Le pari de l’authenticité

Par Kharoll-Ann Souffrant.

Parler de ses vulnérabilités, de son passé trouble et de ses doutes, c’est difficile. C’est difficile quand on a pas l’habitude de le faire. C’est difficile quand cela ne faisait pas partie de l’éducation que l’on a reçue. C’est difficile dans la société nous pousse dans le sens contraire. C’est difficile quand on est confronté à un entourage qui nous porte en haute estime, qui croit que nous n’avons jamais de doutes ni de périodes plus creuses, qui pensent que tout nous réussit. C’est difficile quand on veut paraître en contrôle de soi-même et de toute situation, qu’on ne veut pas être réduite à une étiquette. C’est dur quand on a soi-même du mal à accepter sa propre vulnérabilité.

Mais la vie devient tellement plus riche quand on fait le pari de l’authenticité. Quand on fait le choix, jour après jour, de parler de nos jours heureux comme de nos jours plus sombres. Quand on fait le choix de se laisser entrevoir avec ses forces et ses faiblesses et bien les autres finissent par nous voir pour ce que l’on est vraiment : un être humain à part entière.

C’est un exercice difficile, car il peut être si aisé de retourner dans ses anciennes habitudes. De se mettre trois-cents couches de protection comme on l’a fait toute notre vie. C’est facile de taire les jours ou l’on se sent seule, ou l’on se sent poche d’être célibataire ou l’on se sent anxieux face à la reconnaissance que les autres nous donnent de plus en plus.

barriere-borderiesOr, le fait d’ériger des barrières entre nous et les autres nous empêchent justement d’être plus proches des autres. Ces barrières empêchent de s’aimer, d’aimer et de se laisser aimer. Et s’il y a une chose qui est la plus précieuse dans la vie, c’est la profondeur des relations que l’on entretient non seulement avec soi-même, mais également avec ceux que l’on côtoie. Quand on fait le choix de sortir de sa zone de confort pour mener une vie à son image, la vie nous le souvent fois mille. Comme ci elle voulait nous récompenser pour le courage dont on fait preuve jour après jour. Je crois, humblement, que l’on récolte ce que l’on sème, comme me le disait quelqu’un récemment.

J’ai toujours autant peur de l’échec. De me tromper. De ne pas dire la bonne affaire au bon moment, à la bonne personne, au bon endroit. De ne pas être assez compétente. De ne pas être assez cultivée. Mais malgré ces peurs, je fonce tête baissée. Je saisis toutes les opportunités qui se présentent devant moi. Parce que quand on a eu le sentiment de frôler la mort en raison d’un chagrin trop immense, on se dit qu’on ne veut plus laisser qui que ce soit nous dicter la façon dont on veut mener sa vie. On se bâtit de nouvelles fondations sur les vestiges de celles qui se sont écroulées et on veut vivre sa vie pour soi. On veut emmener dans notre vague d’authenticité ceux que l’on aime, ceux qui nous font confiance, les amis de la première heure et ceux qui se sont ajoutés en cours de route. On veut le faire pour soi, pour eux, pour nous. On veut être heureux et assumer nos désirs, nos choix et nos décisions. Je crois sincèrement que la vie est tellement moins morne, maussade, routinière et plate quand on fait ce pari.

 

La visite : petit guide de l’imparfaite ménagère

J’hais ça, flasher. « Pour impressionner quelqu’un » n’a jamais été un motivateur assez fort pour me faire faire quelque chose.

Je suis pas jet set; j’hais ça, aller dans des endroits où il y a trop de bruit, où je n’entends pas mon interlocuteur et où il m’en coûte pour garder le sourire alors que je suis surstimulée.

Je me suis départi de toutes mes chaussures à talon haut : pas confortables.

Avant de recevoir de la visite, je suis pas le genre à faire un grand ménage, non plus. Mon chez-moi est propre au quotidien alors à quoi bon?

D’autant plus que les gens que j’invite à la maison, je ne cherche pas à les impressionner avec mes skills de ménagère : ce sont les membres de ma famille, mes amis de toujours. Ils me connaissent justement depuis toujours.

10460552_10153123213780622_7583558189185833009_nIls savent que j’ai tendance à oublier de mettre mes verres au lave-vaisselle et ainsi, à en accumuler une certaine quantité de pièce en pièce. Que je n’aime pas faire mon lit (anyways, parait que c’est pas bon pour les acariens) et que j’ai des calepins/crayons/listes un peu partout.

Plus que mon ménage, ces gens qui viennent chez moi connaissent mes plus grands défauts, mes peurs viscérales, mes plus sombres bibittes. Et le pire – le mieux, en fait – c’est qu’ils m’aiment comme ça. Fou, hen?

Et je serais vraiment, mais vraiment étonnée qu’une de ces personnes m’en veuille parce que je n’ai pas passé la balayeuse dans l’heure précédant son arrivée (de toutes manières, c’est ben mieux la passer après que la visite soit partie, surtout si on a grignoté dans le salon, genre), qu’elle écrive un statut Facebook, photo à l’appui, sur mon lit défait ou qu’elle me flushe de sa vie parce qu’elle avait une miette de petite bouchée pris sous sa chaussette gauche.

Mes amis m’ont quand même vue à l’hôpital, en convalescence, en deuil, en larmes et en morve, en criss, en linge mou avec pas d’brassière, les cheveux gras et/ou le regard vide.

Je pense qu’avec tout ça, s’ils ont décidé de rester, c’est pas un peu de désordre qui va les faire fuir.

Faites comme moi : relaxez, passez pas la balayeuse et accueillez vos invités.

Bon temps des Fêtes, gang!