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Le consentement expliqué à nos enfants

Ce texte est un collectif d’une partie des collaborateurs d’Ensemble Maintenant en lien avec les histoires d’agressions sexuelles qui sont abordées dans les médias depuis les dernières semaines. D’ailleurs, Ensemble Maintenant tient à souligner son appui aux victimes d’agression sexuelle ainsi que leur courage de dénoncer, de briser le silence dans une société où ce silence est fortement encouragé, explicitement ou non. #OnVousCroit

Que diriez-vous à vos enfants, aux jeunes et moins jeunes, à propos du consentement?

Geneviève Chénard : Maman de deux filles ados, ça fait longtemps que je leur apprends  à respecter les limites de l’autre et leurs limites. À être capable de dire non et de (se) respecter. Je pense que ça fait partie du développement de l’empathie. Et je leur ai surtout dit depuis la tendre enfance que peu importe, je les croirais et que je serai là. Avec les miennes, ça a marché à date.

Je rajouterais aussi que je connais plusieurs filles pour qui un non est en fait un « oui mais insiste pour que je me sente aimée » et pas nécessairement au plan sexuel, là. C’est souvent quelque chose que je répète aux ados en intervention: dis ce que tu veux plutôt que d’attendre que l’autre devine.

Laure Rollier : J’ai un garçon et une fille donc  je leur parle de deux façons.
A mon fils, qu’il doit respecter les filles, ne pas se laisser influencer par un effet de groupe, que le corps de chacun est privé et qu’on se doit le respect à soi même et à autrui. De parler, parler, parler, toujours. Pas forcément à moi s’ils n’en n’ont pas envie, mais il y aura toujours quelqu’un à leur écoute. A ma fille, de toujours faire en sorte de ne pas se retrouver en position de faiblesse, de victime, que lorsque c’est non, c’est non!

Image tirée de YouTube
Image tirée de YouTube

Caroline Charpentier : (Faisant référence à la vidéo expliquant le consentement via une tasse de thé) Je me rend chez un ami, il m’offre du thé. Je peux changer d’idée à tout moment: avant, pendant et après (par exemple, finalement j’en reprendrai pas de thé avec cette personne). J’ajouterais aussi pour expliquer aux enfants que ce n’est pas tout le monde qui boit du thé et que c’est tout à fait correct. Si j’en bois pas tout de suite du thé, ça ne fait pas de moi une personne moins « cool » ou à part de la gang. C’est une question de choix. Il est possible que la personne a qui j’offre du thé me dise non pour plusieurs raisons. Il est même possible qu’elle n’en prenne pas avec moi mais en prenne avec une autre personne. Je peux vivre différente émotions face à ce refus comme de la déception, de la colère, ce qui est tout à fait légitime. Mais peu importe l’émotion rien ne me permet de forcer l’autre à boire absolument du thé avec moi. Au même titre que le linge que la personne porte (couleur, style, pourcentage de peau montré), rien ne me confirme qu’elle prendra du thé.

Guillaume Bertrand : Nous parlons énormément de consentement en matière de sexualité et même si ce n’est pas ma tasse de thé (huhuhu), je souhaite me prononcer sur ce sujet. Comme bon nombre de mes amis, l’histoire horrible, la nouvelle qui est parue dernièrement, concernant ces agressions (gratuites) à l’Université m’a profondément choqué. Le moment est alors venu de passer à haute vitesse des messages, afin que les individus, gars et filles, hommes et femmes, se respectent puis fassent preuve de jugement. La vie est faite pour que les enfants, les ados et les adultes, ou même les aînés s’aiment, s’entraident, puis s’amusent. Bon, pas 24 heures sur 24, ni avec n’importe qui, mais c’est essentiel. Aimons-nous donc et respectons-nous mutuellement!

Eve Anabelle Saintonge : Le consentement, ce n’est pas seulement un oui ou un non. C’est de comprendre quelles sont les conséquences positives et négatives du oui et du non. Est-ce que je serai bien avec ce choix et toutes les répercussions de choix chez moi-même, l’autre personne et ceux de notre entourage? On associe consentement aux situations négatives, mais il est aussi présent dans les situations agréables. Faisons attention de ne pas donner une connotation négative à ce mot qui peut également être positif.

 

Annie Murphy, Articles, Opinions

Ras le bol, de la culture du viol

Par Annie Murphy.

« J’ai la chance de ne jamais avoir subi d’agression sexuelle. »

Cette phrase n’a aucun sens, mais c’est celle que j’ai dit sans trop réfléchir alors que je m’offusquais contre les nouvelles des derniers jours. L’actualité me donne envie de vomir. Au-delà de ces agressions annoncées, il y a cette culture du viol omniprésente qui nous fait nous sentir chanceuse de ne pas être une victime. C’est totalement fou quand on y pense; comment pourrions-nous être privilégiée de ne pas avoir été abusée? Comme si c’était pratiquement un passage obligé dans la vie d’une femme.

14712716_1279104625465618_1031949530810249685_oLes Américains s’apprêtent à élire un président qui s’est vanté de pouvoir embrasser et caresser l’entrejambe de n’importe quelle femme s’il le voulait. Un politicien québécois aurait agressé une jeune femme qui s’est fait demander si elle était certaine que c’était un viol par le policier à qui elle a voulu déposer une plainte. La victime de Brock Turner aux États-Unis s’est fait dire que la prison, c’était cher payé pour son agresseur qui a commis une « erreur de 20 minutes ». Un juge du Canada anglais a demandé à une victime de viol en salle d’audience pourquoi elle n’avait pas essayé de fermer les genoux. Une nouvelle étude en partenariat France-Québec vient de démontrer qu’un homme sur trois serait prêt à commettre un viol s’il était assuré de ne pas recevoir de plainte criminelle.

Je pourrais continuer encore longtemps. Malheureusement.

Oui, parce que des « T’es sûre que t’es prête à gâcher la vie de cet homme-là ? » lancé par des policiers et le fouillage intensif dans le passé amoureux et sexuel d’une victime pour la discréditer en cour ne sont que des pratiques courantes. Alors que plusieurs misogynes crient au complot féministe et profitent de l’impunité que les réseaux sociaux leur procurent pour lancer leur haine sur celles-ci, on s’enfonce dans la culture du viol.

« Ouais, mais les filles qui se disent victimes de viol mentent des fois », peut-être, mais qui sommes-nous pour juger de la véracité ou non de faits qui ne nous concernent pas? Laissons la justice faire son travail et la fille qui se retrouve coupable d’avoir inventé une histoire d’agression sexuelle subira les conséquences de ses actes.

En tant que société qu’on dit « évoluée », il serait important de se faire un examen de conscience. Il faudrait inculquer un savoir-être à nos institutions et leurs membres quand vient le temps de faire face à des cas d’agressions. Si peu d’entre elles sont rapportées, il y a matière à se questionner sur le pourquoi. Les familles, l’école et même les services de garde peuvent apprendre aux jeunes enfants le respect et l’égalité des sexes. Ça ne devrait même pas être une option d’éducation, ça devrait carrément faire partie du programme. C’est le rôle d’une société de se donner les moyens d’évoluer.

Je regarde ce qui se passe et je ne sais pas si je dois être triste, fâchée ou avoir peur, mais je serais portée à dire les trois.

Et pourtant, on n’a pas choisi ça.