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C’est arrivé… Et je n’ai rien fait.

Par Dïana Bélice.

Avant tout chose, je souhaiterais dire que je comprends. Ceux et celles qui ont de la difficulté à passer le pas. Lorsqu’il s’agit de dénoncer une agression de nature sexuelle, je veux dire. Je comprends. Parce que c’est arrivé, sous mes yeux, et je n’ai rien fait.

On en parle beaucoup ces dernières semaines. Pourtant, les agressions sexuelles sont le lot de tous les jours, de bien des gens, n’importe où, n’importe quand. Avant d’aller plus loin, je crois qu’il est toujours pertinent de définir les choses. On en entend de toutes les sortes, on n’est jamais certain de ce que c’est, exactement. Car peut-être que c’est arrivé à toi qui lit ces lignes et que tu ne t’en es même pas rendu compte. Probablement parce que tu pensais que c’était banal. Mais ça ne l’est pas.

« Une agression sexuelle est un geste à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée […] Il s’agit d’un acte visant à assujettir une autre personne à ses propres désirs par un abus de pouvoir, par l’utilisation de la force ou de la contrainte, ou sous la menace implicite ou explicite.[1] »

 

  • OK, mais les gestes, concrètement, c’est quoi ? Ça peut être un baiser, se faire pogner une fesse dans un couloir. Ça fait tourner le petit hamster dans ta tête ? Ça me fait le même effet…

Bon. Maintenant qu’on sait tous de quoi on parle, j’en viens au sujet tristement principal de ce texte…

Je me trouvais sur le quai d’une station de métro de Montréal et j’attendais que le wagon s’avance sur la rame. En zieutant les alentours, je les ai vus. Cette fille de 15 ans, je dirais, acculée à un mur. Et devant elle, un garçon. Le même âge, environ, les mains appuyées de part et d’autre de sa tête. Il essayait sans cesse de l’embrasser. Elle repoussait assidûment ses avances. Elle n’en voulait pas, de son baiser. Mais il a insisté en attrapant sa mâchoire entre ses doigts avant de plaquer ses lèvres sur les siennes… Puis il l’a fait une, puis deux fois. Elle était de glace.

Un sentiment de dégoût s’est répandu dans mon cœur et mon estomac s’est garni de peur. J’étais vissée sur place, mais j’avais envie de bouger. De tasser ce gars à coups de pied au derrière. Il savait qu’il agissait mal, parce qu’il checkait autour de lui, voire si quelqu’un remarquait son agression publique. C’est là que nos regards se sont accrochés. La mâchoire serrée, j’ai tenté de lui transmettre toute la haine que j’avais pour ses gestes.

Je me suis demandé : si j’avais réagi autrement, que se serait-il passé ? Aurais-je eu l’appui d’un passant ? Me serais-je fait traiter de drama queen ou de féministe frustrée ? Me serais-je fait dire de me mêler de mes affaires ?

Insère ici le plus long soupir de la Terre.

Toutes ces questions ne sont TELLEMENT PAS LÉGITIMES ! Tout ce qui aurait dû m’importer, c’est de venir en aide à cette ado. Sans avoir peur des possibles, de ce que les autres pourraient penser.

Entre autres à cause de cette culture du viol qui domine dans notre société et nous fait croire que la violence sexuelle est acceptable et insignifiante, je suis restée de marbre.

Imagine ce qu’il en est pour la victime.

14925764_955669767899840_933985456820426547_nAujourd’hui, je me retrouve avec des regrets. Celui de ne pas avoir agi. De ne pas avoir fait en sorte que cette ado ne se sente pas seule.

Je m’en veux. Beaucoup. Donc je comprends. Je comprends un petit peu ce que vivent les victimes dans une société comme la nôtre même si dans le fond, on ne devrait pas se sentir comme ça…

[1] http://www.agressionssexuelles.gouv.qc.ca/fr/mieux-comprendre/

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La bête noire qui était censée gâcher ma vie

Par Dïana Bélice.

Depuis aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été timide. Ou selon le Larousse, un individu qui manifeste un manque d’assurance. Ça semble un peu raide comme définition, mais c’est totalement moi. Pour moi, rencontrer de nouvelles personnes ou exprimer mon opinion peut parfois être comparable à surmonter une montagne. Avec le temps, j’ai dû me rendre à l’évidence : ce que je vivais était plus que de la simple timidité. C’est en arrivant au cégep, assise sur les bancs du fameux cours d’initiation à la psycho, que j’ai découvert que j’étais une introvertie. Une personne avec une tendance à être tournée vers elle-même plutôt que vers le monde extérieur. Ouin. C’t’affaire là, c’est moi aussi.

Dans une société où le réseautage et l’entretien du plus de contact possible sont carrément une religion, on m’a souvent dit que je ne réussirais pas à faire de belles et grandes choses de ma vie. Que je n’aurais pas l’audace nécessaire pour réaliser mes rêves si je n’arrivais pas à prendre ma place. Mais ce n’est pas que ça. C’est aussi le fait que la bibitte étrange que nous sommes, nous introvertis, dérange. Combien de fois me suis-je fait reprocher, parce que je suis silencieuse, de ne pas apprécier les gens avec lesquels je me trouve ? Voir que je me dis : « le monde n’est pas prêt pour l’intellect de Dïana Bélice ! » Roulement d’yeux royal. Disons que j’me cré pas à c’point-là. En fait, il faudrait quoi ? Que je fasse autant de bruit qu’un millier de grains de maïs soufflé sur le feu pour prouver le contraire ? Meh… Selon moi, cette perception ramène aux insécurités de chacun. Le taciturne, on ignore ce qu’il pense. On ne le connaît pas, on a de la difficulté à le cerner : c’est clair que c’est pas bon signe ! Re-meh

Pendant un moment, je l’avoue, j’ai considéré mon introversion comme un défaut à combattre. Aussi bien dire que j’ai cru qu’il fallait que je change qui j’étais. Je me suis réveillée à temps. Les gens sont différents et atteignent leurs buts conséquemment. Et ce serait l’fun qu’on respecte ça.

Or, on s’en doute bien, rien n’est jamais si simple. On nous démontre sans cesse que la réussite tient d’une personnalité pétillante et déterminée, et surtout, charmante. T’as ça ? Hell yes, tu peux TOUT faire dans la vie ! Pendant ce temps, les introvertis sont dépeints comme des êtres égoïstes, sauvages, sans aucune habileté sociale, et qui, ni plus ni moins, détestent #lesgens. N’oublions pas, des fervents adeptes de Netflix (whaaaat ?)…15055856_955670007899816_4327456651260639777_n

 

J’avoue. J’adoooore Netflix. Mais faut pas nous prendre pour des freaks non plus. Et je tiens à préciser que je n’ai pas eu à boire pour engager des conversations.

 

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Tout ceci étant dit, aujourd’hui, j’écris. C’est mon métier. Et c’est ce que j’ai toujours rêvé faire de ma vie. J’y suis arrivée sans les mille une qualités supposément considérées comme des pré-requis obligatoires de réussite. Et sans les comptes Twitter ou Facebook qui se vouent exclusivement au soutien des introvertis qui ne peuvent pas survivre dans ce monde ô combien cruel. Vous irez y jeter un œil. Ça vaut la peine !

Finalement, la bête noire qui était censée gâcher ma vie et m’empêcher d’en faire ce que je voulais ne m’aura pas eue. La différence est une chance. C’est tout !

 

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Exploitation sexuelle et gangs de rue

Par Dïana Bélice.

Gangs de rue.

Prostitution juvénile.

Réseau.

Traite humaine.

Voici des termes dont on a souvent entendu parler ces derniers temps dans les médias. Entre autres, ce qui s’est passé dans le centre jeunesse lavallois n’aide en rien la situation. On a donc eu le privilège d’écouter les uns s’indigner sur l’état des choses et les autres, presser les différentes instances de se saisir de mesures plus draconiennes pour soutenir ces jeunes. Ça, c’est dit de manière proprette. Je vous épargne les choses plus colorées que j’ai entendues…

On devrait prendre le temps de rebrousser chemin vers la base. Pour monsieur et madame tout le monde, mais pour nos jeunes, aussi. Puis lorsque je dis qu’il faut revenir aux sources, je parle d’information et de prévention. Oui. Plate de même.

En théorie, c’est simple. Mais en pratique — aille ! — là, c’est autre chose.

14695316_934255670041250_7264328244711557754_nTrop souvent, les médias veulent d’abord et avant tout nous présenter quelque chose de gros. Le genre de nouvelle qui va nous faire dire « ben voyons dont ! » C’est légitime, mais avec le sensationnalisme qui est d’ordinaire prêté au traitement de l’information, on oublie souvent de rester critique, de se demander pourquoi, d’essayer de comprendre. Et c’est là qu’on met tout dans le même panier.

Pour monsieur et madame tout le monde, l’idéal, ce serait qu’on leur présente un portrait réaliste de la situation. Si on n’a pas toujours l’occasion de le faire dans des minutes en ondes régler au quart de tour, au moins, on peut les inviter à aller chercher l’information auprès de sources pertinentes et les nommer de manière claire. Parce que le pimp, ce n’est pas seulement « le noir au coin de ma rue qui porte un bandana rouge » Sans vouloir commencer un autre débat, il faut cesser de nous marteler avec l’idée selon laquelle le proxénète est irrémédiablement et exclusivement un homme au teint foncé. Je suis fatiguée d’entre parler du bad black man car les souteneurs que j’ai rencontrés dans le cadre de mon travail, moi, il y en avait de toutes les couleurs.

C’est un peu la même chose pour ces jeunes filles qui ont fugué, au courant de l’été. Les Caucasiennes ont été décrites comme des jeunes femmes fragiles. Victime. De leur côté, celles à la peau foncée ont été dépeintes comme s’étant retrouvé dans cette mauvaise posture en raison de leurs fréquentations douteuses. Oh ! stigmatisation, quand tu nous tiens et nous donne l’envie de crier sur tous les toits… Si on veut mon avis, les caractéristiques prêtées aux deux « types » sied aussi bien à l’une que l’autre…

Nos jeunes. Ceux avec des étoiles dans les yeux et qui ont mille et un rêves, des choses importantes et drôles, aussi, à nous raconter, si on prend un petit deux minutes pour les écouter. C’est de cette manière qu’on se rend compte que quelque chose, quelque part, cloche. Je ne dis pas chez eux. Plutôt avec le monde qui les entoure. Celui qui s’entête à leur refuser des cours à la sexualité ou à les maquiller, mais genre, vraiment mal. Tellement mal, que ce n’est plus tout à fait ça.

C’est fou, car lorsqu’on parle d’éducation à la sexualité, bien souvent, on pense qu’on veut leur mettre dans la tête que les filles se DOIVENT d’aller se chercher la pilule contraceptive à 14 ans et qu’on va distribuer des quantités phénoménales de préservatifs à nos garçons. C’est n’est pas juste ça. C’est aussi discuter de ce qu’est une relation amoureuse saine. Leur parler des changements qui s’opèrent dans leur corps et les rassurer : oui, c’est normal ! C’est les informer sur les questions d’orientation sexuelle. C’est leur apprendre qu’ils n’ont pas à tout accepter en matière de sexe, qu’ils peuvent dire non. C’est discuter de la culture du viol. La liste est encore longue.

On a peut-être l’air de s’éloigner du sujet des gangs de rue et de l’exploitation, mais non, en fait. C’est une roue qui tourne et que si on se donnait les moyens de mettre en branle, on aurait peut-être moins de jeunes éplorés par des situations difficiles.

C’est moi ou… ce serait l’fun ?