. Comme vous, sans doute.

Alors, oui, j’allumerai une chandelle. Parce que la personne suicidée pourrait être un membre de ma famille, un ami, un proche. Moi.