Eve Anabelle Saintonge, Opinions, parentalité

Acheter la paix

Par Eve Anabelle Saintonge.

La vie de parents est exigeante émotionnellement, psychologiquement et physiquement – je ne vous annonce rien! Que nous soyons pères ou mères ou que nous tentions de combler les deux rôles en même temps, la quête de l’équilibre et du bien-être nous semble une aventure sans fin. Vous reconnaissez très bien la routine dodo-céréales-crise de pleurs-s’habiller-garderie/école-métro-boulot-garderie/école-souper-dégâts-chicanes-bain-dodo-pipi-verre d’eau-réveille(s)-dodo et on recommence. L’équation se multiplie sans qu’on ait réalisé qu’il peut y avoir autant de variables.

Pour trouver cet équilibre qui nous maintient confortables dans la jonglerie de tous les rôles que nous jouons, nous développons nos stratégies pour arriver aux fins de nos longues listes de tâches (et d’activités plaisantes, il ne faut pas les oublier).

Crédit photo – Pixabay
Crédit photo – Pixabay

Une de ces superbes stratégies, et probablement la préférée de votre enfant, Le Téléphone! Cet appareil extra-intelligent qui nous surpasse, mais que nos enfants réussissent a devancé les meilleurs hackers en technologie !

De prime abord, ce naïf appareil transportable semble sans préoccupations. Au contraire, il nous permet d’entretenir une vraie conversation d’adulte pendant plus de 2 minutes. Il désamorce les crises de larmes en public. Il est le meilleur partenaire contre la montre lorsque l’épicerie fermera d’ici peu et qu’on doit courir à un souper de fête. Il nous donne cette pause de 5 minutes (ou plus) de calme pour reprendre notre souffle. Bref, nous avons chacun notre moment où nous pourrions décerner le prix Nobel de la Paix familiale à cet écran tactile si aimé.

Or, quand cet appareil devient le nouveau membre de la famille permanent et qu’il n’est plus un outil de rescousse, mais une habitude pour maintenir la paix, nous commençons à perdre le contrôle.

Observez comment les téléphones fleurissent et abondent dans les mains des enfants et des bambins. En fait, je vous partage une préoccupation en tant que psychoéducatrice. Le téléphone est un bon outil lorsqu’il est utilisé dans un contexte structuré. Par contre, même les meilleures applications éducatives ne pourront jamais égaler les situations que la vie nous permet, en tant que parent, d’enseigner à notre enfant.

Au lieu de donner le téléphone à l’épicerie ou dans l’auto ou au restaurant, nous pouvons utiliser ces moments propices pour enseigner dès un jeune âge des nouvelles connaissances.

Reconnaître des objets- Où sont les céréales ? Quelle couleur est la boîte?

Apprendre les règles sociales – Qu’est-ce qui est attendu de nous maintenant ? On doit attendre en file pour passer à la caisse. Comprendre le moment et la manière de saluer la serveuse. Comment demander de l’aide. Comment pratiquer la politesse. Comment avoir du plaisir ensemble sans technologie.

Apprendre à gérer l’argent- Pourquoi nous achetons cette boîte et pas l’autre?

Il est également possible d’utiliser les mauvais ou bons comportements des autres enfants pour aider le nôtre à mieux comprendre ce qui est attendu de lui (Mon préféré, utiliser les autres enfants pour que ma fille reste assise dans le panier !!!!). Bref, j’en passe!

Je crois que le défi le plus difficile que nous avons en tant que parents est de devoir changer nous-mêmes pour que notre enfant apprenne les comportements que l’on désire qu’il ait. Nous sommes les meilleurs modèles pour eux et la maison est le centre des apprentissages fondamentaux. Ne léguons pas ce privilège aux écrans, à Internet ou à la société. Notre quotidien est riche en opportunités éducatives et ludiques. Nous pouvons changer notre perception des situations à risques explosifs à une perception de situations à potentiel éducatif et ludique.

Nos enfants comprennent plus que nous croyons et sont de grands observateurs et récepteurs. Laissons-les nous surprendre. Laissons-les nous rendre fiers. Assumons que nous sommes plus intéressants que les écrans !

Articles

La compétition parentale

Eve Annabelle Saintonge
Eve Annabelle Saintonge

Cet article a été rédigé par Eve Anabelle Saintonge, psychoéducatrice et maman.

Trouves-tu qu’il y a beaucoup de compétition entre parents?

C’est la question que m’a posée une amie qui envisage de peut-être avoir des enfants.  Malheureusement, ma réponse était oui! Mais une chose est certaine, c’est que je déplore vraiment ce phénomène.

Autant, lorsque j’étais enceinte, des amis, de la famille et des étrangères du quartier ont couru pour venir à mon aide en me partageant des ressources, me proposant de l’aide, ou en me partageant leur vécu.

De l’autre côté, j’ai été incluse à mon insu dans une compétition de la meilleure poussette (?!?!?!). Une poussette. C’est une poussette, non?

Pour donner suite à cela, je suis allée dans un groupe de mamans. Quel âge a ton bébé? Quel est son poids? Quelle est sa grandeur? Oh, elle fait seulement cela?! Moi, à son âge elle en faisait plus! Elle avait plus de cheveux, les yeux plus grands ouverts, plus de boutons, plus… moins… plus… moins… Elle ne fait pas ça, toi?! (En passant, mon bébé n’est pas juste une statistique à laquelle se comparer. Elle s’appelle Rosalie et elle a un beau tempérament. Tu aimerais apprendre à la connaitre?)

En fait, je m’en fous un peu de ce que fait ton enfant parce qu’au bout de la ligne, comme  pour toi, ce qui est le plus important pour moi, c’est le bon développement de ma Rosalie.

Pour revenir à la question de mon amie. Oui, il y a de la compétition. Fait #1 : je vais me faire juger. En bien ou en mal, je n’ai aucun contrôle. Fait #2 : la seule chose que je peux contrôler, c’est mon attitude par rapport à ces jugements.

Alors la question est plutôt : pour moi, qu’est-ce qui est vraiment important? Parce qu’au final, ces personnes prennent la place que seulement moi je veux leur donner. Je rumine ce qu’une maman a dit dans un groupe virtuel avant de dormir? C’est moi qui la laisse venir nourrir ma compétition et du même coup, mon insomnie et mon anxiété.

Pour moi, ce qui est plus important, c’est la qualité de la relation avec ma fille. Tant pis s’il n’est pas habillée à ton goût, tant pis si tu aimes plus ma poussette que la tienne. Après tout, j’aimerais mieux qu’on soit amie. Parce qu’être maman, c’est plus de stress que je pouvais imaginer et mon doux que j’aimerais que tu l’acceptes comme moi afin qu’on se soutienne plutôt qu’on se juge. Comme toi, mon univers s’est bouleversé et mon bébé en est devenu le centre.

Et vous, comment gérez-vous les jugements envahissants?