Articles, La vie, Stéphanie Deslauriers

La culture du désir

Par Stéphanie Deslauriers.

J’ai un ami qui a 72 ans (me semble. J’ai perdu le compte après 70). Il aime se faire philosophe et m’éclairer avec les apprentissages qu’il a fait tout au long de sa vie.

Une de ses philosophies de vie est de cultiver le désir. Bon, OK, lui, il l’applique davantage dans sa vie personnelle et m’a encouragée à en faire autant dans la mienne ; prendre le temps de s’ennuyer de l’autre pour avoir hâte de le revoir (et que cet autre ait tout aussi hâte) afin que les retrouvailles ne soient que plus délectables.

Je suis tellement YOLO que j’ai décidé (consciemment ou pas, je ne sais pas encore. Freud, psychanaliste sur l’Opium qui traitait les femmes avec qui il couchait, t’en dit quoi ?) de l’appliquer aussi dans ma vie professionnelle.

C’est que je me rappelle très bien des paroles de ma superviseure de stage de maitrise, qui m’avait déclaré avec plein de bienveillance : « Toi, je te souhaite de te planter ».

J’avais été un peu insultée, quand même. Pourquoi souhaiter à quelqu’un de se planter ? Voyons ? Comme si je ne m’étais jamais plantée ?

En fait, je ne m’étais jamais réellement planté. Pour vrai. En fait, selon la théorie de l’estime de soi, on tend à choisir des activités dans lesquelles on sait qu’on va performer. Et quand j’ai choisi une activité, j’ai l’orgueil dans le tapis, la persévérance aussi et je fonce.

Quand j’ai commencé la danse, à 11 ans, j’étais poche ! Moi et mes grands bras, on savait pas trop comment se placer. Mon grand tronc encore un peu molasse non plus, d’ailleurs. C’était pas de toute beauté. Mais je continuais à danser, parce que j’aimais ça. Je dansais dans ma chambre, à l’école, dans le sous-sol de ma BFF, dans mes cours… Et je me suis améliorée. Genre, vraiment beaucoup. Quelques années plus tard, après un refus, j’ai été acceptée dans la troupe de danse, tsé veux dire !

Le soccer ? Même chose. Pas grand grand coordination après ces grandes jambes-là. Mais j’aimais ça, courir dans le gazon après un ballon bicolore. Faque j’ai continué. Pour devenir la « surveille la p’tite (grande) numéro 11 » et la meilleure compteuse de la ligue, genre.

failEt ça a été comme ça un peu partout, à vrai dire. Plus jeune, j’ai apprécié ce processus d’amélioration, d’efforts et de persistance.

Plus vieille, moins. Je voulais toute, tu suite. Comme bien des gens de ma génération (Eh que ça me gossait, quand mon chum X disait ça de MA génération Y. « C’est une généralisation hâtiveeeeuh ! »). Mais c’est vrai. C’est vrai qu’on a été élevé à coup de « tu peux tout réussir ! Mets les efforts et ça va marcher ! ». La vérité, c’est que ce n’est pas toujours comme ça. Il y a d’autres facteurs que le travail (même si c’est, selon moi, LE facteur principal) ; il y a le timing, la chance, les contacts, aussi. Certaines choses qu’on contrôle moins. Sur lesquels il faut lâcher prise (yark !).

Ça fait que j’ai commencé à ressentir de l’envie, de la jalousie, un sentiment d’injustice. « Ben là, comment ça, ELLE, elle est rendue où je veux être pis pas moi ? ». J’ai hais ça, ressentir l’envie. Ça tord le cœur dans tous les sens. Très, très désagréable.

Puis, j’ai commencé à recevoir des refus ; de manuscrits, de collaboration dans les médias (des fois, même, avec pas de réponse. « Hey, j’existeeeeuh !! »), de contrats d’enseignement, de jobs que je voulais don’…

Pis j’en suis même pas morte ! Au début, mon égo était vraiment atteint. « Ben là, comment ça ? Je suis tellement exceptionnelleuuuh ! Je le mériteeeuuh ! »

Mais j’ai réalisé que c’était pas toujours une question de mérite ; mais de timing, de chance, de contacts… Pis des fois, c’est juste qu’on est pas prêts, qu’on a pas TOUT ce qu’il faut pour que ça marche là, là. Pis ça veut pas dire qu’on est poches pour autant.

Avec des échecs, j’ai commencé à vraiment saisir à quel point j’étais choyée et reconnaissante quand quelque chose qui me tient à cœur fonctionne. Parce que non, toute ne m’est pas dû. Non, ce n’est pas (toujours) une question de mérite.

Et j’ai commencé à enjoyer non pas que le résultat final, mais tout le processus qui m’y mène. Et ça, si c’est pas la culture du désir, je ne sais pas ce que c’est !

Articles, La vie

Le succès des autres

Par Stéphanie Deslauriers.

Cet article sur l’échec m’a grandement interpellée. Précisément parce que cette semaine, j’ai vécu un échec, à mes yeux. Une déception, quelque chose que je n’ai pas vu venir.

YOUR-PLAN-VS-REALITY

Une amie m’a déjà dit : « Profite des détours, des replis. C’est là qu’on apprend le plus ».

Ouais.

Je me suis rappelée de ma première rencontre avec une femme magnifique qui était alors directrice de l’édition chez Librex. La VP de la boîte m’avait donné rendez-vous à un lancement. À moins d’une heure de l’événement, j’ai failli chocker. J’étais toute arrangée, bien maquillée, bien habillée, j’avais même mis du parfum et des talons hauts (!!!), je m’apprêtais à regarder pour une énième fois l’horaire de bus (hello, anxiété) quand je me suis dit que non, j’avais envie de rester chez nous, de me mettre en linge mou et de lire un livre.

Puis, j’ai croisé mon reflet dans le miroir. Je me suis fixée en me disant : « De quoi t’as peur, Steph? ».

De réussir.

J’avais peur que ça marche. Que ce soit plus grand que moi.

À partir de là, il aura fallu deux ans et demi d’écrire et de réécriture avant d’avoir un roman qui avait à peu près de l’allure (C’est L’Éphémère, ça), après l’avoir chatouillé pendant cinq ans sans savoir si ça deviendrait « quelque chose » un jour. Juste écrire m’avait fait du bien.

Ça fait que, j’ai pris mes grandes jambes pis mes talons hauts rouges, et je suis allée prendre le bus. En arrivant au resto du Vieux Montréal, je me suis dirigée illico aux toilettes pour respirer, me rappeler pourquoi j’étais là et que c’était correct, d’avoir peur.

Et deux ans et demi plus tard paraissait mon premier roman, mon rêve d’enfant, d’adolescente qui adulait Marie Plourde avec ses histoires de sacoches dans le Journal de Montréal, Marie Laberge et sa Gabrielle, J. K. Rowling et sa ribambelle de personnages fantastiques, etc., etc.

Mais. Il y avait un « mais ». Ce n’était pas assez, encore. J’étais envieuse du succès des autres. En fait, c’est ce que je croyais jusqu’à ce que je me rende compte que, ce que j’enviais le plus chez les autres, c’était leur reconnaissance. Leur façon de savourer. D’être heureux, là. Que ce soit assez. De surfer sur la vague, d’apprécier, de prendre le temps de s’arrêter sans avoir peur de stagner. Sans penser à demain, à plus, plus loin, toujours.

À être dans l’ici, maintenant. À assumer leurs choix, à s’engager.

À tous les jours, je travaille en ce sens. J’apprends à m’arrêter, à contempler, à apprécier. Pour ne plus envier ces personnes, mais pour qu’elles m’inspirent à en devenir une meilleure à mon tour.