Articles, Opinions

Faire ce qui nous plait vraiment

Par Marie-Noëlle Gysel.

En 2017, il est possible d’exercer à peu près toute activité qui nous intéresse.

Voyager est devenu très accessible, les domaines d’études sont variés et disponibles, on peut aisément apprendre une nouvelle langue, effectuer des sports d’hiver, s’adonner à la photographie ou au jardinage, s’inscrire à un cours de danse, de peinture, de yoga, et j’en passe.

Dans un monde où toutes sortes d’avenues sont possibles, il n’est pas toujours facile de faire un choix de loisirs en fonction de nos intérêts personnels. On peut s’occuper à tellement de choses différentes, qu’il est parfois difficile de s’y retrouver, et encore moins d’assumer les choix que l’on fait.

Car ce qui est le plus dur, ce n’est pas de cibler ce qu’on aimerait faire, mais bien de l’assumer complètement. De faire un choix pour nous-mêmes, pour notre bien-être, et non pour les autres. Pas toujours facile, à l’ère des réseaux sociaux et du règne des apparences, où il semble particulièrement important de s’intéresser à tout : s’entraîner, cuisiner, voyager, confectionner toutes sortes de choses, s’exprimer par l’art…

Il semble parfois qu’une règle non-écrite guide notre société, mentionnant que si l’on ne fait pas un peu de tout cela, nous ne sommes pas des êtres complètement épanouis. Triste, comme règle. Et surtout, tant de pression que cela ajoute, sans qu’on s’en rende compte, dans nos vies.

Crédit : Pixabay

Il est tellement dommage de voir des gens se sentir mal de faire telle chose plutôt qu’une autre, ou se sentir coupable de ne pas essayer cette activité que tout son entourage semble pratiquer. On oublie parfois qu’au fond, ce que chacun fait dans ses moments de temps libres, c’est lui qui le fait, c’est lui qui le vit. Ce ne sont ni ses collègues de travail, ni ses amis, ni ses voisins. Pourquoi alors s’en faire autant avec ce que les autres pensent? Pourquoi essayer une activité qui ne nous attire pas tant que ça, mais que « tout le monde » fait? Pourquoi laisser de côté notre petite voix intérieure, qui nous dicte ce dont on a réellement envie, pour occuper notre journée de congé? C’est samedi et il fait beau, mais tu as envie de rester tranquille chez toi, dans ton divan? Alors vas-y, si cela te permet de te sentir bien et d’être satisfait de ta journée. Tu préfères lire plutôt que d’aller t’entrainer? Parfait. Tu préfères tricoter plutôt que de regarder les séries en vogue sur Netflix? Merveilleux. Tu préfères un vendredi soir relax à la maison plutôt que d’aller prendre un verre dans un bar? Pourquoi pas! Tu n’aimes pas te faire de smoothies ni manger des chips de kale? N’en fais pas!

L’important doit demeurer, dans tous les cas, que l’on fasse ce qu’on veut pour nous, parce qu’on en a envie, parce que ça nous fait du bien. C’est tout. Peu importe ce qu’on mettra sur Instagram ou ce qu’on racontera à nos collègues de travail lundi matin. Parce que si on fait ce dont on a envie, peu importe ce que c’est, on aura du plaisir à le raconter, à s’en souvenir, et ce sera parfait.

Écouter son cœur, passer du bon temps et faire ce qui nous plait, pour nous, simplement. Voilà ce qui devrait réellement nous guider dans nos choix.

Articles, Informations, La vie, Marie-Hélène Chalifour, Opinions, parentalité

Et si on écoutait, tout simplement ?

Par Marie-Hélène Chalifour. 

Pendant le congé des Fêtes, j’ai visionné le documentaire « Pas facile d’être mère » de Sophie Lambert. Elle recueille les propos de mamans qui ont vécu une grande désillusion de la maternité lorsqu’elles sont devenues mère pour la première fois. J’ai été très touchée par l’authenticité et la vulnérabilité de ces mamans. Pour être honnête, je me suis reconnue lors de certains passages…Mon chum était aussi dans le salon lorsque j’ai visionné le documentaire. À la fin, il m’a dit : « On dirait que tu n’es pas toute seule à te poser toutes ces questions… ». Alléluia! Il venait de comprendre que je n’étais pas un être à part avec mes inquiétudes et mes questionnements, mais tout simplement une MAMAN, avec tout ce qui vient avec. Comme le résume si bien Bianca Gervais dans le reportage lorsqu’elle parle du « clash » de la maternité : « […] c’est le plus beau qui côtoie, je trouve, le plus difficile, et puis tu valses vraiment entre les deux ».

Je constate que de plus en plus de mamans se permettent de nommer ces moments plus difficiles de la maternité, notamment sur le web via de nombreux blogues. Et tant mieux. J’ai par contre l’impression de devoir assumer fois mille nos propos, car la rétroaction que nous pouvons recevoir des internautes est parfois peu nuancée, malheureusement. Il est facile de se sentir totalement inadéquate. Comme le dit Fanny Britt dans ce documentaire : « Il faudrait plus de solidarité sur les réseaux sociaux, des femmes solidaires et libérées de l’égo de compétition. ».

Image tirée de : http://img.20mn.fr/tegR_Xv9RvG-U0vaWdJ8cg/648x415_mamans-mumaround-16e-arrondissement-pris-habitude-reunir-chaque-mardi-matin-cafe-quartier.jpg
Image tirée de : http://img.20mn.fr/tegR_Xv9RvG-U0vaWdJ8cg/648x415_mamans-mumaround-16e-arrondissement-pris-habitude-reunir-chaque-mardi-matin-cafe-quartier.jpg

Et dans « la vraie vie », ose-t-on dire à notre mère que l’on a besoin d’aide parce qu’on est épuisée ? À nos amies, que l’on a arrêté d’allaiter parce qu’on en avait juste plus envie, tout simplement ? À notre belle-mère, que l’on a recours aux services d’une femme de ménage, même si on est en « congé » de maternité, parce que l’on a décidé de prioriser autre chose ? Pourquoi donc a-t-on parfois tant de difficultés à s’écouter, à s’assumer et à se faire confiance dans nos décisions ? Je sais, de multiples facteurs peuvent en être à l’origine. J’ai envie de vous en parler d’un seul…l’écoute. Et là, je m’adresse aux personnes qui ont la chance de recevoir les confidences d’une maman. Écouter, juste écouter. C’est un concept qui semble si simple. Écouter sans donner de conseil, sans se comparer et sans juger, c’est un art. Malgré toutes nos bonnes intentions, on peut le faire sans même s’en rendre compte. Et oui, il peut être difficile d’accueillir un déversement d’émotions d’une personne qu’on aime. En disant peu, on a l’impression de la laisser en plan. Et pourtant…un poème de Virgina Satir :

« Mais lorsque tu acceptes comme un simple fait
Que je sente ce que je sens,
Aussi irrationnel que ce soit,
Alors je peux cesser de vouloir te convaincre,
Et travailler à comprendre ce qui se passe en moi. »

Maintenant, je vais m’adresser à notre belle communauté de mamans. Pouvoir échanger entre nous est très important et très précieux. D’entendre que d’autres femmes comme moi ont vécu ou vivent actuellement la même chose que moi fait du bien. Parler du difficile, mais aussi du doux et du beau, ne permet pas seulement de « jaser ». Cela nous rassure, nous fait réfléchir, nous outille, nous donne de l’espoir et nous rappelle comment on les aime dont nos enfants. Que l’on est chanceux de pouvoir les accompagner dans leur cheminement vers la vie adulte et par le fait même, de nous faire grandir comme humain. Pour ressortir « nourrie » de ce temps entre mamans, il est important d’éprouver de l’amour et du respect pour soi d’abord, et pour les femmes comme nous ensuite…

Si vous désirez visionner le documentaire, il est accessible via internet jusqu’au 3 février 2017.

Articles, La vie

Brindille

J’ai longtemps eu un seule modèle de beauté : taille moyenne, imberbe,cheveux blonds (naturels), yeux pâles ourlés de longs cils, petit nez, bouche généreuse, gros seins, taille définie, fesses rondes.

Comme si cette description était mon baromètre : plus une personne en était près, plus elle était belle. Plus elle s’en éloignait, moins elle l’était, moi incluse.

IMG_20151211_165238801Mes 5 pieds 10, mes cheveux foncés, mon long nez, mes petits seins, les poils sur mes bras (j’entends encore Olivier se moquer de moi à cet effet, alors qu’on était à l’école primaire, ou Kim me demandant de faire des mouvements de bras dans les airs afin de pouvoir montrer à ses copines les poils qui commençaient à pousser sous mes aisselles), mes yeux bruns rapprochés (encore Olivier, accompagné de son ami François qui trouvaient que, lorsque je plaçais ma tête dans un certain angle, j’avais l’air de loucher. Merci, les boys), mon dos légèrement courbé (merci, 5 pieds 10 et scoliose) et mes trop longues jambes, étaient plutôt loin de l’image de la beauté que je me faisais.

Je me trouvais maigre, aussi, peu importe la quantité de nourriture que j’ingérais. Ça, par contre, les autres avaient l’air d’aimer : « T’as l’air d’un mannequin! » (j’ai d’ailleurs été mannequin à 16 ans, le temps d’une séance photos que j’ai dû payer pour mon portfolio (attention aux aspirants mannequins : une agence ne devrait JAMAIS vous faire payer pour ces photos) et d’un contrat au LL Lozeau avec un photographe imbu de lui-même qui me traitait réellement comme une chose.)

Je me suis accroché à ça, à ma maigreur qui se conservait malgré que je mangeais comme un gars d’la construction.

J’ai grandi (ben, vieilli). À 18 ans,  je me trouvais grosse. J’avais des « bourrelets » qui dépassaient de mon bas de bikini x-small (J’ai compris quelques années plus tard que c’était en fait des os, communément appelés « hanches »). Je voulais qu’elles arrêtent de grossir, ces hanches, qui me faisaient de plus en plus ressembler à une poire. En effet, mes seins ne suivaient pas la même évolution. Ils ressemblaient de plus en plus à des bananes, non? (c’est fou comme on utilise les fruits pour décrire le corps humain et surtout, pour s’en moquer. Pauvres fruits.) 10400970_41578440621_2933_n

Mes amies portant du 34C en secondaire 3 tentaient de me rassurer : « Ben non, tu es super belle : tu es comme full proportionnelle, genre. Ça serait pas beau, des gros seins sur toi », alors qu’elles replaçaient le cerceau rendu trop petit, sous leur sein gauche.

À partir de mes 18 ans, je me suis scrutée scrupuleusement à chaque sortie de douche, prenant la peau de mon ventre entre mon pouce et mon index, rentrant mon abdomen pour faire disparaitre l’infâme peau-bourrelet.

« Mais arrêêêêêêteeeeeeuuh. T’es tellement chanceuse d’être mince! J’aimerais ça, être mince comme toi (et manger autant que toi). ». Jusqu’à la mi-vingtaine, je me faisais beaucoup valoriser en lien avec mon poids. Ça me réconfortait un peu, moi qui me trouvait grosse depuis bientôt sept ans. Je me disais que j’étais chanceuse que les autres me trouvent minces : le jour où ils me trouveraient grosses, je serais foutue. Tsé, la maigreur, c’était mon truc depuis 1992. Tout le reste de mon apparence était horrible alors, si je n’avais pu la maigreur, je n’avais plus rien.

Puis, à 26 ans, j’ai commencé une médication qui, comme effet secondaire, fait en sorte que celui qui la gobe chaque soir avant de se coucher ne sent plus la satiété. Et celui qui se fait prescrire cela se sent un peu (pas mal) comme un caca. Qu’a-t-on envie de manger, quand on se sent comme un caca? De la merde.

J’ai dû me racheter des vêtements, en tailles plus grandes. Pendant 2 ans, ça allait. Puis, je suis rentrée à l’hôpital pour une appendicite, qui a littéralement explosé en se faisant extraire de mon abdomen. Re-hospitalisation pour cause d’infection. Puis, je suis tombée enceinte. 12 semaines durant lesquelles j’ai pris pas mal d’ampleur.

IMG_20151211_165159453Et je me retrouve là, à l’aube de mes 29 ans. À tomber sur des photos de moi, adolescente et jeune adulte et à n’y rien comprendre. J’ai juste envie de me prendre dans mes bras et de me dire que je suis belle. Que je suis aimable, aussi. Que je mérite d’être heureuse. Que je suis intelligente. Drôle. Créative. Pis plein d’autres petits mots doux.

Je me retrouve avec un corps qui change, qui continuera de changer. Avec des courbes. Des courbes que j’apprends à trouver belles. Et je commence à trouver des modèles de femmes à qui je m’identifie. Je ne suis plus une brindille de 16 ans. Je ne retrouverai jamais ce corps et c’est tant mieux. Je découvre le corps d’une femme qui a vécu. La tête, et le coeur aussi. manger

(Oh! Et damn you, images qui font croire aux femmes qu’elles sont laittes, grosses, pas assez ou trop. Vous êtes belles, parfaites, même, la façon dont vous êtes.)