La vie, parentalité, Stéphanie Deslauriers

Être à la maison

Par Stéphanie Deslauriers.

En troisième année de baccalauréat en psychoéducation, j’ai visionné Patch Adams dans le cadre d’un cours sur la relation d’aide (et certains étudiants sont même allés visiter Patch Adams lui-même sur son ranch !).

Une scène m’a profondément marquée : au tout début du film, Patch est assis dans le train et rentre chez lui. Et il fait référence au « chez soi » comme étant une personne – des personnes – et non pas nécessairement un lieu.

Pitou, en voyage avec la famille. Tant qu'il est avec nous, il est chez lui.
Pitou, en voyage avec la famille. Tant qu’il est avec nous, il est chez lui.

La semaine dernière, pour les 10 ans de Poulet, on est allé en camping dans une hutte de Hobbit. Le matin, on sort se promener, prendre des photos, jouer dans la nature. Après avoir tenté – et réussi – d’escalader un billot de bois en pente « pour faire comme le p’tit suisse », Poulet en a assez. « Bon, on retour à la maison ! »

Il faisait référence à « notre » hutte de Hobbit. Pour lui, « la maison » était là où on logeait momentanément, depuis à peine 12 heures.

Là où son père se trouvait, probablement en train de faire du feu dehors.

Là où on avait joué aux cartes toute la soirée de la veille, à la chandelle.

Là où Poulet avait justement déclaré, avant d’abattre sa dernière carte et ainsi, remportant le super tournoi de « 8 » : « C’est la deuxième plus belle soirée de toute ma vie ! » (La première étant une où il avait joué en réseau à un jeu de geeks avec son père).

Non, être à la maison, ce n’est pas nécessairement un lieu. Ce n’est pas trouver la perfection – en soi, en l’autre, en des événements et contextes de vie.

Être à la maison, c’est trouver cet endroit à l’intérieur de nous où on s’aime assez.

Où on se trouve ben correct de même.

Où on retrouve les gens qui pensent aussi qu’on est ben correct de même.

Et qu’on trouve, nous aussi, ben corrects de même.

 

Articles, La vie

Le bilan 2015 et les espoirs 2016 de… Stéphanie Deslauriers

Par Stéphanie Deslauriers. 

Les 360 quelques derniers jours ont été, pour ma part, intenses.

La mort de deux personnes aimées, deux hospitalisations, un déménagement, une garde partagée d’un Poulet, une insécurité financière due à des changements professionnels, une Daphnée (c’est plus beau et surtout, plus près de la réalité que « une fausse couche »).

Des deuils, des adaptations, des changements, de l’impuissance, de l’incompréhension, de l’injustice, de la douleur…

Mais à travers ça, de la beauté, malgré tout. Grâce à tout.

Une famille qui s’unit, des liens qui se tissent de plus en plus serrés, une force qui se développe, une capacité à lâcher prise qui prend de l’ampleur, une habileté à accepter (accueillir, mettons. C’est plus réaliste.) ce qui se présente, un amour qui se décuple à la vitesse turbo V.

Une charge de cours qui n’était pas « supposée », la rencontre de 120 étudiants brillants, confiants, vulnérables, beaux; la confiance de plus d’une dizaine de familles pour que je me déplace chez eux, dans leur intimité, afin de les aider à s’aider; la confiance (bis) de quelques dizaines d’organismes qui tiennent à ce que je rencontre leurs membres afin de les (in)former sur divers sujets pédagogiques et éducatifs; la collaboration de cinq merveilleuses personnes sur ce blogue; le privilège renouvelé de faire partie de l’équipe de l’émission Format Familial et d’aller faire des coucou à Isabelle Maréchal, Mario Dumont et leurs comparses dans divers médias.

J’ai appris énormément, cette année.

bilan2015

Entre autres, que les événements ne nous définissent pas, quels qu’ils soient. La façon dont on y fait face parle beaucoup plus de qui nous sommes que l’inverse. Que les vagues qui déferlent ne nous détruisent pas. Elles nous polissent, plutôt.

Que nos liens aux autres se soudent, dans l’épreuve. Que certains se défont et c’est correct ainsi. Qu’on a viscéralement besoin de connexion à autrui, pour vivre (et non pas « que » survivre). Qu’on ne fera jamais, JAMAIS l’unanimité. Aussi bien faire ce qui NOUS rend heureux, ce qui est en cohérence avec nous-mêmes.

Que l’approbation d’autrui ne vaut pas grand-chose quand on n’arrive pas à s’en donner à soi-même. Que le succès et la popularité ne sont pas une fin en soi. Ils ne rendent pas heureux.

Que les blessures qui n’ont pas été pansées (ou l’ont mal été) restent. Qu’on ne peut pas décider tout bonnement de se couper des émotions de son choix; lorsqu’on tire la plug sur nos émotions, on le fait sur l’ensemble de celles-ci sans égard si elles sont le fun ou pas le fun.

Que, que, que. Que parfois, il faut savoir s’arrêter en s’en garder pour soi, dans l’intimité. Mon journal intime, mes amies intimes et ma famille ont bien droit à leurs petits secrets.

Pour 2016, je souhaite continuer à apprendre. Et préserver le lien qu’on a tissé ensemble. MERCI de me suivre depuis 2010. xxxx

Articles, Opinions

On ne tue pas par amour

Par Caroline Charpentier.

«Il est inconcevable qu’un père aimant et attentionné comme Guy Turcotte ait pu tuer ses enfants – sauf s’il souffrait d’une maladie mentale, a fait valoir le procureur principal de l’accusé, jeudi, au troisième jour de sa plaidoirie.» Cette phrase copier-coller d’un média.

C’est quoi ça?! Je connais très bien le domaine de la santé mentale pour y travailler depuis longtemps comme psychoéducatrice. Le trouble d’adaptation ne figure pas dans les troubles de santé mentale qui pourraient amener quelqu’un à tuer. En d’autres termes, c’est comme si on disait que monsieur prenait des analgésiques pour un rhume et donc, qu’il n’était pas conscient de ses actes lors de l’événement. SVP.  L’exemple semble peut être exagéré pour certains mais, pour bien connaître ce qu’est un trouble d’adaptation, ma comparaison n’est pas si loufoque. Même, pour appuyer mes dires (car certains pourraient remettre en question mes propos), Dre Marie-Ève Cotton écrivait dans la Presse+: «Si l’un de mes étudiants affirmait qu’un diagnostic de trouble d’adaptation peut altérer le jugement de quelqu’un au point de le rendre non responsable de ses actes, je le recalerais sur-le-champ. Mais trouble mental ou non, rien dans ce diagnostic ne peut conduire à une altération du jugement au point de ne plus distinguer le bien du mal». Bon, au moment où j’écris ces lignes ont apprend qu’il est reconnu coupable pour meurtre non prémédité; bon, c’est mieux que non coupable mais…

On utilise le mot amour pour une explication bien loufoque à mon goût. Je ne comprends pas qu’on utilise encore ce mot pour un million de raisons? Justement si on aime quelqu’un, on ne devrait pas le blesser de cette façon. Jamais (je dis rarement jamais mais là, j’ai le droit!).

Amour

 

Par amour, je vais faire un câlin.

Par amour, je vais rire à en pleurer.

Par amour, je vais mettre mes limites.

Par amour, je vais me reposer.

Par amour, je vais être authentique et sincère.

Par amour, je vais m’amuser.

Par amour, je vais faire une activité.

Par amour, je vais aller en voyage.

Par amour, je vais apprendre une nouvelle langue.

Par amour, je vais mettre mes limites.

Par amour, je vais dire non.

Par amour, je vais protéger.

Par amour, je vais rassurer et encourager.

Par amour, je vais être en colère, je vais me fâcher, je vais pleurer, je vais monter le ton de ma voix, je vais être plus directive, je vais être distante… Oui par amour, ça peut arriver qu’on agisse ainsi puisqu’on est déçu, triste, désemparé, ébranlé.

Mais si par amour, je deviens méchante dans mes propos, je blesse verbalement ou physiquement, il y a peut-être lieu que je me questionne sur ma relation. Elle s’enligne peut être plus pour être toxique que d’être de l’amour.

Non, on ne tue pas quelqu’un parce qu’on l’aime trop. Non, désolée mais ce n’est pas acceptable comme raison.

Aimer quelqu’un peut faire très mal, je suis d’accord, mais pas se finir par une conclusion aussi tragique que toi, Guy Turcotte.

Articles, La vie

L’amour qui libère

Par Annie Murphy.

Le thème de l’amour a beaucoup été abordé durant la dernière semaine. Je ne parle pas de l’amour entre deux personnes nécessairement, mais l’amour à grande échelle. Dans un monde où l’amour régnerait en maître, nous éviterions plusieurs drames et catastrophes.

Étant une trentenaire célibataire, j’ai longtemps été tiraillée et confuse quant à la définition ultime de l’amour et j’ai finalement compris une chose : l’amour a plusieurs définitions. À travers les âges, les époques et les différentes cultures, le concept de l’amour a autant de définitions différentes les unes que les autres qu’il y a de personnes. Dans ce cas-ci, vous comprendrez que je parle de l’amour entre deux personnes (me suivez-vous toujours?). Toutefois, l’amour à grande échelle ne revêt, selon moi, que d’une seule et unique définition : l’amour, c’est être ouvert à l’autre et à l’accepter tel qu’il est. Aussi simple que ça. Évidemment, c’est plus facile à dire qu’à ressentir dans nos vies parfois tumultueuses.

Entretenir la haine, c’est se ronger de l’intérieur. Je me souviendrai toujours d’une phrase de ma belle amie Saryka : « Quand tu ne pardonnes pas, ce n’est pas à l’autre que tu enlèves quoique ce soit, c’est à toi-même ». Nous sommes habitués à ressentir des émotions négatives lorsque nous sentons que les autres négligent ou n’accordent pas d’importance à nos désirs et besoins. Nous nous sentons alors utilisés, rejetés ou même ridiculisés. Nous attendons beaucoup des autres alors qu’il vient le temps d’alimenter notre bonheur et notre bien-être.

Un jour, j’écoutais la grande regrettée Maya Angelou à la télé et depuis, j’ai cette phrase qu’elle a dite qui me traverse la tête continuellement : « Love liberates. It doesn’t just hold, that’s ego. Love liberates. » (l’amour libère. Ça ne retient pas, ça c’est l’ego. L’amour libère).

annie citation

J’ai tellement trouvé ça beau que j’ai décidé de méditer là-dessus. Par le hasard des choses, je suis tombée sur le livre L’art de la méditation du moine bouddhiste Matthieu Ricard dans lequel il abonde dans le même sens. Le véritable amour, est celui que l’on donne sans attente de retour. Si nous attendons une réciprocité pour l’éprouver et le nommer, c’est que nous cherchons d’abord à nourrir notre ego et non pas à aimer. J’ai décidé de tenter d’appliquer cette notion à ma vie. Malgré certaines difficultés à y arriver, les premiers changements que cela a apporté dans mon existence me font un bien immense en plus de me libérer d’un poids gigantesque.

En quoi est-ce que cela m’a amenée à lâcher prise? Parce que lorsqu’on s’arrête, on réalise le stress immense et le temps précieux perdu que nous cause l’attente de réciprocité; on comprend qu’on se ronge de l’intérieur plus qu’on se nourrit. J’ai décidé d’aimer, même si le bonheur de ces personnes aimées passe par mon absence dans leur vie. Je les aime, je veux leur bonheur, donc je les libère et les laisse aller où bon leur semble, même si leur chemin se sépare du mien. Le sentiment exaltant que ça apporte à ma vie de simplement me réjouir d’aimer plutôt que de me réjouir d’aimer quelqu’un qui m’aime en retour est magnifique. Il n’y a rien de plus beau que l’amour réciproque, mais l’amour tout court a sa franche beauté aussi. On parle ici de relations avec des personnes précises, mais il pourrait en être identique pour de parfaits inconnus.

Une des méditations que j’adore et qui aide grandement à développer ce sentiment d’amour à grande échelle est la méditation de la compassion. J’aime particulièrement celle que Nicole Bordeleau offre sur son album de méditations. Il s’agit de visualiser une lumière brillante d’amour qui part de l’intérieur de nous et de l’imaginer se diffuser partout dans le monde; sur l’humanité entière et réciter ces quelques phrases :

« Que la vie vous soit douce. Que vous soyez libres de toutes souffrances physiques, que vous soyez libres de toutes souffrances morales. Que vous soyez en santé, que vous soyez en sécurité. Que vous soyez bien, que vous soyez en paix. »

Des études scientifiques ont prouvé que pratiquer la méditation de la compassion durant deux semaines et ce, à raisons de quelques minutes par jour, apporte des modifications à la plastie du cerveau et développe le siège de la compassion et donc, de l’amour. Nous devenons meilleurs simplement en aimant et notre bonheur s’en trouve décuplé.

Et si on investissait quelques minutes par jour pour aimer…

Pour aimer grand, tout simplement.