Raconte-moi une histoire

Par Laure Rollier.

Avez-vous des rituels du coucher chez vous? Chez nous, outre le bisou, le pipi, le verre d’eau, dans l’ordre ou le désordre, aucun enfant ne se couche sans avoir lu. Je vous entends déjà dire « encore faudrait-il qu’il sache lire, le dit-enfant! », un point pour vous. Ceci dit, j’ai toujours considéré le fait d’écouter une histoire étant tout petit comme un premier pas vers la lecture.

On voit bien lorsque l’on se pose dans un endroit calme avec un bébé et un livre, que l’on capte immédiatement l’attention de celui-ci. Le bébé est dans l’oral durant les premières années de sa vie. La voix de sa maman est son point de repère. Le tout-petit est d’autant plus intrigué lorsque son parent raconte une histoire car il perçoit les changements de ton et se rend compte qu’il se joue un lien entre ce qu’il entend et ce que l’adulte lui transmet à travers cet objet un peu étrange. Les bébés sont extrêmement curieux et avides de nouveautés. Lorsque vous lirez une histoire courte à votre bout de chou, observez le. C’est étonnant.

15219464_1032260566897323_8843289470355328062_nLorsque je lis une histoire avec mes enfants, j’ai l’impression d’entrer dans un monde qui n’appartient qu’à nous, c’est un moment particulier et privilégié aussi. C’est aussi drôle de découvrir que l’enfant, parfois, perçoit le texte d’une manière totalement différente de la notre ( et donc a priori de l’auteur), on entre à petits pas dans son monde imaginaire. Moi, je me souviens de mes livres d’enfant, je revois encore la couverture, les illustrations, je suis sûre que vous aussi, non?

Ouvrir un livre c’est ouvrir une bulle qui peut nous transporter où nous le souhaitons. Faire ce voyage avec son enfant, c’est encore plus exaltant. Les années passent et certains livres sont plus abimés que d’autres, certains n’auront jamais quitté l’étagère, dur pour l’album en question qui n’aura pas séduit et ni participé au développement des gouts de son hôte.

Un jour, on se retrouve à passer la tête dans l’entrebâillement de la porte pour surprendre celui qui dévore Game of Thrones et celle qui vide la bibliothèque Rose. Et on repart sur la pointe des pieds. Pour ne pas troubler le petit lecteur, qui, le temps de quelques mots couchés sur du papier, vit des aventures qu’il n’oubliera jamais.

Est-ce que je passe assez de temps avec mon enfant?

Par Marie-Hélène Chalifour.

On est tous d’accord pour se dire qu’il est important, voire nécessaire, de passer du temps avec notre enfant. Avec notre rythme de vie parfois un peu fou, vous est-il déjà arrivé de vous demander comment vous alliez faire pour ajouter un moment de jeu à l’horaire ? Il n’est pas rare de lire que la qualité prime sur la quantité. Explorons ensemble cette affirmation.

D’abord, qu’est-ce qui fait qu’un moment parent-enfant est considéré comme « nourrissant » ? Parfois, on peut passer une journée complète avec nos enfants autour de nous et réaliser, à la fin de la journée, qu’on a été plus le gestionnaire de la journée et de nos pensées que d’être « connecté » à lui. On peut aussi faire le parallèle avec une soirée passée en compagnie de notre conjoint(e). On a beau vivre dans la même maison, on peut facilement être « près » l’un de l’autre (sur nos tablettes, devant la télévision), mais n’avoir aucune idée de ce qui se passe pour lui à la fin de la soirée. La composante physiologique est un bon repère pour savoir si notre moment avec notre enfant nous a permis de se sentir nourris, heureux et comblés. En effet, ces moments chargent notre organisme d’ocytocine, une hormone qui détend et donne une sensation de sécurité et de bonheur (Filliozat, 2011).

Image tirée de la collection personnelle de l'auteure. Merci de ne pas télécharger cette image.

Image tirée de la collection personnelle de l’auteure. Merci de ne pas télécharger cette image.

Si l’on revient à notre affirmation du départ, oui la qualité de ces précieux moments passés avec nos enfants est importante. Pourquoi ? Chaque personne a en elle un réservoir d’énergie adaptative. Pour l’enfant, ce réservoir se remplit par l’attachement, l’amour que je lui donne comme parent. Il est son carburant. Il peut prendre la forme de câlins, de rires, de temps de jeu, de regards remplis de tendresse, de mots doux, de discussions, etc. C’est ce qui permet à l’enfant de bien fonctionner, de lui fournir l’énergie adaptative pour faire face au stress (Filliozat 2011). Idéalement, on tente de ne pas attendre que le réservoir soit à sec pour le remplir…comme la voiture, on veut tous éviter de tomber en panne ! La prévention est donc notre meilleure alliée.

Que peut-il arriver si le réservoir de notre enfant est au bas niveau ? : « […] ses circuits cérébraux sont en manque. Crises de rages, de pleurs pour un rien, comportements excessifs sont autant de manifestations de détresse du système nerveux » (Filliozat, 2011, p.36). Je sens déjà la culpabilité monter en chacun de vous. Attention ! Cette auteure précise bien que tout n’est pas par manque d’amour, beaucoup de comportements peuvent s’expliquer par l’état physiologique des enfants (voir référence pour en savoir plus à ce sujet).

Et la quantité dans tout ça ? Et bien comme chaque humain est unique, le réservoir d’amour de l’enfant peut demander plus ou moins de carburant selon ce qu’il vit et les stress auxquels il doit faire face. Chose certaine, il s’agit d’un outil puissant qui peut devenir d’un grand secours lorsque l’on se sent dépourvu face à une situation avec nos enfants. Prendre 5 minutes pour commencer la journée avec un gros câlin et des bisous remplis de tendresse est nourrissant pour l’enfant comme pour le parent et est un bon carburant pour affronter la journée. Même chose au retour à la maison, avant de se précipiter dans la préparation du repas, permet à l’enfant de remplir son réservoir dont le niveau a diminué en cours de journée. Une amie à moi, maman de deux jeunes filles, vivait des retours à la maison plutôt chaotique. À un certain moment, elle a eu l’idée de donner le bain aux enfants au retour à la maison. Elles avaient donc un moment de « connexion » avec elles tout en leur permettant de faire la transition entre l’école/la garderie et le retour à la maison. La tension dans la maison a chuté drastiquement depuis ! À chacun de trouver la formule qui lui convient !

Et si on se donnait le défi de commencer et finir la journée avec une grosse dose d’amour ? Vous pouvez visionner la vidéo suivante pour vous inspirer : https://www.youtube.com/watch?v=XxTv9StQflU

Références :

Filliozat, Isabelle (2011). « J’ai tout essayé ! » Opposition, pleurs et crises de rage : traverser la période de 1 à 5 ans. Poche Marabout Enfant.

 

 

 

 

 

Être à la maison

Par Stéphanie Deslauriers.

En troisième année de baccalauréat en psychoéducation, j’ai visionné Patch Adams dans le cadre d’un cours sur la relation d’aide (et certains étudiants sont même allés visiter Patch Adams lui-même sur son ranch !).

Une scène m’a profondément marquée : au tout début du film, Patch est assis dans le train et rentre chez lui. Et il fait référence au « chez soi » comme étant une personne – des personnes – et non pas nécessairement un lieu.

Pitou, en voyage avec la famille. Tant qu'il est avec nous, il est chez lui.

Pitou, en voyage avec la famille. Tant qu’il est avec nous, il est chez lui.

La semaine dernière, pour les 10 ans de Poulet, on est allé en camping dans une hutte de Hobbit. Le matin, on sort se promener, prendre des photos, jouer dans la nature. Après avoir tenté – et réussi – d’escalader un billot de bois en pente « pour faire comme le p’tit suisse », Poulet en a assez. « Bon, on retour à la maison ! »

Il faisait référence à « notre » hutte de Hobbit. Pour lui, « la maison » était là où on logeait momentanément, depuis à peine 12 heures.

Là où son père se trouvait, probablement en train de faire du feu dehors.

Là où on avait joué aux cartes toute la soirée de la veille, à la chandelle.

Là où Poulet avait justement déclaré, avant d’abattre sa dernière carte et ainsi, remportant le super tournoi de « 8 » : « C’est la deuxième plus belle soirée de toute ma vie ! » (La première étant une où il avait joué en réseau à un jeu de geeks avec son père).

Non, être à la maison, ce n’est pas nécessairement un lieu. Ce n’est pas trouver la perfection – en soi, en l’autre, en des événements et contextes de vie.

Être à la maison, c’est trouver cet endroit à l’intérieur de nous où on s’aime assez.

Où on se trouve ben correct de même.

Où on retrouve les gens qui pensent aussi qu’on est ben correct de même.

Et qu’on trouve, nous aussi, ben corrects de même.

 

Et elle n’est pas encore à l’école?

Par Laure Rollier.

Si vous êtes une maman Française, que vous avez un enfant entre 2 et 3 ans et qui n’est pas scolarisé, alors vous avez forcément entendu cette « remarque-question ». Moi je l’entends très régulièrement. Pour toutes les mamans Québécoises qui froncent le sourcil en lisant ce début d’article, je vous explique. En France, les petits deviennent des élèves dès l’âge de 3 ans, bien que l’école soit, comme chez vous, obligatoire seulement à 6 ans. Donc, ils entrent en maternelle pour trois ans (petite section, moyenne section et grande section) avant le grand saut vers le Cours Préparatoire (CP) qui est l’équivalent de votre 1ère. J’espère que tout est clair des deux côtés de l’Atlantique…

Les petits Français sont donc en classe dès leur troisième année, plus l’immense majorité. Mais notre particularité est que l’école dès 2 ans est autorisée, même si tous les établissements ne les acceptent pas, environ 40% des écoles publiques. A la rentrée 2013, un enfant de 2 ans sur huit était scolarisé en « Toute Petite Section », notons toutefois que ce chiffre n’a cessé de baisser depuis le début des années 2000. Ceci dit, cela reste quelque chose de courant et encré dans la société Française.

illustration réalisée par Laure Rollier

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On m’interpelle souvent sur le fait que ma fille ne soit pas encore inscrite en maternelle du haut de ses 30 mois. « C’est la petite dernière, tu veux te la garder encore pour toi? », « Est-ce la petite qui n’est pas prête ou bien est-ce Maman? »… Je remercie ces personnes de s’intéresser autant à l’éducation, la construction et aux capacités cognitives de ma fille mais « nous » allons très bien. Merci. La pédopsychiatre Myriam Szejer, dans son livre « L’entrée à la maternelle: une grande aventure pour l’enfant » explique: « Entre 2 et 3 ans, un enfant est en pleine construction de soi et a besoin de nommer, d’apprendre et d’harmoniser ses sensations et celles de l’autre. Avec vingt-cinq à trente élèves dans sa classe, une institutrice, aussi bienveillante soit-elle, n’est pas assez disponible pour aider chacun à construire son identité. » Chaque parent y trouvera son compte ou non. Toujours est-il que beaucoup de facteurs entrent en jeu dans leur décision; économiques, sociaux… Ce n’est pas forcément facile pour tout le monde. Evidemment. Alors à cette sempiternelle question, moi je dirais: Si vous en avez la possibilité, pensez en priorité à votre petit bout. Posez vous les bonnes questions. Il peut être gardé par sa maman mais avoir une vie sociale épanouie, oui je vous assure! Un enfant ne ressemble pas à un autre, même au sein d’une fratrie. Qu’il aille à l’école maintenant ou dans six mois, ils seront tous en Cours Préparatoire au même moment. Et oui.

« Et elle n’est pas encore à l’école? »
« Non, elle n’est pas encore à l’école. Elle apprend à se construire dans un environnement qui lui est familier et protecteur, elle apprend à se connaitre individuellement avant de se confronter à un groupe, elle profite de ses deux heures de sieste quotidienne sans contrainte, elle évolue pas à pas, à son rythme. Elle entrera à l’école à trois ans et aura bien le temps de suivre un emploi du temps qu’on lui imposera. »
Tiens si on prenait un point de vue q

Et elle n’est pas encore à l’école?

uébécois sur la question?

Petites tendresses

Par Eve Anabelle Saintonge.

Épuisée, en crise d’angoisse devant l’épreuve du sommeil, il n’y a rien a faire, tu ne veux rien savoir de t’endormir. Papa, maman, papa et maman, câlins, tété, doudou, toutou, rien n’y fait. Le sommeil ne sera pas vainqueur ce soir.

Couchée sur moi, en pleurs en train de mordiller tes petits doigts pour soulager la douleur de ta poussée dentaire, la seule chose qui me reste à faire pour calmer tes sanglots est de te caresser.

Te caresser comme moi on m’a caressée quand j’étais petite. Les cheveux sur le côté de la tête et placer les petites frisettes derrière les oreilles.

Ces petites caresses qui soulagent, calment, sécurisent et construisent l’attachement.

Ces échanges qui communiquent plus que les mots et qui restent gravés à travers les âges.

Crédit photo : Eve Anabelle Saintonge

Crédit photo : Eve Anabelle Saintonge

Quels tendresses avez-vous reçues qui sont restées avec vous et que vous faites naturellement?