Articles, parentalité

Mes filles, mon miroir?

Par Ariane Mimeault.

Constater qu’on a transmis nos travers, nos bibittes à nos enfants est déstabilisant. On se dit « Merde, mais qu’est-ce que j’ai fait? » et on aimerait bien trouver la machine à remonter le temps pour corriger la situation. Mais non, on n’a pas de deuxième chance quand on élève un enfant. Pire, on n’a pas de manuel d’instructions ni de cours préparatoires. On apprend sur le tas, avec le lot d’essais-erreurs que ça comporte. Et parfois, on se trompe sans le réaliser sur le coup, parce qu’on n’est pas parfait, qu’on fait de son mieux et qu’on n’a pas de boule de cristal pour prédire comment telle intervention affectera la psyché de notre enfant.

Mes filles ont 11 ans et 15 ans et je me rends compte de plus en plus souvent à quel point elles ont intégré, malgré moi, certaines de mes réactions pas toujours glorieuses face à divers obligations ou évènements. Par exemple, je n’aime pas magasiner, mais vraiment pas. Je l’ai maintes fois formulé en leur présence, en arpentant les allées du centre commercial à la recherche d’une xième paire de mitaines ou DU t-shirt blanc exigé en éduc. Je n’aurais pas dû.

J’aurais dû refouler mon agacement, ne pas l’exprimer devant elles, faire mon devoir de parent responsable sans chigner. Car de ces séances de magasinage-bougonnage, elles ont gardé une aversion pour les centres d’achats. Sauf que lorsque tes souliers ne te font plus, il faut bien aller en acheter des plus grands! Une sortie qui se transforme littéralement en corvée pour mes filles, assortie de l’humeur qui vient avec.

Si je pouvais recommencer ce petit bout de leur éducation, je le ferais. Même chose pour l’organisation de fêtes d’enfants qui ne m’enchante pas, la cuisine que je n’aime pas trop faire, la chaleur que je supporte mal, etc. Avoir su que mes filles enregistreraient ça sur leur disque dur au point de reproduire mes comportements, j’aurais fait plus attention. Elles n’ont pas à vivre les mêmes frustrations, inconforts, malaises que leur mère.

Crédit : http://www.mercipourlechocolat.fr/wp-content/uploads/2007/06/merefille801.jpg

Petite consolation, elles n’ont pas pris que mes mauvais plis! Quand j’entends ma grande s’emporter face à une injustice ou ma plus jeune s’inquiéter du bien-être de tout un chacun, je me dis que j’ai quand même fait une pas pire job. Mais de constater à quel point j’influence mes enfants, sans en être toujours consciente, me fera davantage tourner la langue sept fois avant d’ouvrir la bouche quand elles sont là.

Les enfants apprennent beaucoup par imitation à ce qu’il paraît. Plus tôt on le réalise, plus on leur permettra de grandir libres de nos défaillances.

Articles

Parce qu’il y a plusieurs façons d’apprendre…

Par Josée Anne Ouellet.

Du haut de mes 11 ans, je m’intéressais déjà à l’apprentissage. J’apprenais quelque chose, je l’enseignais tout de suite, comme une manière d’intégrer mes propres apprentissages, surtout ceux de la gymnastique artistique, que j’ai pratiquée quelques années. Le mouvement s’est glissé en moi de façon presque naturelle : je faisais des arabesques partout où je mettais les pieds ! Les enfants du voisinage s’amenaient ? Je leur montrais à faire la roue et l’équilibre. Quel plaisir j’ai eu avec eux ! Déjà, je voyais le rythme différent de chacun, l’intégration des mouvements plus facile pour certains et plutôt difficile pour d’autres. Or, la motivation était toujours au rendez-vous, autant pour eux que pour moi. Mes encouragements et ma patience les amenaient à gagner confiance en eux et à vouloir s’améliorer et réussir. C’est maintenant que je me rends compte de cette force.

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Aujourd’hui, lorsque je rencontre un jeune dans mon bureau pour une séance d’orthopédagogie, je m’intéresse d’abord à sa façon d’apprendre, à sa manière de comprendre et à sa vision de l’apprentissage en question. Il n’y pas un élève semblable, j’vous jure ! Toutefois, presque tous reconnaissent qu’ils ne suivent pas le même rythme que les autres, qu’ils ne comprennent pas aussi rapidement que leurs camarades de classe, qu’ils font les travaux demandés plus lentement, etc.

Imaginez dans quel était se trouver leur estime d’eux-mêmes. Pas très loin du 0, sur une échelle de 0 à 10, dans la plupart des cas, évidemment. Comment ces enfants et ces adolescents en sont arrivés là, me demanderez-vous ? Ma réponse est claire : ils ont tous une façon d’apprendre différente que celle préconisée dans le système scolaire actuelle et leurs besoins particuliers en souffrent puisque ce même système ne peut y répondre – pour x nombre de raisons sûrement valables, mais bien que j’en doute parfois. Là où ils seraient champions et premiers de classe, l’École ne considère pas ces talents ou ces forces lors des évaluations formelles à partir desquelles les élèves sont jugés compétents et aptes à passer au niveau scolaire suivant.

Quelles sont-elles, ces forces justement ? Dans quels domaines performent-ils, s’il est toujours question de performance, bien entendu.

Début de parenthèse ici. C’est justement de performance dont ces enfants sont allergiques. En effet, le système comparatif adopté lors de la remise du bulletin scolaire, à chaque étape, permet à chaque élève de voir s’il se situe dans la moyenne, au-dessus ou en-dessous. Pourquoi devrait-on les comparer ? Ne serait-il pas plus sain de comparer ses propres progrès ? Fin de la parenthèse. J’y reviendrai très certainement dans un autre billet.

J’ai donc remarqué, au fil de mes interventions avec eux, trois principales qualités se dégageant de ces jeunes en difficulté et en trouble d’apprentissage : l’empathie, la créativité et le leadership. Voilà où ces élèves brillent. Le système scolaire actuel ne favorise pas encore assez, à mon avis, le développement de ces forces. Les jeunes ayant des défis particuliers ne se reconnaissent pas dans ce monde plutôt rationnel et favorisant davantage les intelligences verbale/linguistique et logique/mathématique (voir les types d’intelligences, répertoriés par Howard Garner, professeur de psychologie à l’université de Harvard). Se pourrait-il que ces élèves vivent plus de défis qu’ils en ont réellement juste parce que le système scolaire est ainsi fait ? Je me le demande parfois…

Et si on les aidait à se connaître et à se reconnaître ?

Parce que la connaissance de soi amène l’estime de soi…

Et si on leur fournissait un environnement créatif ?

Parce la créativité ouvre les portes de l’intelligence…

Et si on les aidait à développer sainement leur attention ?

Parce que l’attention engendre des résultats…

Et si on leur proposait des approches plus ludiques et kinesthésiques pour apprendre ?

Parce que le jeu facilite l’intégration des apprentissages…

Et si on leur donnait cette opportunité de briller, comme la perle au fond de l’huître ?

Parce qu’il y a plusieurs façons d’apprendre…