Eve Anabelle Saintonge, Informations, Opinions

L’éducation à la sexualité à la maternelle

Par Eve Anabelle Saintonge.

Saviez-vous que le programme d’éducation à la sexualité du ministère de l’Éducation du gouvernement du Québec sera appliqué dans la majorité des écoles du Québec pour l’année scolaire 2017-2018?  En d’autres termes, les enfants de la maternelle au secondaire recevront une éducation à la sexualité à l’école. Ce projet est déjà mis en place dans quelques écoles et sera, si tout va bien, en force l’année prochaine[1].

Quand on entend les grands mots ‘’éducation à la sexualité’’ et qu’on l’associe à des petits d’âges préscolaires, les poils des bras (et même de la nuque) de plusieurs parents se dressent! Souvent, la première pensée qui nous vient à l’esprit est l’acte sexuel et nous nous demandons en quoi cela est nécessaire pour nos petits.

Or, l’éducation à la sexualité ne comprend pas seulement la mécanique des organes génitaux, mais un éventail de sujets importants. L’éducation à la sexualité inclut la connaissance de son corps, la puberté, les relations saines, la communication, le consentement, l’orientation sexuelle, l’hygiène, les désirs et les émotions, etc. Sans oublier nos valeurs culturelles, familiales et religieuses associées à la sexualité.

Source de l’image : http://www.wingz.fr/2014/02/13/education-sexuelle-a-lecole/

Ce sont tous des sujets qui contribuent à la prévention des abus sexuels et du développement d’une saine image de soi et une saine image corporelle. De plus, les fondements du développement égalitaire débutent à cette période. C’est à travers la discussion de ces sujets que se développe également la prévention de la violence, de l’exploitation sexuelle et du respect de la diversité sexuelle.

Mythe: Mais, si je parle de sexualité, je vais donner des idées à mes enfants et ils vont faire des comportements sexuels inadéquats pour leur âge?

Afin de croire à ce mythe, il faut premièrement croire que la sexualité est apprise et non innée. Les sentiments d’attirance sexuelle ne sont pas appris, mais bien naturellement présents chez les enfants et les adolescents.

Saviez-vous qu’aux États-Unis, les états qui offrent l’éducation à la sexualité ont un taux significativement plus bas de grossesses à l’adolescence comparativement aux autres états qui enseignent l’abstinence ?[2] En d’autres termes, peu importe l’éducation que l’on offre, les jeunes ont tendance à avoir des comportements sexualisés. La manière dont ils pratiqueront ces comportements et les conséquences de ces pratiques sont influencés par l’éducation qu’ils reçoivent.

Que vous soyez pour ou contre que l’État prenne la responsabilité de faire l’éducation à la sexualité des élèves, il en reste qu’il y a quelques questions que nous devons nous poser en tant que parents. Comment est-ce que je vais gérer ce ‘’sujet’’ à la maison ? Est-ce que je le lègue à l’État ou je le prends en charge ? Est-ce que je veux soutenir l’enseignement à l’école en ajoutant à ce que mon enfant reçoit ou je veux que mon enfant connaisse mon opinion et mes valeurs avant même qu’il commence l’école ?

Mythe: Mon enfant va être trop mal à l’aise pour parler de ce sujet avec moi.

Un tabou ou un malaise est un comportement appris par modelage. Votre malaise devant le sujet de la sexualité est observé par votre enfant et de ce fait, lui enseigne que socialement nous ne devons pas en parler.

La première étape est de se retourner vers soi-même. Quels sont mes malaises quant au sujet de la sexualité ? Quels éléments sont manquants dans ma propre éducation ? Quels sujets devrais-je régler personnellement ou avec mon partenaire ? Rappelons-nous que notre propre vie sexuelle a différents chapitres dans une vie et que notre expérience ne sera pas celle que vivra notre enfant.

Mythe: Je risque de traumatiser mon enfant si j’en dis trop.

Il est recommandé de dire les vraies choses plutôt que d’expliquer la sexualité avec des métaphores ou des termes qui ne sont pas exacts. Votre enfant réalisera rapidement que vous n’avez pas dit la vérité et fera davantage confiance aux autres pour se confier et trouver réponse à ses questions.

Quand et comment commencer à parler de la sexualité ? Dès la naissance ! Quoi ?!

Rappelez-vous qu’en tant que parents, nous devons premièrement développer des habitudes saines pour ensuite être un modèle pour notre enfant. Nous désirons créer l’habitude d’avoir une communication ouverte et saine où il n’y a pas de malaise. Ensuite, rappelez-vous que l’éducation à la sexualité inclut la connaissance de son corps, la puberté, les relations saines, la communication, le consentement, l’orientation sexuelle, l’hygiène, les désirs et les émotions, etc. Sans oublier nos valeurs culturelles, familiales et religieuses. N’oubliez pas qu’un enfant d’âge préscolaire ne cherche pas une réponse de calibre universitaire. Prenez le temps de comprendre d’où vient sa question. Pourquoi souhaite-t-elle avoir cette information ? Qu’est-ce qui l’a amené à venir vous poser cette question ?

Vous avez envie de paniquer puisque vous ne savez pas comment répondre. Pas de soucis, vous êtes encore un bon parent ! Respirez, rassurer votre enfant qu’il a une super bonne question et que vous voulez y répondre, mais plus tard quand vous aurez trouvé la bonne réponse. Planifiez ensemble un bon moment et respectez votre promesse.

Plusieurs manières existent puisque tous les parents et les enfants sont uniques. Comment discutez-vous de sexualité à la maison ?

[1] http://www.education.gouv.qc.ca/enseignants/dossiers/education-a-la-sexualite/

[2] http://www.upworthy.com/the-teen-pregnancy-rate-has-dropped-25-in-recent-years-heres-why

La vie

Arrêt forcé – par Catherine Duboc

Catherine est enseignante de 5e année à l’École Buissonnière. C’est d’ailleurs là que je l’ai rencontrée, alors que j’y étais psychoéducatrice. Une prof grandement appréciée de ses élèves, en raison de son sens de l’humour, de son humanité et de son amour pour eux. D’ailleurs, son groupe, une année, lui a offert un chat comme cadeau de fin d’année!

Malheureusement, Catherine s’est blessée au tout début de l’automne, ce qui l’a obligée à prendre une pause du travail qu’elle aime tant pour prendre soin de son corps, d’elle-même, pour une fois. Car, comme plusieurs d’entre nous, Catherine a tendance à s’oublier. Je la laisse donc raconter les apprentissages qu’elle a effectués au cours des derniers mois. 

Bientôt deux mois qu’on aura eu ce stupide accident.  La tuile…  Le temps d’une seconde de distraction et hop, la chute.  Au début, on se dit qu’on en sera quitte pour un beau bleu, mais le lendemain au réveil, difficile de passer à côté : plus moyen de poser le pied.  Urgence, attente interminable, radiographies, l’attente encore, médecin et le verdict tombe : la rotule est fracturée.  Quelle poisse!

On hérite alors d’une merveilleuse attelle qui nous bouffe la moitié de la jambe et d’une non moins extraordinaire paire de béquilles.  Au départ, on ne réalise pas trop.  On pense naïvement que la vie va se poursuivre.  On s’imagine déjà gambadant de ci de là, de l’autobus au métro, du marché au boulot, bref, pour un peu, on s’embarquerait pour un safari.  Le choc n’en est que plus grand lorsque le lendemain à peine, on réalise avec effroi que plus rien n’est simple.  La maîtrise des bestioles en aluminium n’a rien d’inné, prendre une douche est un sport dangereux et puis, plus moyen de tenir quoi que ce soit.  Faire le ménage, l’épicerie, on oublie.  En prime, il y a la douleur, l’enflure, l’inconfort.

Commence alors une vie d’éclopé.  Une vie qui s’égrène lentement dans un périmètre  restreint.  Une vie où on ne rêve que de se laisser choir d’un siège à l’autre, une vie d’abord faite de dépendance, d’impatience, de colère et de frustration.  Tout se déroule au ralenti, cloîtré, accompagné par l’omniprésent cliquetis des béquilles.

Crédit photo : Catherine Duboc
Crédit photo : Catherine Duboc

Le temps passe.  Peu à peu, on lâche prise et on se surprend à savourer le silence et le ronronnement des chats qui visiblement se réjouissent de notre présence.  On apprécie les visites impromptues des amis et des collègues que l’on voit sous un jour nouveau.  On a le temps d’écouter le CD apporté par unetelle, de visionner la série conseillée par untel, de lire le roman fourni par tel autre.  Assis à la table de la cuisine, on observe les arbres qui se dépouillent de leurs feuilles et l’écureuil qui déchiquète la housse de barbecue du voisin pour chaudement garnir son nid pour l’hiver.  On découvre une vraie générosité, gratuite et spontanée : les voisins qui offrent de dépanner, les inconnus qui veulent aider, le regard de ceux qui comprennent et souhaitent réconforter. Le vacarme intérieur s’apaise, on accepte de se soigner, on choisit enfin de s’arrêter et les préoccupations d’autrefois paraissent désormais bien futiles.  Quelque part dans le détour, on s’était peut-être un peu oublié.

Pendant ce temps, un os s’est reconstruit.  Commence alors le bal des tendons qui tirent, des ligaments qui coincent, des os qui craquent, des exercices, des balades qui s’étirent de plus en plus, des séances d’ostéo où l’on réapprend à marcher.  Hé oui, après tant d’années, il a suffi de quelques malheureuses semaines pour oublier.  Les endroits familiers redeviennent accessibles et ça fait un bien fou.  Le marché Jean-Talon avec son ambiance animée et ses étals diversifiés nous a particulièrement manqué.  Les marchands nous saluent, nous demandent ce qui est arrivé.  On remplit le sac à dos et on ne sait plus où donner de la tête.  On a l’impression que ça fait une éternité.  On repart le cœur léger et le sac bien trop rempli.  On a mal, mais on en rit.  Pour une fois, c’est nous qui avons choisi!

Les jours s’écoulent et on se sent enfin prêt à reprendre le collier.  Bien sûr, on s’inquiète.  On marche encore le pas mal assuré, canne à la main comme garantie de sécurité.  On a le mouvement saccadé et on sent toute sa vulnérabilité, mais qu’importe; on a le sentiment d’avoir triomphé.  On craint aussi l’engrenage de la routine qui pourrait revenir nous happer, mais on plonge sans plus hésiter.  Rapidement, les appréhensions disparaissent.  Évidemment, on n’est pas au sommet de notre forme, mais quel bonheur de retrouver l’environnement coutumier, les corridors tapissés de dessins colorés et le joyeux brouhaha des élèves dès leur entrée.  On a de nouveau des dizaines de regards à croiser et, cette fois, on veut prendre le temps de s’arrêter.  La vie reprend son cours même si au fond de soi, on a la sensation d’avoir un peu changé.

On voudrait conclure en disant que c’est bien de se casser le genou, mais franchement, on a du mal à s’y résoudre.  Pour aujourd’hui, on se contentera d’un simple « ça peut avoir des avantages un arrêt forcé », même s’il nous coince  un peu en travers de la gorge.  Que voulez-vous, l’hiver s’est pointé le nez, alors on a peur de glisser et on n’arrive toujours pas à maîtriser les foutus escaliers.