Articles, Opinions

Oser parler de ses réussites

Par Kharoll-Ann Souffrant.

Depuis que j’ai réalisé ma conférence TEDx en décembre 2015, la jeune femme que je suis a pris un peu plus confiance en elle. Le fait d’avoir été sélectionnée pour la mouture de cette année alors que j’étais persuadée de n’avoir aucune chance face aux autres candidats m’a fait prendre conscience que 1) oser paie dans la vie, surtout quand on n’a rien à perdre et 2) que je me dois de faire taire la petite voix intérieure qui me dit que je ne suis pas assez bien, pas assez bonne, pas assez expérimentée.

Dans les derniers mois et les dernières semaines, j’ai été récompensée pour avoir osé sortir de ma zone de confort. J’apprécie ces marques de confiance et d’amour du plus profond de mon cœur, surtout quand je me remémore la jeune fille qui a vécu de multiples rejets et échecs et qui a longtemps cru qu’elle ne trouverait jamais sa place dans ce monde et dans cette société. Cette jeune fille qui a failli capituler en raison d’une détresse trop grande.

Mais je souffre de ce qu’on appelle « le syndrome d’imposteur ». Et je constate que c’est l’apanage de plusieurs femmes autour de moi. Cela a certainement à voir avec la façon dont nous sommes socialisées et sans doute également au fait qu’il y a moins de modèles de réussite visibles pour nous que pour les hommes. C’est encore plus vrai pour les femmes noires.

À chaque fois que j’ai reçu une bonne nouvelle ces dernières semaines, l’envie me prenait d’en parler autour de moi puis subitement, j’ai eu envie de me faire discrète et de la taire. De garder cette réussite pour moi. Parce que je craignais de saouler les gens. Ou de paraître pompeuse ou vaniteuse.

Puis, j’ai tâché de me rappeler pourquoi je fais tout ça.

Je le fais pour offrir un modèle de réussite positif pour ma fratrie, plus jeune que moi. Je le fais parce que trop de femmes ont peur de parler de ce qu’elles font de bien et ont de la difficulté à accepter un compliment. Je le fais parce que je tiens à avoir une vie différente de celle de mes parents, je tiens à prendre ce qu’ils m’ont donné de bien et en faire quelque chose d’encore mieux. Mais je le fais aussi pour moi, parce que oui, j’ai le droit de ressentir de la fierté face au chemin parcouru et aux progrès que j’ai fait. C’est d’ailleurs un combat qui n’est jamais tout à fait terminé, soit dit en passant.

En mars dernier, alors que je prenais part au programme Women in House de l’Université McGill avec d’autres collègues étudiantes, j’étais au parlement à Ottawa à discuter avec des politiciennes de tous partis confondus afin de mieux saisir la réalité d’une femme en politique fédérale. Et plusieurs d’entre elles ont noté ce même sentiment d’imposteur qui peut être une barrière de plus à l’ambition des femmes, et ce, peu importe le domaine.

Tout ceci est fort complexe cependant. Il y a tout un débat sur la question du choix versus du non-choix, sur le rôle qu’a à jouer la socialisation là-dedans et sur la difficulté de se défaire de certains schémas qui nous sont inculqués depuis l’enfance. Il y a aussi les barrières financières et familiales que les femmes ont de plus tel que démontré par diverses études et recherches. De plus, certains dirons qu’une femme perd à tous les coups. Car si elle apparaît trop émotive, on dira d’elle qu’elle est hystérique, folle ou pas assez solide. Et si elle est trop sure d’elle-même, on dira d’elle qu’elle est arrogante ou froide. Un équilibre qui peut être donc difficile à naviguer.

Mais en ce qui me concerne, quand je fais le choix d’être visible par rapport à mes réussites, c’est pour démontrer que c’est correct de réussir. C’est pour casser mon sentiment d’imposteur et ma crainte du jugement des autres.  C’est pour que les autres réalisent que c’est correct pour eux aussi de réussir.

J’ai longtemps moi-même eu peur de ça, mais de moins en moins.  Et c’est parce que je suis inspirée par les réussites des autres que j’ai moins peur de ça. C’est donc une chaine que je tiens, en toute modestie, à perpétuer, une personne à la fois.

source : www.ressources-actualisation.fr
source : http://www.ressources-actualisation.fr

Car il n’y a rien de plus précieux et de plus puissant que de sentir que l’on s’épanouit et que l’on s’accomplit dans la vie.  Qu’on est parvenu à lui donner un sens. Cela peut différer en signification selon les individus. Mais tout être humain devrait pouvoir avoir accès à ce sentiment.

Articles, Opinions

Je suis fière de vous

Par Geneviève Chénard.

Je vous le dis souvent. En fait, je vous le dis tellement que j’en arrive à vous tomber sur les nerfs. Je vous le dis peut-être même trop : mes filles, je suis fière de vous, je trippe carrément sur vous!

Toi, la plus vieille, je suis fière de toi, même quand tu me tiens tête parce que tes mots sont appuyés par des arguments et que tu me forces à me remettre en question. Tu me rappelles que je t’ai élevée de manière à ce que tu aies l’esprit critique et tu as raison de me signifier que tu grandis, que mes règles et mes codes doivent s’appuyer sur un contexte réaliste et que jamais tu ne m’as prouvée que j’avais tort de te faire confiance. Je suis fière de ta tête dure qui se connait. Je suis fière de toi quand tu m’annonces que tu sais que ton comportement n’aide pas à la situation et que tu reconnais tes erreurs tout en assumant les conséquences. Quand tu me dis que ta coach a le droit de te détester, que tu l’as en partie cherché, mais qu’elle n’a pas le droit de t’humilier, j’adore ça. Parce que ta vision de la situation est vraie, sans tabou ni non-dits et que c’est à partir de ces vérités que tu deviens une meilleure personne. Du haut de tes 15 ans, tu ne sais pas toujours ce que tu veux, mais les réflexions que tu mènes sont dignes d’une personne incroyablement sensée.

Toi, la plus jeune, je suis fière de toi parce que tu me rappelles qu’on a le droit de s’aimer comme on est, tu me rappelles qu’on peut se fermer les yeux et foncer, agir selon notre cœur. Je te regarde et t’écoute me parler de tes passions, avec ta voix et ton débit trop rapide (tellement rapide que Louis-José Houde aurait clairement de la misère à te suivre!!) et je suis fière de cette capacité d’émerveillement qui t’habite à tous les jours. Peu importe ce que les gens pensent de toi, tu fonces sans jamais écraser personne, juste pour toi. Au même titre que ta sœur, tu me fais réfléchir et raisonner avec tes mots qui me surprennent et qui me rappellent que je discute avec un enfant, mais un enfant intelligent et digne de confiance. Je me souviens quand tu m’as annoncée que tu avais fait le tour de tes moyens avec la petite intimidatrice à ton école et que j’ai pu te dire que j’allais m’en occuper, mais que tu devais comprendre qu’elle n’était pas méchante juste souffrante. C’était facile de me dire que tu comprenais, mais tu me l’as montrée en la respectant dans son cheminement, en lui disant bonjour le matin et en lui montrant que tu la comprenais. J’en ai encore le souffle coupé de cet humanisme qui t’habite.

CR_BLOG_605x300_Backtobasic-BeProudLes filles, n’écoutez jamais ceux qui vous disent de choisir l’argent plutôt que l’accomplissement, ceux qui veulent tuer vos rêves avant que vous ayez tenté de les réaliser. Faites vos erreurs, mettez du cœur à apprendre, à vous dépasser et entraînez les autres dans votre sillage. Ne nivelez pas par le bas, élevez-vous plutôt sans écraser les autres. Je sais que vous l’avez déjà compris. Je ne dis pas que vous êtes parfaites, je dis seulement que vous méritez toute ma considération de parent et toute  ma confiance. Je suis fière de vous les filles, parce que vous êtes vous-mêmes, en constante évolution vers le nouveau et le mieux, et qu’à travers tout ça, nous avons une relation.

Articles, La vie

Des racines diversifiées et des ailes colorées

Par Eve Anabelle Saintonge.

Quand un enfant nait, il y a un nouveau monde devant lui. Il lui poussera des racines dans sa terre parentale, mais il grandira avec ses propres ailes.

Parfois, cet enfant nait dans plusieurs mondes à la fois. Ses racines sont culturellement diversifiées et tous sont intrigués à savoir quelles colorations auront ses ailes. C’est le cas de ma fille.

Maman canadienne, papa Guatémaltèque = 2 pays, 3 langues.

Une réalité que moi je n’ai pas eu et dont je pourrais seulement accompagnée ma fille au meilleure de mes compétences.

Se dira-t-elle canadienne? Latina? Canadio-latina? Frenglish? Spanglish? Frenspanglish? Renira-t-elle une partie de ses racines ou sera-t-elle fière de son unicité? Ou sera-t-elle toute mélangée?

À quoi ressembleront les couleurs de ses ailes? Utilisera-t-elle sa créativité ou ce bagage culturel sera trop lourd pour elle. Aura-t-elle l’impression qu’elle devra plaire à tous? Aura-t-elle honte ou saura-t-elle s’affirmer et s’exposer?

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Une oeuvre de Joyce Hesselberth, telle qu’aperçue dans un article du NY Times

Comment gérer cette diversité?

Pour ma part, j’apprends à découvrir mes racines et continuer à colorer mes ailes. Connaître l’histoire de ma famille et celle de mon mari. Parce que notre situation est en partie le résultat des choix des personnes qui sont venus avant nous. Elle est aussi le résultat de croyances et de traditions qui nous ont accompagnées toutes notre vie. Notre histoire et notre identité comprennent aussi notre réaction aux préjugés de nos racines et aux stéréotypes de nos ailes. D’où venons-nous? Où sommes-nous? Où allons-nous? N’est-ce pas les premières interrogations qui nous définissent?

Et vous? Comment y répondez-vous? Comment avez-vous géré vos racines diversifiées? À quoi ressemblent vos ailes ?

Articles

L’art d’apprécier

Kharoll-Ann Souffrant
Kharoll-Ann Souffrant

Cet article a été rédigé par Kharoll-Ann Souffrant, étudiante en travail social à l’Université McGill.

J’ai toujours à peu près su l’angle que je voulais donner à ma vie. C’est ce qui m’a permis de traverser bien des tempêtes. Je ne savais pas exactement comment j’allais parvenir à mes fins, ni sous quelle forme de manière précise. Or, j’ai toujours su que je voulais me dédier à un équilibre entre venir en aide aux autres et prendre soin de moi. C’était une évidence pour moi.

Adolescente, j’étais agacée au plus haut point lorsque je sentais qu’on ne me prenait pas au sérieux ou que l’on doutait de ma capacité à faire quelque chose. Ça venait me chercher dans mon orgueil et ma fierté. Je voulais « dévorer le monde », faire mes preuves à la Terre entière alors qu’en fait, je n’avais rien à prouver à personne.

Je ne m’en rendais pas compte à l’époque parce que je manquais de confiance en moi, comme bien des gens. Toutefois, cette détermination est restée. Elle s’exprime un peu différemment aujourd’hui.

Quelques années ont passé et le plan que j’avais en tête s’est précisé avec des surprises (bonnes et mauvaises) en cours de route. Aujourd’hui adulte, je m’impatiente parfois lorsque quelque chose que je désire ardemment ne se pointe pas dans ma vie aussi rapidement que je le voudrais. Je me décourage, je doute, je me déprécie, même.

Or, dans ces moments-là,  j’essaie de faire confiance à la vie. Parce qu’elle m’a fait plusieurs cadeaux qui sont arrivés au bon moment, au bon endroit et qui me servent beaucoup. Alors, je me remémore la jeune fille que j’étais à 14 ans ou à 16 ans qui  est très différente de celle de 22 ans, mais qui voulait tout ardemment, qui était tout autant willing. Et c’est là que je me dis « une chance que je n’ai pas eu ce que je voulais à cette époque-là ».

Parce que je n’aurais pas su comment le gérer. Ça n’aurait pas été sain pour moi. Ça aurait été un cadeau empoisonné. Ça m’aurait fragilisé au lieu de me servir. Je n’avais pas le vécu ni l’expérience pour en faire quelque chose de bien. Je n’en avais pas conscience à ce moment-là mais je le vois clairement maintenant.

Je crois vivre les meilleures années de ma vie et en ce moment, je suis en train de me construire. En tant que femme, en tant que citoyenne et en tant qu’individu. Je n’ai ni la maturité ni l’expérience pour faire ces milles et unes choses auxquelles j’aspire si fort. Mais à force de travail, un jour peut-être, je le serai. Et c’est à ce moment-là que je pourrais faire ce que je veux et ce, de la bonne manière, avec rigueur, professionnalisme et de façon saine pour moi. Je suis une perfectionniste et j’ai horreur de mal faire les choses. S’il faut 10 ans pour me forger, ça prendra 10 ans. Mais lorsque je serai prête et que ce sera le bon moment, je le sentirai et les autres autour de moi me le feront sentir aussi.

Nous avons tous tendance à nous comparer, à regarder chez le voisin et à trouver l’herbe plus verte. La vérité est qu’on ne sait jamais les combats que les personnes affrontent dans leur vie derrière des portes closes. Et ce qui est bon pour l’autre, que l’on souhaite à tout prix, n’est peut-être pas la bonne chose pour soi, à ce moment précis de notre vie. Ça peut sonner bien ésotérique tout ça, mais chaque individu a son parcours, son chemin et les succès et les embuches qui s’y rattachent. C’est un périple qui n’est facile pour personne (à différents niveaux, bien entendu). Mais peut-être que si je n’ai pas ce que je désire si fort maintenant, peut-être que c’est que ce n’est tout simplement pas le bon moment ? Et peut-être que dans 10 ans, je remercierai la vie de ne pas me l’avoir offert sur un plateau d’argent maintenant.