Ariane a lu…Suggestions de lecture pour (tenter de) remplacer les bidules électroniques de nos pré-ados

Par Ariane Mimeault.

Avant tout, j’aimerais spécifier que, dans mon œil à moi, il n’est pas question ici de littérature « genrée ». Je m’explique; ce n’est pas parce qu’il y a une tête de mort sur la couverture d’un livre qu’il s’adresse exclusivement aux garçons et c’est la même chose quand il s’agit d’une illustration représentant une fille, ceci ne veut pas dire qu’un gars n’a pas le droit de s’y intéresser. Je conviens, par contre, que ce n’est peut-être pas facile de convaincre un jeune d’aller au-delà de ces stéréotypes et de ne pas s’empêcher de lire un livre parce que ça fait « trop fille » ou « trop garçon ».  Voilà qui ferait un bon sujet à aborder dans les prochains salons du livre, non?

Défense d’entrer! 8 : Votez Lolo!

C’est justement au Salon du livre de Montréal que j’ai rencontré les auteurs de la série Défense d’entrer! , Caroline Héroux et son fils Charles-Olivier Larouche. Le surprenant duo semble avoir trouvé la formule gagnante puisqu’il en est au huitième tome de la série. Intitulé Votez Lolo! , il y est question d’élections à la polyvalente, sur fond de tribulations familiales et amicales. Lolo, personnage principal et élève de secondaire 2, souhaite se faire élire comme président de l’école, mais à sa grande stupeur, son amie Justine se présente contre lui. S’en suivra une enfilade de plans et stratégies élaborés à l’aide de ses meilleurs copains et de sa famille pour remporter la victoire.

L’histoire racontée par Lolo lui-même, avec son vocabulaire et ses expressions bien à lui, est écrite principalement sous forme de dialogues, ce qui en rend la lecture très dynamique. La mise en page ludique, truffée de hashtags et d’illustrations loufoques, pimente le tout. On comprend facilement pourquoi les jeunes accrochent et s’identifient à cette petite troupe sympathique. « Une lecture amusante, divertissante et légère » selon ma douze ans, qui le recommande sans hésitation.

Juliette à Londres

Voilà une autre collection qui a trouvé le bon filon puisqu’elle en est à sa huitième parution elle aussi. La série Juliette raconte les aventures d’une adolescente qui parcourt le monde avec sa mère journaliste, métier que pratique l’auteure Rose-Line Basset. Cette fois-ci, l’héroïne doit accompagner sa maman dans la capitale anglaise. Elle a auparavant exploré New York, Barcelone, La Havane, Amsterdam, Paris, Québec, Rome et San Francisco, une feuille de route impressionnante pour une jeune fille de 13 ans! Elle sera un peu désarçonnée quand elle apprendra qu’elle devra jouer les gardiennes d’enfants lors de son séjour. Une expérience dont elle sortira transformée.

Ce qui est vraiment bien avec cette série, c’est qu’à la fin de chaque bouquin, la section Sur les pas de Juliette joue le rôle d’un véritable guide de voyage en dressant le portrait de la ville à l’honneur et ce, à hauteur d’ado. Donc, si vous prévoyez partir en voyage avec vos grands enfants pour l’une ou l’autre des destinations visitées par Juliette, ce serait une très bonne idée de leur offrir le livre correspondant. Ça les aidera à bien se préparer et vous aussi!

Bonne lecture à tous!

 

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Reconstruire le monde des filles, un livre à la fois

Par Eve Anabelle Saintonge.

Assise sur la chaise d’examen, le cœur qui bat rapidement, les mains moites et le ventre bien badigeonné, j’attends patiemment l’examen de l’obstétricienne. L’échographie montre un corps bien développé. Finalement, elle examine le sexe.

  • Madame! Vous allez avoir une fille!
  • C’est une fille.
  • C’est une fille !!!
  • Oui.

Voilà ma réponse, bien sobre.

Il faut comprendre que je voulais un bébé. N’importe quel bébé, mais pas une fille.

Ainsi commença mon aventure d’être mère.

Les vêtements roses, les surnoms de princesses. Les idées préconçues de ce qu’allait être mon bébé simplement puisqu’elle est une fille. Les fameux stéréotypes ont inondé les conservations prénatales.

Devenir mère m’a secouée puisque je n’avais pas anticipé l’immensité et la responsabilité de ce rôle. Mais avoir une fille m’a ébranlée puisque je me suis questionné sur la place qu’elle aurait dans notre société et sur la lacune d’exemples constructifs.

Où sont ces femmes de courage, d’affirmation, d’audace et de persévérance?

Dans mes livres d’enfance, Cendrillon, Blanche-Neige et le petit chaperon rouge sont plutôt comparable à des algues qui se font vaguer par la mer. Et pourquoi toujours cette histoire d’amour où le prince sauve la princesse? Vous comprendrez donc que la princesse Astronaute, Noémie, jouée par Pascale Bussières à Canal Famille dans les années 90, était mon héroïne.

J’ai donc commencé une quête personnelle. Premièrement, j’ai eu cette soif de connaître ces femmes de l’Histoire qui ont débuté la marche créant ce monde pour les femmes d’aujourd’hui et de demain. Je me suis trouvée des nouvelles héroïnes qui se sont ajoutées à côté de Noémie. J’ai appris à les connaître. Alors, quand ma fille me posera ses centaines de questions sur le monde, je pourrai lui refléter que notre société est construite par des hommes ET des femmes et qu’elle aussi peut y contribuer de manière visible et éloquente. Lorsqu’on cuisinera, je pourrai lui rappeler que Ruth Wakefield a inventé par accident le traditionnel biscuit aux brisures de chocolat qu’on adore ou quand j’aurai besoin des indispensables essuie-glaces, je pourrai lui dire que c’est grâce à l’imagination Mary Anderson.

 

Ensuite, j’ai débuté une collection spéciale dans ma chambre de livres où l’héroïne est une jeune fille forte ou que l’auteure est une femme. Je l’avoue, cette collection est d’abord pour moi. J’ai grandi avec l’idée qu’une femme sait de manière innée qui elle est et ce qu’elle doit être. Or, j’ai longtemps cherché ce que signifie être une femme dans la société. Être entourée de ce femmes historiques et fictives me permet d’explorer qui je suis. Puisque j’évolue à travers mes différents chapitres de vies, ces dames m’accompagnent dans mes périples et me supportent.

J’ose espérer que ces petits détails permettront à ma fille de ne pas vivre cette angoisse que j’ai vécu et de savoir que ces femmes fortes qui construisent notre monde ont une voix. Mais surtout, que sa voix, ses ambitions et aspirations ont une place dans notre monde aujourd’hui grâce à celles qui ont débuté la marche.

Et vous, que faites-vous pour offrir un monde sans stéréotype à vos filles?

 

Ariane a lu…Fais-le pour toi!

Par Ariane Mimeault.

Un livre de psychologie positive qui s’adresse aux ados, écrit par une ado, voilà ce que nous propose la jeune comédienne Frédérique Dufort, celle qui a notamment incarné Dalie dans la populaire série jeunesse Tactik. Ce rôle lui a de toute évidence permis d’établir une belle complicité avec les lecteurs à qui elle s’adresse. Car c’est un peu sur le ton d’une grande sœur bienveillante qu’elle aborde des sujets qui touchent les 12-17 ans dans leur quotidien.

Avec un langage et des codes visuels (émojis) adaptés au lectorat, Frédérique parle de préoccupations terre à terre que partagent tous les adolescents, autant à la veille de l’entrée au secondaire qu’une fois intégré à la vie de la polyvalente. Les petits comme les grands stress trouvent écho dans cet ouvrage truffé d’anecdotes personnelles qui permettent aux jeunes de se reconnaître à travers les mésaventures que l’auteure leur raconte. De l’uniforme scolaire aux présentations orales en passant par les familles recomposées, les types d’amitié ou les peines d’amour, toutes les sphères de l’adolescence y passent, toujours avec ce ton plein d’empathie et sans prétention qui donne l’impression aux lecteurs d’avoir une conversation avec une confidente.

Le chapitre où il est question de motivation scolaire, de gestion de l’anxiété et de tout le stress engendré par l’école est rempli de trucs et conseils simples et concrets pour aider les jeunes à passer à travers leur parcours d’étudiant sans que ça ne devienne trop angoissant. Et celui sur l’intimidation est particulièrement efficace parce qu’il est très « incarné », en ce sens que les questions qui y sont posées, les situations qui y sont décrites sont très réalistes et reproduisent bien ce qui se passent dans la tête des intimidés comme des intimidateurs et de ceux qui les entourent. Ça aide, de façon concrète, à mieux comprendre le phénomène et à poser les bons gestes (exemples à l’appui) pour le contrer. Plusieurs références pour obtenir de l’aide et du soutien y sont également judicieusement incluses.

Le chapitre qui traite de la différence m’a particulièrement touchée, car la jeune auteure nous fait part, un peu sous la forme d’un journal intime, de sa réalité de grande sœur d’un frère autiste. En personnalisant le sujet, elle démystifie beaucoup ce que c’est de partager sa vie avec une personne « différente » et ce que ça implique lorsqu’on est enfant ou ado. Une manière très humaine de sensibiliser à l’acceptation de la différence.

Le livre se clôt par un chapitre consacré à la confiance en soi, corde sensible s’il en est une chez les ados. Encore une fois, Frédérique y évoque des histoires personnelles concernant les commentaires blessants qu’on n’oublie pas, l’importance qu’on accorde à l’image que l’on projette et bien d’autres questionnements dans lesquels les jeunes lecteurs se reconnaîtront. Elle parle aussi d’échecs à apprivoiser, de scénarios catastrophes à éviter, de l’impression de ne jamais faire la bonne chose qui nous taraude à cet âge, de standards sociaux difficiles à atteindre, d’amour propre à cultiver, etc.

Bref, beaucoup de sagesse émane de cette jeune femme qui sait s’adresser à son lectorat avec justesse et sincérité sans jamais faire la morale. Un beau livre qui fait du bien, à mettre entre les mains de tous les ados.

 

Ariane a lu… Alex {Surmonter l’anxiété à l’adolescence}

Par Ariane Mimeault.

Avoir deux adolescentes à la maison implique de devoir négocier avec l’anxiété de plus en plus souvent. Le secondaire est une période intense où les questionnements et incertitudes de toutes natures sont légion. Or, quand on s’interroge sur tout, qu’on n’est sûr de rien, l’anxiété en profite pour s’inviter et faire son nid entre nos deux oreilles. Les peurs, les peines, le stress prennent des proportions démesurées et peuvent devenir un réel problème.

Avant d’en arriver là, de fournir à nos beaux grands enfants d’amour des outils pour qu’ils apprennent à mieux gérer leurs angoisses peut être un début de solution. En ce sens, le livre Alex des Éditions Midi trente joue ce rôle à la perfection puisqu’il est justement conçu en fonction de la clientèle adolescente. L’auteure Nathalie Parent, psychologue qui cumule 15 ans d’expérience, s’adresse au lectorat sous la forme d’un blogue rédigé par un ado qui s’appelle Alex et qui relate des tranches de vie pour aborder des sujets reliés à l’anxiété. Comme il a l’âge moyen des lecteurs, les jeunes pourront se reconnaître dans ses propos, ce qui en facilitera la compréhension et l’appropriation.

L’anxiété y est décortiquée, on y explique dans un langage simple en quoi elle consiste, d’où elle provient, quelles émotions la font apparaître, comment les changements vécus à l’adolescence peuvent être des déclencheurs, etc. Plusieurs exercices pour aider à concrétiser tous ces concepts parsèment le texte, ainsi que des encadrés qui présentent en version abrégée des clés pour calmer l’anxiété.

Les chapitres qui traitent du stress et de la confiance en soi m’ont particulièrement plu. Le choix d’en discuter en partageant le vécu d’amis d’Alex aux prises avec des problèmes de pression sociale ou d’estime de soi rend le tout très signifiant pour les jeunes. Encore une fois, les nombreux exercices proposés permettent de faire de bonnes prises de conscience et de bien assimiler le contenu.

Le dernier chapitre, intitulé « J’affronte mon anxiété », regorge d’outils divisés en trois catégories très pratiques :

  • Trucs pour faire face aux peurs ou à l’anxiété relative à un objet précis
  • Trucs pour calmer l’anxiété lorsque tu en ressens les symptômes physiques (dans ton corps)
  • Trucs pour surmonter tes pensées anxiogènes

Toutes les suggestions peuvent être mises en pratique aisément, même si notre ado n’est pas familier avec la psychologie.

Deux petits bémols : quelques allégories (explications sous forme de métaphores) sont intégrées à la fin de certains chapitres et je ne suis pas convaincue que le style touchera les ados. J’aurais également préféré que les définitions de différents troubles psychologiques qu’on a saupoudrées au fil des pages, sans lien évident avec le texte, soient plutôt réunies dans un lexique.

Ceci étant dit, ça n’enlève rien à la qualité de cet ouvrage de 120 pages qui se lit tout seul et qui pourra être d’un grand secours pour les adolescents qui vivent de l’anxiété et ont besoin d’un coup de pouce pour s’en défaire. Une lecture ultra pertinente autant pour les grands enfants anxieux que pour leurs parents qui s’inquiètent pour eux…

 

Alex {Surmonter l’anxiété à l’adolescence}

par Nathalie Parent, psychologue

aux Éditions Midi trente, collection Perso

 

 

Raconte-moi une histoire

Par Laure Rollier.

Avez-vous des rituels du coucher chez vous? Chez nous, outre le bisou, le pipi, le verre d’eau, dans l’ordre ou le désordre, aucun enfant ne se couche sans avoir lu. Je vous entends déjà dire « encore faudrait-il qu’il sache lire, le dit-enfant! », un point pour vous. Ceci dit, j’ai toujours considéré le fait d’écouter une histoire étant tout petit comme un premier pas vers la lecture.

On voit bien lorsque l’on se pose dans un endroit calme avec un bébé et un livre, que l’on capte immédiatement l’attention de celui-ci. Le bébé est dans l’oral durant les premières années de sa vie. La voix de sa maman est son point de repère. Le tout-petit est d’autant plus intrigué lorsque son parent raconte une histoire car il perçoit les changements de ton et se rend compte qu’il se joue un lien entre ce qu’il entend et ce que l’adulte lui transmet à travers cet objet un peu étrange. Les bébés sont extrêmement curieux et avides de nouveautés. Lorsque vous lirez une histoire courte à votre bout de chou, observez le. C’est étonnant.

15219464_1032260566897323_8843289470355328062_nLorsque je lis une histoire avec mes enfants, j’ai l’impression d’entrer dans un monde qui n’appartient qu’à nous, c’est un moment particulier et privilégié aussi. C’est aussi drôle de découvrir que l’enfant, parfois, perçoit le texte d’une manière totalement différente de la notre ( et donc a priori de l’auteur), on entre à petits pas dans son monde imaginaire. Moi, je me souviens de mes livres d’enfant, je revois encore la couverture, les illustrations, je suis sûre que vous aussi, non?

Ouvrir un livre c’est ouvrir une bulle qui peut nous transporter où nous le souhaitons. Faire ce voyage avec son enfant, c’est encore plus exaltant. Les années passent et certains livres sont plus abimés que d’autres, certains n’auront jamais quitté l’étagère, dur pour l’album en question qui n’aura pas séduit et ni participé au développement des gouts de son hôte.

Un jour, on se retrouve à passer la tête dans l’entrebâillement de la porte pour surprendre celui qui dévore Game of Thrones et celle qui vide la bibliothèque Rose. Et on repart sur la pointe des pieds. Pour ne pas troubler le petit lecteur, qui, le temps de quelques mots couchés sur du papier, vit des aventures qu’il n’oubliera jamais.