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Aux belles femmes rondes de mon enfance

Par Eve Anabelle Saintonge.

À 8 ans, dans ma douche, j’étais obsédée par mes cuisses.

Plus grande et plus formée que les autres de mon âge, j’avais condamné mes cuisses comme étant trop grosses et dégoutantes. Je n’aimais pas qu’elles se touchent. Les cuisses des autres ne se touchent pas, les miennes si, alors elles sont grosses. 

photo personnelle de l'auteure
photo personnelle de l’auteure

Pour y remédier, j’avais trouvé une manière de me tenir et de marcher afin d’éviter cette accolade. Je marchais toute croche. Pas pratique pour jouer, j’ai vite cessé, mais ma tête y pensait à chaque fois que je le sentais.

D’où peut bien venir cette obsession. Je vous le garantis que je n’étais pas grosse!

Les médias? L’hypersexualisation?

Je ne crois pas.

Un enfant répète et intègre les discours des adultes autours de lui et les transforme dans ses propres pensés et actions.

Voyez, les belles femmes rondes de mon enfance n’ont jamais aimé leur corps. Elles se sont toujours plaintes qu’elles avaient de trop gros seins, trop de rondeurs, pas assez de fesses. Elles s’en plaignaient au point où elles avaient débuté à croire que leur conjoint leur faisait une faveur de les trouver belles.

‘’Mais toi Anabelle, tu es tellement belle! Regarde ça! Tu portes la même grandeur que la Céline Dion. Peux-tu croire comment elle est mince. Un corps sportive de-même, moi j’en ferais des affaires’’.

Leurs compliments bien intentionnés étaient en fait bien maladroits puisqu’à les écouter critiquer leur corps, j’ai appris à critiquer le mien.

À la place de me regarder dans le miroir et aimer cette machine, j’ai grandis avec les petites phrases remplies de frustrations, de haine et de dénigrement.

La saison des maillots, des cracs de tétons, des six packs et l’exposition des tatous commence bientôt. Nous sommes tous et toutes confrontés à ces petites phrases qui tournent dans notre tête.

Je ne demande pas à ce qu’on aime soudainement notre corps, on a tous nos histoires.

Mais faisons attention à ce que nous disons devant les enfants. Ils et elles l’entendent, l’enregistrent, jouent et répètent ces phrases malsaines que nous disons et l’appliquent à eux-mêmes.

En refusant de nous aimer, nos enfants apprennent à se dénigrer.

Choisissons de mettre notre maillot. Choisissons d’avoir du plaisir. Choisissons de construire des beaux souvenirs d’été. Choisissons de profiter plutôt que de laisser nos jugements nous rendre misérables.

Finalement, chères femmes rondes de mon enfance, moi je vous trouve chaleureuses, accueillantes,  aimantes et tendres. Belles. Pouvez-vous le voir comme je le vois?

Articles

Keep calm et… on est en 2015

Ce billet a été rédigé par Stéphanie Deslauriers, psychoéducatrice et fondatrice de Ensemble Maintenant.

Un texte publié à propos de cette maman qui refuse à sa fille de porter des bretelles spaghetti parce qu’elle doit « protéger son mystère ». Une fille de 4 ans. Alors que des parents sont outrés que leur fillette se fasse dire de « mettre un haut » lorsqu’elles sont en petites culottes dans les jeux d’eau de leur ville, en été, et qu’elles ont à peu près ça, 4 ans. C’est-à-dire AUCUN sein. Même pas près d’en développer, en plus.

Nommons les choses par leur nom : seins. Vulve. Pénis. Fesses. Pourquoi tant de mystère, justement, quand vient le temps d’aborder la sexualité et le corps dans son ensemble? Sommes-nous gênés de dire « coude », « orteil », ou « genou »? Non? Ben, vulve, pénis, fesses et seins, c’est la même affaire : des parties du corps. Super importantes pour la reproduction et l’évacuation de l’urine et des selles (oui, pipi, caca).

Des gens – des femmes, pour la plupart – s’indignent de la réaction d’une coach familiale, auteure, conférencière et travailleuse sociale bien connue pour son gros bon sens, puisque celle-ci dénonce le texte et le #bodyshaming.

Moi, je dénonce la culture du viol. « Ben là, tu y vas pas un peu fort? ». Pantoute. C’est exactement ça, la culture du viol : faire croire aux filles et aux femmes qu’elles doivent se cacher pour ne pas se faire agresser. Qu’elles sont responsables du fait que les gars louchent dans leur décolleté parce que tsé « t’as juste à pas en porter si t’as pas envie de te faire checker les boules ». viol.

C’est aussi de leur envoyer le message que si elles se font agresser, elles auront couru après. Et c’est archi-faux. Tu peux être en suit de neige, en col roulé tout droit sorti des années 80 (merci hipsters d’avoir remis cette mode sous les feux de la rampe), être laitte (ben oui), pas sentir la rose, avoir des poils à tous les endroits imaginables bref, ne pas correspondre aux critères de beauté occidentaux et te faire violer pareil! Ou te sentir honteux(se) de ton corps, de tes attributs, de tes courbes. Ça va être beau quand la fillette du texte dont je faisais mention en début de billet commencera à avoir des hanches et des seins : « Cache tes mystères, ma fille. Vite : enfile du 3X large même si tu portes du medium ». Ça sent l’acceptation de son corps à plein nez et éventuellement, une vie sexuelle telllllement épanouie…

Hen? Quoi? De quoi je me mêle si cette madame-là veut transmettre ces valeurs-là de culture du viol à sa fille? Ah, ben t’as raison : PAS de mes affaires. Ou en fait, oui, de mes affaires. Parce que le bien-être des enfants, des ex-enfants me tient à cœur. Et que je ne crois pas que ça passe par du #bodyshaming et du #slutshaming. Et aussi, parce que cette femme donne des conférences sur le sujet, en scandant haut et fort qu’il faut « se cacher les mystères » (pour éviter d’être victime de plein d’affaires). Et ça, ça me met en rogne qu’en 2015, on continue de propager des valeurs rétrogrades. Hey, fille, on est en 2015. justin-trudeau