Articles, Opinions

Tough avec les victimes

Par Caroline Charpentier.

Il y a beaucoup plus de personnes victimes d’agressions sexuelles, physiques ou psychologiques que les statistiques le démontrent. Il est prouvé qu’il est difficile pour les victimes de prendre leur courage pour porter plainte contre leur agresseur.

J’ai cette réflexion suite à des propos que plusieurs internautes ont tenus à l’égard d’Isabelle Gaston (relaté dans l’article de Marilyse Hamelin du Huffington Post), comme quoi elle n’est pas une victime et qu’elle l’a cherché en trompant Guy Turcotte et donc, qu’elle se doit de vivre avec les conséquences du décès tragique de ses enfants. Wow!

Je me considère comme une personne empathique, ouverte et même, j’essaie de me mettre à la place de l’autre pour mieux comprendre certaines réflexions qui peuvent être à l’opposé des miennes. Je me dis que l’être humain est rempli de bonnes idées et qu’il est bon de sortir de ses paradigmes, de sa zone de confort!

Mais là, ça ne fonctionne pas. Je ne suis pas capable de voir et de comprendre comment certaines personnes peuvent faire ce genre d’équation mathématique. Non. Je ne dis pas de commencer à tromper votre conjoint(e). Non. Je ne dis pas ça. Je suis en train de dire que je ne suis pas d’accord avec les conséquences qui sont nommées. Une séparation, une sérieuse remise en question de son couple. Ok, je comprends, ça a du sens et c’est une des conséquences qui, selon moi, peut arriver en cas d’infidélité. Mais parce que quelqu’un trompe son conjoint, ce dernier peut tuer ses enfants et on va dire que c’est une victime éplorée? Juste l’écrire, ça me donne des frissons.

Et le même exemple est fréquemment observé avec les victimes d’agressions sexuelles. «Elle l’a cherché, as-tu vu comment elle est habillée? ». Non. Non. Elle avait une jupe trop courte et on voyait presque ses seins, alors je pouvais l’agresser? C’est quoi ce raisonnement-là.

«Elle est fragile, elle ne va pas bien ces temps-ci, elle a mal interprété la situation». Non. Non. Non. Pour celui qui se défend, c’est prendre les fragilités de l’autre et les mettre à son avantage, tout simplement…

«Après 15 ans, elle se réveille et réalise qu’elle a été violée, bizarre!». Vous savez, le cerveau est incroyable face à des événements aussi atroces. Il est capable de bloquer l’émotion et se la cacher pendant un temps indéterminé. On appelle ça, la censure, le refoulement. Le cerveau fait ça. Il vous est sûrement déjà arrivé de vous dire: «ok, ça vient vraiment d’arriver, ça vient vraiment de se passer? ». Le cerveau essai d’aller dans le rationnel car l’émotion est trop intense.

Le problème dans ce genre de situation c’est que la victime prend tout son petit change pour y faire face en dénonçant. Elle peut faire face aux médias, à ses proches et en plus, elle est victime à nouveau par des propos aussi tough. Je le sais aussi que dans certaines histoires il y a des accusés à tort, que des victimes qui accusent leur agresseur sont finalement de fausses allégations. Je suis capable de voir les deux côtés de la médaille.

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À chacune de ces victimes, je continue de vous encourager à dénoncer. Ce n’est pas évident comme démarche à faire, j’en consens. Ne vous laissez pas intimider par des paroles qui n’ont aucun sens. De plus en plus de campagnes sont faites pour aider les victimes à sortir de l’ombre, on fait face à des vagues de soutien dans les médias. Je pense à cette inspirante femme qu’est Ingrid Falaise, comédienne et auteure de Le monstre (son vécu avec la violence conjugale). Ce sont sur ces bonnes équations qu’il est important de se baser et non sur les équations mathématiques qui n’ont aucun sens. À chacune des personnes qui dénonce, soyez fière de vous et peut être que vous ne le savez pas mais, une future victime sera peut-être épargnée par votre geste de bravoure.

P.S Victime ne veut pas dire seulement la femme, l’homme peut aussi être une victime; d’autant plus que les études démontrent que les hommes dénoncent encore moins que les femmes.

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On ne tue pas par amour

Par Caroline Charpentier.

«Il est inconcevable qu’un père aimant et attentionné comme Guy Turcotte ait pu tuer ses enfants – sauf s’il souffrait d’une maladie mentale, a fait valoir le procureur principal de l’accusé, jeudi, au troisième jour de sa plaidoirie.» Cette phrase copier-coller d’un média.

C’est quoi ça?! Je connais très bien le domaine de la santé mentale pour y travailler depuis longtemps comme psychoéducatrice. Le trouble d’adaptation ne figure pas dans les troubles de santé mentale qui pourraient amener quelqu’un à tuer. En d’autres termes, c’est comme si on disait que monsieur prenait des analgésiques pour un rhume et donc, qu’il n’était pas conscient de ses actes lors de l’événement. SVP.  L’exemple semble peut être exagéré pour certains mais, pour bien connaître ce qu’est un trouble d’adaptation, ma comparaison n’est pas si loufoque. Même, pour appuyer mes dires (car certains pourraient remettre en question mes propos), Dre Marie-Ève Cotton écrivait dans la Presse+: «Si l’un de mes étudiants affirmait qu’un diagnostic de trouble d’adaptation peut altérer le jugement de quelqu’un au point de le rendre non responsable de ses actes, je le recalerais sur-le-champ. Mais trouble mental ou non, rien dans ce diagnostic ne peut conduire à une altération du jugement au point de ne plus distinguer le bien du mal». Bon, au moment où j’écris ces lignes ont apprend qu’il est reconnu coupable pour meurtre non prémédité; bon, c’est mieux que non coupable mais…

On utilise le mot amour pour une explication bien loufoque à mon goût. Je ne comprends pas qu’on utilise encore ce mot pour un million de raisons? Justement si on aime quelqu’un, on ne devrait pas le blesser de cette façon. Jamais (je dis rarement jamais mais là, j’ai le droit!).

Amour

 

Par amour, je vais faire un câlin.

Par amour, je vais rire à en pleurer.

Par amour, je vais mettre mes limites.

Par amour, je vais me reposer.

Par amour, je vais être authentique et sincère.

Par amour, je vais m’amuser.

Par amour, je vais faire une activité.

Par amour, je vais aller en voyage.

Par amour, je vais apprendre une nouvelle langue.

Par amour, je vais mettre mes limites.

Par amour, je vais dire non.

Par amour, je vais protéger.

Par amour, je vais rassurer et encourager.

Par amour, je vais être en colère, je vais me fâcher, je vais pleurer, je vais monter le ton de ma voix, je vais être plus directive, je vais être distante… Oui par amour, ça peut arriver qu’on agisse ainsi puisqu’on est déçu, triste, désemparé, ébranlé.

Mais si par amour, je deviens méchante dans mes propos, je blesse verbalement ou physiquement, il y a peut-être lieu que je me questionne sur ma relation. Elle s’enligne peut être plus pour être toxique que d’être de l’amour.

Non, on ne tue pas quelqu’un parce qu’on l’aime trop. Non, désolée mais ce n’est pas acceptable comme raison.

Aimer quelqu’un peut faire très mal, je suis d’accord, mais pas se finir par une conclusion aussi tragique que toi, Guy Turcotte.