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Petits bonheurs au quotidien

Par Marie-Noëlle Gysel.

Il parait que les épreuves de la vie nous permettent d’apprécier les petites choses du quotidien. Que ces épreuves changent notre perception, notre vision du monde, et même parfois nos valeurs et nos choix. Ça n’arrive pas au début, alors qu’on est envahis par la peur, la colère et le désespoir, mais un peu plus tard, lorsqu’on traverse tranquillement la période difficile. Quand les nuages noirs cèdent la place à de petits rayons de soleil, à ce moment, on arrive à apprécier les petites choses de la vie.

Probablement que l’on prend conscience, réellement, de la valeur de la vie. En général, les gens ont une conscience lointaine de la valeur de la vie. Bien sûr, chacun peut apprécier le goût d’un bon verre de vin ou la vue d’un beau coucher de soleil. On a par contre tendance à prendre ces petites douceurs et moments agréables pour acquis, comme des éléments renouvelables, qui vont forcément revenir. Ce qui peut nous amener à les vivre en superficie, à la légère, sans y prendre part complètement. En ajoutant à cela le train-train quotidien éreintant que vivent bien des gens, la capacité à apprécier les petites choses de la vie peut se trouver beaucoup plus limitée.

Lorsqu’on traverse une épreuve difficile, peu importe la situation, on prend alors conscience de la valeur de la vie, réellement. On apprécie mieux les petites choses, parce que chacune d’elle, aussi petite soit-elle, on a failli ne plus jamais pouvoir en profiter. Et par une décision aléatoire, par une chance qui nous dépasse, il a été décidé qu’on n’était pas dû, et qu’on pourrait à nouveau en profiter. Chaque café, chaque livre, chaque pièce musicale, chaque moment de détente, chaque tour de voiture, sont autant de moments qu’on a failli ne plus jamais pouvoir vivre. Voilà de quoi leur redonner une certaine valeur.

Sans tomber dans les extrêmes en s’émerveillant de tout ou en se demandant constamment si on profite assez de la vie, on gagnerait tous à apprécier davantage les petits éléments de notre quotidien. Arrêtons d’attendre le vendredi soir ou l’heure de quitter le bureau pour se sentir bien. Profitons d’un échange positif avec un collègue, d’une blague lue sur internet ou d’une chanson qu’on aime à la radio. Parce qu’aussi futiles qu’ils peuvent le sembler, aucun de ces moments n’est complètement acquis. Aucun d’eux n’est assurément renouvelable. Arrêtons d’attendre les grands évènements, et remarquons le positif de notre quotidien. En plus de profiter davantage de la vie, il nous paraîtra certainement plus léger ainsi.

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Parce que le bonheur des uns peut faire le bonheur des autres aussi

Par Annie Murphy.

S’il y a quelque chose que je n’arrive pas à comprendre, c’est comment des gens peuvent en vouloir au bonheur de certains.

Véritable preuve d’immaturité et d’un manque d’intelligence émotionnelle selon moi, je me sens frustrée quand je vois des gens souhaiter ou même pire, tenter de provoquer le malheur des gens heureux dont ils ne supportent pas le bonheur.

On dit, dans la vie, qu’on reconnaît nos vrais amis à ceux qui seront toujours là dans nos moments difficiles, j’ose ajouter qu’on reconnaît nos véritables amis en ceux qui vont partager notre bonheur, même si ce bonheur ne les implique pas personnellement.

L’envie et la jalousie sont des sentiments contre-productifs autant en amour qu’en amitié. À l’ère des réseaux sociaux où on se compare, où on prend pour acquis que tout ce qui est publié est digne d’un conte de fée, il est facile de croire que tout le monde est plus heureux que nous et de se sentir misérable. Quoiqu’il en soit, il est en de notre propre responsabilité d’améliorer notre sort si notre bonheur est mis à l’épreuve. Ceci est une attitude beaucoup plus productive et sexy que de s’en prendre au bonheur des autres.

La vérité est que nous avons tous de moins bons moments et des périodes de grandes joies. Tous.

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Quand ça arrive, ce serait bien de savoir qu’on peut compter sur notre entourage autant lors des uns que des autres. Parfois, nous sentons plutôt que nos décisions sont critiquées, peu importe lesquelles nous prenons; celles qui mènent à notre malheur tout comme celles qui contribuent à notre bonheur.

Je dirais même que si nous avons le malheur d’avouer ouvertement à des gens que nous travaillons intensivement sur notre développement personnel, sur l’amélioration de nos conditions de vie, il n’est pas rare de voir un rictus s’échapper : « Haha, ok ouin, tu vas lire des livres de psycho-pop genre Le bonheur, mode d’emploi, haha ».

Ouin pis? En quoi que travailler sur nous nous rend ridicule? Devenir une meilleure personne signifie aussi devenir meilleure auprès de notre entourage : plus compatissant, plus empathique, plus ouvert… Il me semble que la chose à faire ici est plutôt d’encourager cette personne dans sa démarche.

Et si nous ressentons une once d’envie, de jalousie ou que nous nous sentons attaqué par son bonheur, pourquoi ne pas plutôt s’inspirer de sa démarche pour l’intégrer à sa vie? Tout à coup que ça nous rendrait heureux aussi.

J’ose croire que tout le monde s’en porterait mieux.

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Le bonheur toxique

Par Annie Murphy.

Nous sommes dans une ère où il n’y aura jamais eu autant de pseudos-gourous, de motivateurs/conférenciers, d’auteurs de psycho-pop et autres coachs de vie.

Attention, je n’ai absolument rien contre eux, bien au contraire, mais où j’aimerais mettre un bémol, c’est sur l’abondance de la présence du message de l’importance du bonheur et des moyens pour y accéder.

Peu importe notre âge, notre sexe, notre niveau social et même notre culture, nous nous sommes tous questionnés un jour ou l’autre sur le concept du bonheur. Parce que oui, nous avons tous eu des moments difficiles comme nous en avons eu d’autres très magnifiques.

Partout, que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les médias ou même placardé en pleine rue, il y a une abondance monstre de messages qui se veulent positifs, mais qui créent bien souvent l’effet contraire.

Je m’explique.

Depuis très longtemps, depuis toute jeune en fait, je m’intéresse au concept du bonheur. Je lis des livres de développement personnel, je m’inscris dans des retraites de méditations et de yoga et je tente par tous les moyens qui me sont possibles d’optimiser mon bonheur aussi souvent que je le peux et que je m’en sens capable.

Je suis un peu fatiguée des phrases toutes faites qui stipulent que le bonheur se travaille en faisant ci ou en faisant ça, que l’on DOIT faire de la place dans nos vies pour telles ou telles pratiques afin de le voir s’installer et surtout, rester. J’ai souvent l’impression qu’on nous dit d’imposer à nos vies un régime militaire malgré notre manque de temps et de ressources pour mériter d’avoir accès au bonheur. Je sens parfois que certains messages véhiculent une morale culpabilisante pour le commun des mortels qui ne les applique pas. Comme si le bonheur était devenu une dictature et que nous devrions respecter à la lettre les quelques 5-6 heures par jour d’application de moyens nécessaires pour oser le mériter.

Ainsi, l’abondance des messages redondants (Faites de l’exercice, marchez, lisez, buvez du thé, méditez, relaxez, respirez et cie) a de quoi culpabiliser la mère de famille monoparentale qui doit travailler 80 heures par semaine pour subvenir au besoin de sa famille. « Tu n’es pas heureuse madame? Ben là, t’as juste à prendre le temps d’intégrer ces activités-là à ta vie, voyons donc! ». Et ceux qui n’ont pas les moyens financiers de se permettre d’assister aux conférences des grands manitous du bonheur (à souvent plusieurs centaines de dollars le billet), ou à des retraites de détente dans les fonds des bois qui coûtent l’équivalent d’un mois d’épicerie familiale. On fait quoi avec ces gens? On leur dit « tant pis pour vous, vous serez jamais heureux »?

Les moyens approuvés d’atteindre le bonheur sont tellement vulgarisés et accessibles à notre ère des technologies  qu’il n’est plus permis de s’estimer malheureux ou d’oser dire que ces moyens-là ne fonctionnent pas pour nous.

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Les formules magiques des « to do list » pour être heureux sont bien jolies et ont du sens. Mais qu’advient-il de celles qu’on ne peut appliquer à nos vies pour toutes sortes de raisons?

« Apprendre à voir le positif partout » oui d’accord, je veux bien, mais on apprend à faire ça comment si nous n’en n’avons jamais été capable? La vie ne vient pas avec un mode d’emploi et il serait sympathique d’éviter de faire en sorte que ceux qui ont le coffre d’outils moins bien rempli se sentent honteux devant leur incapacité à prendre leur bonheur en main.

Le travail personnel est exactement ça : un travail personnel. Ça prend souvent des années de travail sur soi avant d’évoluer dans la direction que l’on désire. Il faut être patient et surtout tolérant envers soi-même dans un monde où les best-sellers s’intitulent  Changez de vie en sept jours ou Développer sa confiance en soi en un clin d’œil. Non. Rien de tout ça n’est réaliste. Nous avons tous notre bagage de blessures et notre éducation qui font en sorte que nous avons été façonnés d’une telle manière et qui nécessitera du temps avant que nous devenions l’architecte de nos nouvelles fondations. Laissons-nous le temps d’apprivoiser d’abord la personne que nous sommes, de s’aimer dans ce qu’on a de moins beau et ce, au moins assez pour finalement croire qu’on vaut plus que notre misère du moment.

Les moyens qui nous permettront d’accéder au bonheur sont aussi variés qu’il y a d’humains et de personnalités sur la terre. Nul besoin alors d’imposer la dictature du yoga/dodo/méditation/thé chaud à qui que ce soit.

Ton bonheur et les moyens d’y arriver seront les tiens.

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ÊTRE heureux

Par Stéphanie Deslauriers.

Récemment, j’ai visionné le documentaire « Happy », qui trainait dans ma liste de vidéos à voir dans mon compte Netflix. Parce que vous savez, la vie…happy1-337x450

Ce n’est pas que je n’avais pas le temps de le visionner; c’est plutôt que je n’avais pas pris le temps de le faire.

Parce que c’est bien ceci qui arrive : on priorise certaines activités au détriment d’autres. Ceci étant dit, c’est correct et normal.

Alors voilà. Il y a quelques jours, j’ai priorisé le visionnement dudit documentaire. Alors que je générique d’ouverture jouait devant mes yeux, je me suis dit : « C’est assez fascinant, la vie. On ne sait jamais ce qui va nous changer, nous imprégner, nous marquer. Peut-être que là, je m’apprête à voir quelque chose qui va changer ma vie. Ou pas. » Et là, j’ai eu peur de mettre trop de pression sur cette vidéo d’une heure et quelque, en lui donnant le possible mandat de changer ma vie.  J’ai eu peur d’être déçue. Alors, je me suis calmée les attentes. « Fais juste le regarder et tu verras ».

Eh bien, je ne sais pas si ça a changé ma vie, mais ça m’a fait du bien en m’ouvrant les yeux sur des pistes que j’explore déjà ou que je devrais optimiser.

En gros, ce que ce documentaire dit, c’est qu’on n’a pas besoin d’une tonne d’argent pour être heureux alors qu’en Occident, c’est souvent ce qui ressort quand on demande aux autres ce qui les rendrait heureux. « De l’argent. Plus d’argent ». « Être connu. Avoir du succès ».

On veut AVOIR des choses. On ne veut pas ÊTRE quelque chose (soi, idéalement). On ne veut pas ÊTRE en relation. On veut AVOIR plus de relations (points boni si ces relations sont connues et reconnues du grand public et si elles peuvent nous apporter quelque chose aux yeux des autres (le prestige, par exemple)). On veut FAIRE de grandes choses. On veut AVOIR l’approbation des autres (peut-être parce qu’on n’arrive pas à se la donner à soi-même?).

Bref, on est complètement à côté de la plaque. Et ceux qui sont en plein dans le mille, via leur bénévolat (pour le réel plaisir de donner, pas juste pour flasher leur générosité sur Facebook), leur méditation, leur reconnaissance et leur cœur grand ouvert, on les trouve weird. Comme on trouvait weird Galilée et « sa » Terre ronde.

Parce que, ce qui ressort des études de neuropsychologues, neuropsychiatres, neurologues et tous les autres « neuro-machins », c’est que réellement, dans notre cerveau, on fabrique davantage de dopamine quand on donne, quand on se connecte (à soi et aux autres), quand on partage. Et la dopamine, c’est ce qui fait qu’on se sent heureux.

Autre chose, qui contribue au bonheur universel? La connexion, le sentiment d’appartenance (merci, Abraham Maslow), le réseau et le soutien social, l’inclusion et la participation au sein d’une communauté, la reconnaissance.

Parce que oui, on est des êtres sociaux. Et c’est ce qui contribue le plus à notre bonheur. Je nous souhaite de nous connecter réellement aux autres, authentiquement, comme le dit si bien Carl Rogers, ce psychologue américain humaniste : « une relation authentique n’est possible que lorsque deux authenticités se rencontrent ».