Articles, La vie

Le sablier

Par Geneviève Chénard.

L’année se terminera dans quelques jours. Les heures s’égrainent, le sable coule et une année de plus se sera ajoutée à ma vie.

Sands of Time

Depuis aussi longtemps que je puisse me rappeler, je me suis toujours sentie différente, isolée, laide. Heureusement, de moins en moins au fil de l’écoulement des grains de sable, à mesure du temps. Un peu à la manière d’un animal apeuré, blessé, pansant ses plaies et à force de lécher, certaines avaient fini par cicatriser, peut-être même à s’effacer. Mais l’animal trappé demeure traumatisé, craintif, difficile à approcher. C’est ainsi qu’il attaque avant d’être attrapé, qu’il se replie lorsque l’autre est trop près et qu’il en arrive à retourner dans les cachettes qu’il connait parce qu’elles sont sa sécurité. Il  arrive à faire confiance à des personnes d’exception, qui comprennent la peur et l’apprivoisent. Malgré tous leurs bons soins, certains traumatismes exigent d’autres approches, d’autres traitements, un plus long délai.

Je souhaite rendre hommage à ceux qui ont approché ma tanière et ont décidé d’apprivoiser les côtés plus sauvages et terrifiés de mon être. Vous avez entrepris de m’aider à découvrir de nouveaux remèdes et à sortir de mes abris sans avoir peur de regarder devant moi, et non plus en arrière à l’affût des catastrophes qui peuvent nous tomber dessus en l’espace de quelques grains de sable.

Vous m’avez montré que même blessé, que même marqué par les cicatrices de la vie, l’animal peut être beau, utile et vrai. Il peut se montrer tel qu’il est et hurler de son cri primal qu’il est toujours là, en vie et qu’il mérite de l’être. Il est faux de croire que nous ne devrions jamais vivre dans le regard des autres. Lorsqu’il est honnête et bienveillant, ce regard peut nous refléter ce que nous méritons d’être et non pas cette image effrayée de nous-même que nous ruminons dans nos miroirs cassés. Lorsqu’il est honnête, bienveillant et accompagné de cette force qui manque à l’animal blessé, il n’est plus seulement un reflet mais un chemin vers une contrée lumineuse.

C’est dans cet espace ouvert, clair et chaleureux, bien qu’éblouissant, que l’animal peut enfin sentir le bonheur de la chaleur sur sa fourrure et se rendre compte que le soleil illumine sans discrimination. Une fois ses rétines habituées à cet éclairage inhabituel, l’animal peut enfin saisir que lui aussi mérite la vie au grand jour et qu’il peut reprendre la route de manière plus sereine, moins cahoteuse, avec tous les autres animaux.

Ne reste-t-il pas du sable à écouler?

Reconnaissez-vous.

 

Articles, La vie

Soi et les autres

Par Stéphanie Deslauriers.

Apprendre à s’accepter, s’accueillir, s’aimer, gérer nos émotions… tout ceci est un défi énorme, un travail de toute une vie.

Arriver à s’aimer non pas « malgré » mais « avec » nos limites, nos bibittes, notre « caca émotionnel », comme disait un collègue psychoéducateur, ça prend du temps. Et de la volonté. Et une certaine capacité d’introspection. Et de l’empathie envers soi. Et de la compassion.

Alors, qu’en est-il de notre acceptation des autres, avec qui on est en relation?

Autrui vient aussi avec son baluchon d’expériences – positives comme négatives. Et c’est à ce moment que se rencontrent nos blessures. Dans certains cas, le fait de s’exposer tel qu’on est amène à une reconnaissance, une connexion à l’autre. Nos bibittes se retrouvent et se sentent moins seules.

Mais il arrive aussi que nos bibittes se réactivent à la rencontre de celles de l’autre. Et ça, ça peut mener à des amitiés toxiques, intenses et / ou explosives. On peut travailler très fort pour garder cette personne dans notre vie et souvent, on arrive au bout de cette amitié énergivore d’un côté comme de l’autre. Ça m’est arrivé d’entretenir ce genre de relations. Un temps, du moins.

Parce que s’il m’est arrivé de prendre la décision de m’éloigner, il m’est également arrivé de me faire tasser.

Je me suis éloignée, souvent parce que certains amis avaient des attentes de psychoéducation à mon égard – même si c’était implicite. C’est l’fun, avoir un grand cœur, d’aimer ses amis, de vouloir leur bien-être. C’est moins drôle quand il faut être constamment en intervention avec eux, quand ils ne savent pas grand-chose de nos blessures parce qu’ils sont trop pris par les leurs pour être réceptifs et disponibles à autres choses. Et c’est la réalité de bien des collègues en relation d’aide, j’ai l’impression. Un piège qui nous guette! Comme me disait un collègue travailleur social, on se doit d’être bien entourés. Notre travail est extrêmement prenant au plan émotif, aussi bien axer sur des relations personnelles nourrissantes, saines et énergisantes. (Ceci ne veut pas dire de ne pas être là quand un ami vit une passe difficile! Seulement, quand cette « passe difficile » semble plutôt être le mode de fonctionnement de l’ami, c’est plus risqué pour notre santé mentale.) Sans quoi on se retrouve constamment en mode intervention.

Pour ma part, certaines personnes sont parties d’elle-même, toutes pour des raisons semblables, j’ai l’impression : la peur de voir ma vulnérabilité, c’est-à-dire quelqu’un de  de fonceur, d’aidant, de performant, de compétent. Et quand cette vulnérabilité atteint un sommet – ou plutôt, une profondeur – intense en raison d’un trouble d’adaptation, comme il était écrit sur le petit bout de papier me menant à un arrêt de travail de plusieurs mois, il y a de cela près de trois ans, ça donne parfois envie de fuir.

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Il m’arrive souvent de penser à ces quelques personnes (elles sont peu nombreuses, heureusement!) disparues, effrayées – voir dégoûtées – par mon côté sombre. Je m’ennuie parfois d’elles, de certaines discussions, de certains moments qui ont été charnières pour moi. Mais je réalise que je m’aime et que j’aime suffisamment pour me respecter dans mes relations amicales et désirer cet amour en retour, sans compromis. Si une personne n’est pas en mesure de me l’offrir, c’est plate. C’est un deuil à vivre. Une déception à essuyer. Et ainsi va la vie qui va, comme le chante mon père.

Je vous souhaite une poignée d’amis sélectionnés avec soin avec qui vous vous sentez vraiment libres d’être vous-mêmes.

La vie

Humanité

Ce texte a été rédigé par Stéphanie Deslauriers, fondatrice de Ensemble Maintenant. 

Je suis constamment en quête d’Humanité. Oui, oui, avec un grand H.

Ces gens qui sont vrais, sensibles, ouverts. Honnêtes. Vulnérables.

Authentiques.

Je m’en entoure, je les garde tout près parce que t’sais, la vie.

Et je crois, sans prétention, arriver à donner tout ceci en retour.

Il m’arrive de me faire complimenter sur ma personnalité. Eh que j’aime ça! Parce qu’une personnalité, ça se travaille. Ça se peaufine de jour en jour. Et c’est vrai que je travaille fort sur mon moi-même alors, quand on reconnait ceci en moi, ça me fait du bien. Ça me confirme que je fais bien, de poursuivre le but de devenir une meilleure personne, constamment.

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Et je tente le plus souvent possible de démontrer mon appréciation aux autres, même si je suis parfois maladroite.

Puisque je suis entourée de personnes assez extraordinaires merci, je vis toujours un choc lorsque je suis confrontée à autre chose.

À des gens violents. Pas nécessairement dans leurs actions, non. Dans leurs paroles, dans leur attitude. Un regard froid, une moue dédaigneuse, de la fermeture au discours de l’autre, de l’entêtement dans des croyances non-fondées et blessantes vis-à-vis d’un individu ou d’un groupe d’individus, une remarque insensible, une absence d’empathie.

Un choc, je vous dis. Il n’est pas rare que j’aie honte de l’humanité (oui, oui, avec un petit h). Que je ne me reconnaisse pas dans les valeurs de condamnation, de jugement, de nombrilisme, d’extrémisme (ce dont on (on exclut la personne qui parle) reproche à certains peuples, d’ailleurs)). Et que mon hypersensibilité y soit confrontée.

Comme ce mercredi soir où, traversant la rue alors que j’avais la priorité (une flèche verte et un bonhomme blanc allumé, ça ne trompe pas), j’ai failli me faire renverser par une voiture, qui faisait un virage à gauche. Choc #1.

Et que je me suis fait engueulée (longuement), en me faisant faire un doigt d’honneur par cet automobiliste. Choc #2.

Et que j’aie finalement terminé de traverser la rue pour rejoindre un troupeau de piétons. Regardant tous en l’air. Comme si de rien n’était. Choc #3.

C’est tremblotante et bouleversée que j’ai retrouvé une amie  pour lui déverser ma déception du genre humain.

Parce que oui, je suis déçue.  Je ne comprends pas. Je ne comprends pas que ce soit supposé être normal, ce genre de réactions (et l’agressivité et la passivité). Je ne comprends pas qu’on se convainque que ce soit normal. Et qu’on ne réagisse presque plus à ce genre de situations.

De mon côté, je vais continuer de tenter d’être patiente. De m’excuser lorsque je commets un impair en voiture. De demander : « T’es-tu correct??? » à quelqu’un qui semble ébranlé.

Et je vais continuer de m’entourer de gens ainsi, pour mettre un baume sur mon petit cœur hypersensible et continuer de croire que l’Humanité existe encore.

Articles

Je mérite mieux

Ce texte est une gracieuseté de Kharoll-Ann Souffrant.

Comme beaucoup de gens, j’ai passé une partie de ma vie à m’investir en des gens qui n’en valaient pas la peine ou qui me traitaient tout simplement comme une option. Des gens pour qui je n’étais pas indispensable ou qui étaient carrément indifférents à mon égard. Ce ne fut pas le cas de tous, fort heureusement : des personnes significatives qui ont traversé le temps et les tempêtes, il y en a eu plusieurs. Mais des gens pour qui ça n’a pas été le cas, il y en a eu suffisamment pour que ça ait un certain impact chez moi. On a tous connu des déceptions de ce genre. Et j’ai appris plusieurs choses de ça.

Aujourd’hui, je me respecte beaucoup plus et je me dis que si une personne ne fait pas les efforts (et ça ne devrait même pas être un « effort » soit dit en passant) nécessaires pour m’inclure dans son quotidien, eh bien c’est qu’elle n’en a pas envie et que je ne fais pas partie de ses priorités. Et c’est tout à fait correct. Je respecte ça à 100% et ça ne m’atteint plus autant. Lorsque ça se produit, je me dis que j’ai la responsabilité envers moi-même de ne pas rester là. Parce que le comportement de l’autre ne risque pas changer avec le temps. Je sais aujourd’hui que je me dois de ne pas rester là parce que je sais maintenant que je mérite mieux.

J’applique ce principe dans toutes les relations que j’entretiens avec les gens autour de moi.

Et, plus le temps passe, plus j’ai un besoin viscéral de crier qui je suis. De me montrer avec mes forces, mes faiblesses, mes vulnérabilités et mon passé. Je carbure à la vérité et je suis allergique depuis toujours aux mensonges, aux non-dits et à la bullshit. Aujourd’hui, je n’ai plus envie de faire de compromis là-dessus parce que j’ai beaucoup trop sacrifié mon propre bonheur pour faire plaisir aux autres. J’ai souvent donné à certaines personnes qui m’ont redonné très peu en retour, voire rien du tout. Alors aujourd’hui, je me choisis. Je me dis que je suis à prendre tout entière. Je me dis qu’en étant moi-même, je vais naturellement être mise en contact avec les gens qui vibrent aux mêmes choses que moi et éloigner ceux qui n’étaient pas réellement faits pour moi. Et c’est correct que ce « triage » se fasse. C’est même souhaitable. Ça fait partie de la vie que des liens se forgent et que d’autres se détissent. On apprend de chacune des personnes qui sont de passage dans nos vies.

texte-amitie-courtCe n’est pas le chemin le plus facile ou le plus aisé lorsqu’on choisit d’être non conformiste. L’authenticité est un acte de courage dans une société qui est axée sur le paraître et la performance. Mais je fais ce choix, quitte à marcher en solitaire sur ma route. Le vieil adage dit « Vaut mieux être seule que mal accompagnée » et je le pense foncièrement. Aujourd’hui, je priorise mon bonheur, mes envies, mes aspirations et mes espoirs. C’est ce que j’ai de plus précieux. Et personne n’en prendra soin si je ne le fais pas moi-même. Aujourd’hui, je refuse d’entrer en relation avec des gens qui viennent mettre tout cela en péril. Parce que quand on est en relation avec les bonnes personnes, c’est sensé nous rendre plus libres et plus épanoui qu’on ne l’est déjà. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il y a anguille sous roche.