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Le pouvoir des différences

Par Kharoll-Ann Souffrant.

Je suis une étudiante universitaire en travail social. Jeune femme racisée, je m’identifie comme féministe. Je viens d’un milieu que l’on pourrait qualifier de modeste. Je suis cisgenre et hétérosexuelle. Je suis en contact régulier avec toutes sortes de personnes ayant des systèmes de privilège et d’oppression similaires ou différents des miens.

Mes études en intervention sociale me font grandir en tant qu’être humain, en tant que femme et en tant que citoyenne. Je n’éprouve jamais le moindre doute quant à la profession que j’ai choisie. Une profession qui me passionne et qui me fait réfléchir sur la société et le monde qui m’entoure. Une profession qui a souvent mauvaise presse, mais qui me parle et que je tiens à pratiquer en alignement complet avec mes valeurs les plus fondamentales. Des valeurs de justice sociale, de tolérance et de solidarité. Je veux être une alliée des populations les plus marginalisées de notre société, mais sans ce fameux complexe occidental de « sauveur ». Je veux travailler en partenariat avec ceux qui sont opprimés. Ceux dont la voix n’est pas suffisamment entendue dans l’espace public. Travailler avec eux et non pour eux.

C’est Socrate qui disait que « tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». Une citation forte et qui m’a marquée quand je suis tombée sur elle la première fois à l’adolescence. J’aime cette citation parce que je réalise à quel point s’éduquer et apprendre des choses nous fait prendre conscience à quel point, nous savons peu de choses justement. Mes études en intervention sociale aiguisent mon sens critique et me font remettre en question plusieurs choses. Des choses que je tenais pour acquises quand j’étais beaucoup plus jeune, des choses pour lesquelles je ne voyais pas nécessairement où il y avait lieu de se questionner.

Lorsque j’ai été mise en contact dans mes salles de classe ou lors de mes activités bénévoles avec des personnes étant hautement marginalisées, ma vision du monde s’en est vue non seulement bonifiée, mais surtout complexifiée. Je regarde encore plus l’univers avec des lunettes grises, plutôt que de voir les choses comme étant « noires » ou « blanches ». Quand on est confronté à la réalité d’une personne qui est fort différente de la nôtre, mais qu’on prend le temps de l’écouter avec respect et empathie et en valorisant son opinion comme étant égales à la nôtre, les choses changent dans notre esprit. Quand on considère les individus comme étant à part entière et comme étant les experts de leurs expériences, aussi. Quand on est capable de voir au-delà de certains comportements qui peuvent nous choquer et qu’on tente de réfléchir à la source de ceux-ci, on est moins jugeant. Quand on s’attache à ces personnes et qu’on est témoin de l’oppression systématique dont elles sont victimes tous les jours et dans toutes les sphères de la société, ça change une vie tant au plan personnel que professionnel.

Je prends de plus en plus conscience à quel point plusieurs de nos institutions et lois sont imparfaites. Comment ceux qui sont sensés nous protéger peuvent nous harasser. Comment il faut continuellement se tenir à jour, s’informer, s’éduquer et se questionner. Comment il faut être vigilant aussi parce que nos « acquis » ne sont jamais totalement acquis. Je réalise encore plus maintenant en tant que future professionnelle que j’ai cette responsabilité. Celle d’être une alliée, une vraie. Afin de ne pas nuire à autrui plus qu’il ne le faut, malgré des bonnes intentions.

Et je salue le courage de ceux qui se tiennent debout. Ceux qui se battent pour leurs convictions et qui n’ont pas peur de remettre en question le statu quo. Je salue ces braves personnes parce que quelque part, elles se battent pour moi aussi. Elles se battent pour ceux dont on a moins l’habitude d’entendre puissent se faire entendre. Elles se battent pour un monde plus juste, plus sain, plus fort et plus solidaire. Un monde où l’on pourra discuter sans hurler, un monde où l’on pourra accepter et comprendre sans nécessairement cautionner.

Il n’y a rien de plus enrichissant pour un être humain que d’être confronté à la différence. Et lorsque cette différence est perçue comme une opportunité plutôt qu’une menace, c’est encore mieux. S’enfermer dans la peur de l’autre est un poison pour l’humanité. Rester dans l’ignorance aussi. Il n’est pas nécessaire d’avoir un diplôme pour savoir écouter. Le seul fait de s’ouvrir à la différence peut nous transformer en mieux et pour toujours. Je crois vraiment que c’est ça qui va changer le monde. C’est un pouvoir.

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Le moule

Ce texte a été rédigé par Stéphanie Deslauriers, fondatrice de Ensemble Maintenant. 

Etre adapté à un système dysfonctionnel n’est pas signe de bonne santé, physique comme psychologique. Plusieurs de nos enfants ne sont pas adaptés à notre système et le système sclérosé n’arrive pas à s’adapter à eux.

Ces enfants vieillissent, deviennent des adultes puis, on se demande pourquoi il y a tant de diagnostics, de médication prescrite pour ces ex-enfants qui n’arrivent pas à trouver un sens au système dans lequel ils évoluent, qui se sentent en marge, incompris, inadaptés, peu ou pas soutenus par ce même système et ses membres.

Rapidement, on apprend à nos enfants à entrer dans le moule, même s’ils doivent se couper un bras, se contorsionner pour entrer dedans.

Parce que la différence, ça dérange. Pas étonnant que nos enfants aient du mal à accepter et comprendre cette même différence; le modèle qui leur est donné leur montre exactement comment ne pas faire cela.

moule

Et ça  me fait rigoler (jaune) lorsque je vois des images comme celles-ci circuler sur les réseaux sociaux. Honnêtement, qu’est-ce que la majorité des adultes feraient en voyant ceci? « Petite fille sur la droite, je suis tanné de te le répéter : enlève-toi de là. Regarde comment les autres font : fais pareil comme elles.

Quand un adulte adopte des stratégies éducatives plus originales, on sourcille. Lui non plus, n’entre pas dans le moule.

En fait, on désapprend à être des enfants, on désapprend l’élan du cœur, la compassion, l’amour. Les enfants ne sont pas cruels, contrairement à ce qu’on peut en penser : ils ont des modèles cruels. Ils font ce qu’ils voient, ils apprennent ce qu’on leur montre sans faire de nuances.

On attribue des intentions adultes à des remarques et comportements d’enfants. On les pervertit avec nos perversions.

On a du mal à comprendre nos enfants, la manière dont ils pensent, réfléchissent et résonnent et on les réprimande à tout bout de champ à cet effet.

J’ai peur que nos enfants soient entre les mains d’adultes qui ne les comprennent pas. Qui, petit à petit, l’éteignent. Qui éteignent leur fougue, leur verve, leur franchise, leur authenticité. Juste pour qu’ils fittent enfin dans le moule. Pire encore, je ne veux pas être ce genre d’adultes.

Oser être unique
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