« Ils ne vont pas bien, ceux qui intimident »

On en parle de plus en plus, ces derniers temps.

Le suicide de Marjorie Raymond n’y est pas étranger.

Ça existe depuis longtemps.

Ça laisse des traces depuis longtemps.

Certains ne s’en sortent pas.

Certains se tuent, afin de tuer la souffrance qui les avalent tout rond de l’intérieur, ne voyant aucune issue, n’en pouvant plus d’espérer, en vain.

Certains survivent. Mieux que ça, certains vivent.

C’est le cas de Vicky. Cette maman de 34 ans que j’ai connue grâce à Twitter. Qui, il y a quelques semaines, dans le cadre des « jeudi confession », a confessé s’être fait intimidée étant plus jeune, s’être fait uriner dessus, tabassée. Mais qu’elle y avait survécu.

Je lui ai écris. Il fallait que je lui parle. Pour moi, pour avoir espoir qu’on s’en sort. Pour les autres, pour qu’ils constatent la même chose.

Elle a accepté de me rencontrer.

J’arrive avant elle. Je m’installe à la table du restaurant, en lisant le journal. « Stéphanie? ». C’est elle. Je lui fais la bise. Comment ne pas accueillir quelqu’un de façon chaleureuse quand je sais que je la ferai replonger dans des souffrances, dans des blessures affectives intenses. Quand je sais que dans quelques heures, elle aura changé ma vie un peu, beaucoup. Quand je sais que je la verrai telle qu’elle est, avec ses vulnérabilités, ses plus grandes craintes, ses pires souvenirs, ses pires secrets.

J’ai, assise devant moi, une femme. Et une enfant. Une enfant blessée, devenue femme, devenue mère, amante, amie. Et elle me parle comme je vous l’écris; par flash, par « souvenirs photos », par bribes.

En 4e année, quand elle est déménagée à Rigaud. Qu’elle était la petite nouvelle, que tout le monde regarde, sous toutes ses coutures. Une premier geste d’agression : un enfant prend ses ciseaux et coupe la manche de son chandail dans l’autobus. La honte. La crainte d’être punie. La culpabilité de savoir que sa famille n’a pas beaucoup de sous, que c’est sa mère qui confectionne ses vêtements et qu’un chandail, ça vaut bien plus qu’un simple morceau de tissu. Vicky le cache dans sa poubelle, sous ses retailles de papier, enfoui, effaçant toute trace de son existence.

Vicky qui se fait enduire les cheveux de goudron. Qui doit couper ses cheveux très courts pour en venir à bout.

Vicky qui se fait bousculer dans les marches. Qui fend son coude. Qui se fait dire de se la fermer, si non, elle se fait péter l’autre coude. Vicky qui va à la salle de bain, enroule sa blessure dans du papier de toilette, et la camoufle sous son chandail. Vicky qui, à la fin de la journée, a ses tissus adipeux et ses globules qui ont commencé leur travail de cicatrisation. Avec le papier de toilette pris dans sa peau. Qui doit aller à l’hôpital, se faire vacciner contre le tétanos, se faire coudre le coude.

Vicky qui arrive à l’école le lendemain et qui se fait dicter par la personne qui l’a bousculée de retirer son pansement. Et qui tire, un à un, sur ses points de suture.

Vicky qui se fait une amie. Une victime d’intimidation, comme elle. Mais qui ne se défendent pas l’une l’autre lorsqu’elles se font maltraitées respectivement, parce qu’elles ont peur. Parce qu’elles sont peut-être soulagées, quelque part, de ne plus exister pour autrui pendant que l’autre est la cible des intimidateurs.

Vicky qui se fait mettre le feu à son manteau, qui se fait faussement accuser par son enseignant de fumer en cachette. Vicky qui se fait couper les cheveux dans le cours d’arts plastiques. Vicky qui se fait faussement invitée à une fête d’anniversaire, pour se faire uriner dessus par 5 garçons.

Elle s’est faite une amie; une nouvelle, jolie, avec un corps de rêve. Populaire, appréciée des autres. Qui refusait toute invitation à moins que Vicky ne soit invitée. « Elle en a refusé, des invitations. Mais elle voulait rester avec moi. Elle disait que c’était avec moi qu’elle s’entendait bien, avec moi, qu’elle était amie. Je ne voulais pas qu’elle se tienne avec moi; je savais que ça lui nuirait ». Mais elle s’est tenue avec elle. Pendant 6 mois. Parce qu’elle a du déménagée; son beau-père l’avait agressée sexuellement et elle partait ailleurs avec sa mère. « J’avais tellement de peine pour elle. Et j’avais de la peine pour moi : je savais que si elle n’était plus là, je n’étais plus protégée par sa popularité. Que j’allais redevenir Vicky qui se fait écoeurer ».

Vicky qui, à nouveau, ne veut pas exister. Qui préfère passer inaperçue plutôt que de subir.

Jusqu’à ce que son père soit malade, lorsqu’elle avait 15 ans. Qu’elle pleure devant son casier, que son intimidatrice principale passe devant elle en l’insultant. Que Vicky la rentre dans la case, en lui disant « Ta gueule ».

Jusqu’à ce que son père meurt, que Vicky pleure à nouveau, que cette même intimidatrice la nargue encore. Et puis, black out total. Dans le bureau du directeur. L’autre fille avec le nez en sang. Vicky qui menace de se faire suspendre.

Puis, elle a commencé à vivre. À se faire des amis. Elle a fini son secondaire, rencontré son copain peu de temps après, et a eu deux belles filles. Aujourd’hui, elle a une garderie en milieu familial. Elle est heureuse, elle est bien entourée par ses amies, qu’elle a sélectionnées avec un grand soin.

Son intimidatrice s’est lancé devant un camion quelques années après que Vicky ait eu terminé son secondaire; elle n’est pas allée à ses funérailles. Trop honnête pour ça. Trop intègre pour faire semblant. Cette jeune fille avait fait deux tentatives de suicide avant celle qui a « fonctionné ». « Elle n’était pas bien, elle n’était pas heureuse. Ils ne vont pas bien, ceux qui intimident ».

Son amie qui se faisait aussi intimider avait aussi fait une tentative de suicide au secondaire. Vicky ne réalisait pas que son amie souffrait tant de la situation. Aujourd’hui, elle est dangereuse pour elle-même. On l’a internée puis, on l’a diagnostiqué « schizophrène ».

Et Vicky? « J’ai déjà pensé au suicide mais je n’ai jamais pensé que je le ferais. Pour moi, c’était un processus. Je savais que ça finirait un jour ».

L’espoir.

« J’ai toujours cru que j’était faible ». Encore aujourd’hui, elle est surprise que quelqu’un s’intéresse à elle, à son histoire. Comme si elle croyait encore ce qu’on lui avait raconté pendant tellement longtemps : qu’elle ne valait pas la peine qu’on s’intéresse à elle. Ou que si on le faisait, c’était pour la faire souffrir, et non pas pour comprendre, pour partager sa douleur. Et qu’alors, elle n’avait plus voulu qu’on s’intéresse à elle, qu’on la voie, qu’on la regarde, qu’on sache qu’elle existe.

Encore aujourd’hui, Vicky se traite de niaiseuse quand elle pleure; on l’a tellement niaisée quand elle pleurait à l’école. Et ça ravivait les agressions verbales. Alors, elle tentait de se retenir.

Encore aujourd’hui, Vicky dit que c’est niaiseux, quand elle me raconte des choses d’elle, de son présent, de sa famille, de son chum, de ses filles.

Parce que Vicky, elle a voulu outillé ses filles, qui ont 9 et 13 ans aujourd’hui. Elle a voulu les sensibiliser au mal que ça peut faire d’intimider quelqu’un. Elle a voulu qu’elles soient en mesure de se défendre, de s’affirmer. Et malgré tout ce que Vicky a fait pour ses filles, malgré ce qu’elle leur a dit, je crois que le plus beau de son travail de maman, c’est qu’elle a aimé ses filles. Et qu’elle leur a fait sentir. Qu’elle leur a ainsi permis de se construire en tant qu’êtres humains, de bâtir leur estime de soi. Pour qu’elles sachent qu’elles valent la peine qu’on les traite avec respect, qu’on les aime, qu’elles n’ont pas besoin de faire du mal pour avoir du pouvoir, des regards, de l’attention.

Vicky est forte, malgré qu’elle se croie faible. C’est d’ailleurs une caractéristique de certains gens forts; ils ignorent qu’ils le sont.

Une jeune fille de 18 ans, aussi rencontrée sur Twitter, a écrit « Elle est courageuse, Marjorie ». Tout de suite, Vicky lui a adressé un message. Depuis ce temps, elles correspondent. Vicky agit à titre de confidente, de source d’inspiration.

Il ne faut pas être courageux, pour se suicider. Il faut avoir arrêté de vouloir exister aux yeux des autres puis, à nos propres yeux. On ne renait pas du suicide sans souffrance. On ne renait tout simplement pas. Mais on survit, à l’intimidation. On peut même vivre.

-Stéphanie Deslauriers

Tu m’intimides, je te dénonce. Et après?

Déjà il y a trois ans, j’harcelais presque le directeur de l’école où j’étais pour faire de la sensibilisation et de l’éducation en lien avec l’intimidation. Parce que déjà au primaire, les jeunes en sont victimes, en sont témoins et en sont les coupables.

J’allais déjà dans les classes, animer des programmes du type « Vers le Pacifique », « L’agression indirecte » et autres. Ce qui ressortait? Les jeunes ne dénoncent pas parce qu’ils craignent de ne pas être pris au sérieux par les membres du personnel, de se faire traiter de « stool » par les adultes et au bout du compte, que ce soit eux qui soient punis. Ils ont peur de représailles, aussi, de la part de l’agresseur. Et que les agresseurs agressaient surtout sur l’heure du dîner, parce qu’ils savaient que les « p’tites madames qui surveillent » ne feraient rien, ne verraient rien. Ou peut-être qu’elles voient; et peut-être qu’elles ne se sentent pas outillées pour faire face à ce type de situation. Et elles ne sont pas, non plus. Bien souvent, en tout cas.

Et les victimes ne dénoncent pas parce qu’ils ont peur que les adultes de l’école ne le prennent pas au sérieux, qu’ils minimisent ce qu’ils vivent et parce qu’ils ont aussi peur que les agresseurs redoublent d’ardeur, dans l’optique où aucune mesure ne sera prise par les membres de l’équipe-école.

Et malheureusement, je constate qu’ils ont raison. Que probablement que moi aussi, je me fermerais la trappe. Parce que trop d’histoires nous montrent que les adultes ne prennent pas les moyens nécessaires pour prévenir ce genre de situations et intervenir adéquatement quand une situation d’intimidation survient. Ce qui fait en sorte que ça se répète, encore et encore.

Et que les victimes se taisent. Et que les témoins se taisent. Et que les agresseurs continuent : à agresser et à souffrir.

Parce qu’ils souffrent, eux aussi. Ils souffrent d’un besoin d’amour si intense qu’ils croient devoir détruire une tierce personne à petit feu pour sentir qu’ils sont quelqu’un. Ils souffrent peut-être d’agression indirecte (agression verbale, psychologique) à la maison, de la part de leurs parents, de leur frère ou sœur; ils intériorisent peut-être que ce mode relationnel est celui à privilégier, faute d’en avoir d’autres de la part de modèles si significatifs dans la vie d’un enfant.

Et oui, évidemment que les victimes continuent elles aussi à souffrir. À tellement souffrir qu’elles ne voient d’autres moyens que de se tuer pour arriver à tuer leur souffrance.

Ça va en prendre combien de situations comme celle de Marjorie (http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/regional/archives/2011/11/20111129-174952.html)pour qu’on prenne la situation au sérieux? Pour que le gouvernement ait envie d’investir dans des programmes de prévention auprès des adultes, afin qu’ils puissent intervenir adéquatement? Parce que oui, tous les programmes s’adressant aux élèves sont d’une qualité remarquable, mais ça sert à quoi qu’un jeune sache dire « non » et sache qu’il doit aller dénoncer s’il n’y a personne pour l’écouter et pire, pour prendre les moyens nécessaires pour que la situation se résorbe?

Pour que les commissions scolaires comprennent qu’il faut débloquer des fonds pour former adéquatement les membres du personnel, incluant les p’tites madames du dîner, le concierge et les profs? Pour que les directions d’école voient la pertinence que leurs professionnels (travailleurs sociaux, psychoéducateurs, éducateurs spécialisés, psychologues) prennent de leur temps, de leur énergie pour développer et animer ce type de formations?

Ça ne me confirme qu’une chose : on est bon, dans le curatif. On aime ça, voir les effets d’une intervention après coup.

Essayez donc, vous, de ramener quelqu’un à la vie.

-Stéphanie Deslauriers

Tu m’intimides

L’intimidation fait des ravages. Malheureusement, les enseignants, les professionnels des écoles, les éducatrices du service de garde sont mal informés à ce sujet. Ceci fait en sorte que l’intimidation peut se poursuivre, à l’insu de tous. Ou encore, l’intimidation a lieu, est vue, mais les intervenants sont si mal outillés pour y faire face qu’ils n’interviennent pas de manière adéquate. Par « adéquat » j’entends de porter secours à la victime, de sensibiliser les témoins, d’intervenir auprès des agresseurs en voyant plus loin que le symptôme, soit les comportements d’intimidation.

Parce que souvent, les enfants, les adolescents qui intimident reproduisent un comportement vécu (que ce soit à la maison, leur frère qui l’a vécu ou l’a fait subir, etc.), extériorisent une souffrance en agissant de manière dégradante et incessante auprès d’individus qui n’arrivent pas à se défendre et lancent ainsi un signal d’aide. Les « méchants », dans quelques situations que ce soient, ne sont pas « tout mauvais ».

Alors que je discours sur l’intimidation, je me rends compte que je n’en ai donné aucune définition. Est-ce que l’intimidation, c’est un jeune qui pousse un autre jeune dans une case, une fois? Non. Est-ce que l’intimidation, c’est deux personnes dans une même gang qui s’envoient promener, parce qu’ils vivent un conflit? Non plus.

La notion d’intimidation implique que le comportement de l’agresseur soit répétitif, ait un but de blesser (physiquement ou psychiquement) et il doit y avoir un déséquilibre de force. Donc, un petit de 2e année qui se fait niaiser continuellement par un plus grand de 5e année, ça serait de l’intimidation. Une jeune de secondaire 1, différent de par sa taille, son poids, son apparence physique, qui n’a pas beaucoup d’amis, qui n’a pas non plus la capacité de se défendre, parce qu’ils se laissent marcher sur les pieds, qui se fait écoeurer, à tous les jours, par la même gang, c’est aussi de l’intimidation.

Est-ce qu’il y a plus d’intimidation qu’auparavant? Probablement pas. Est-ce qu’on en parle davantage qu’avant? Oui. Est-ce qu’on en est de plus en plus sensibilisé,ce qui fait en sorte qu’on arrive à mieux l’identifier? Re-oui. Est-ce que notre vision de l’intimidation a changé, passant de : »Baaah, c’est inoffensif, ce ne sont que des enfants, ils apprennent à la dure, ça va les endurcir » à : « C’est une réalité qui cause de graves conséquences, qui fait souffrir tous les gens impliqués, que ce soit la victime, les témoins, l’agresseur, les parents et il faut que ça cesse ». Très certainement.

Pour lire des articles intéressants sur l’intimidation, par ici :

http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201103/02/01-4375246-des-sanctions-plus-severes.php

http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201103/02/01-4375240-intimidation-quand-la-police-sen-mele.php

http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201103/02/01-4375218-intimidation-chez-les-jeunes-des-dommages-pour-la-vie.php

-Stéphanie Deslauriers

« Tous ces mots, ce ne sont que des mots »…vraiment?

Parce qu’ils ne laissent pas de traces visibles, parce que sa définition est encore floue, parce que l’on n’ose pas encore se ficher le nez dans les affaires du voisin, les mauvais traitements psychologiques sont encore peu connus et surtout, peu reconnus.

Vous savez, ces mauvais traitements, que l’on désigne aussi sous le nom d’abus verbal, de violence verbale, d’abus psychologique, d’abus émotionnel, de violence psychologique ou de violence émotionnelle?

Vous savez, ces mauvais traitements qui sont considérés comme « les moins pires », lorsque comparés aux mauvais traitements sexuels, aux mauvais traitements physiques et à la négligence?

Et pourtant…

Les mauvais traitements psychologiques se définissent par huit catégories distinctes, soit le mépris, le rejet, le terrorisme (ou menace), l’isolement, la corruption ou l’exploitation, l’absence de réponse affective, la négligence et l’exposition à la violence conjugale. Les titres de chacune de ces catégories parlent pour elles-mêmes. Et que l’on se tienne pour dit, ces huit « catégories » se chevauchent plus souvent qu’autrement. Et sont souvent utilisées de manière répétée par le (ou les) parent(s), que le but soit de nuire à son enfant ou non.

Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que les mauvais traitements psychologiques accompagnent dans la grande majorité des cas les trois autres formes de violence mentionnées (sexuelles, physiques et négligence).

Et que lorsqu’interrogés à l’âge adultes, les individus ayant subit ces types de mauvais traitements se rappellent davantage des paroles peu élogieuses que leur(s) parent(s) avai(en)t à leur égard que des coups, des marques, des bleus, des cicatrices physiques.

Et les adultes ayant subit des mauvais traitements physiques à l’enfance se rappellent que chaque blessure physique infligée signifiait que son parent ne l’aimait pas. Et que c’est ce message, derrière le geste, qui leur faisait le plus mal, comparativement aux coups qu’ils mangeaient en pleine gueule.

Et que les pires conséquences à long terme, tous types de mauvais traitements confondus, sont celles reliées aux mauvais traitements psychologiques. Pourquoi? Parce que l’enfant n’a pas eu à déduire, à force de coups et de blessures, qu’il ne valait pas grand-chose. On le lui a dit. Plusieurs fois et ce, de plusieurs manières différentes.

Ainsi, on peut comprendre l’enfant de penser qu’il n’a pas de valeur, qu’il n’est pas aimable, qu’on préfèrerait qu’il n’existe pas, qu’on se fout éperdument de ses besoins (et d’y répondre, évidemment), qu’il ne mérite pas l’amour et la considération d’autrui. S’il ne les mérite pas aux yeux de ses propres parents, dans le regard de qui peut-il bien les mériter?

Peut-on lui en vouloir de se définir dans le regard des autres? D’attendre leur approbation? D’avoir peur de s’ouvrir, de crainte de se faire rejeter pour qui il est? De ne pas se faire confiance? De ne pas faire confiance aux autres?

Les mauvais traitements psychologiques laissent des traces, même si elles ne sont pas visibles à l’œil nu. Même s’ils ne laissent pas de traces épidermiques, d’ecchymoses, de cicatrices. Ils laissent des traces dans l’estime de soi des enfants, qui deviendront adolescents, puis adultes. Ils laissent des traces indélébiles dans l’histoire d’attachement des individus, dans leur façon d’explorer leur univers, d’entrer en contact avec les autres, dans le but de développer des liens solides avec eux. Car la vie, qu’est-elle sinon qu’une multitude de possibilités de se connecter aux autres? Qu’une panoplie d’opportunités d’être en relation? Qu’une infinité d’occasions de se lier à autrui?

Peut-être que les parents qui font subir des mauvais traitements psychologiques à leurs enfants n’ont pas plus (ou mieux) reçus de la part de leurs propres parents. Peut-être qu’ils essaient de faire de leur mieux. Peut-être qu’ils ne connaissent pas grand-chose sur le développement, les besoins d’un enfant. Peut-être qu’ils sont si envahis par leurs propres problèmes qu’ils n’arrivent pas à être adéquats envers leurs enfants, qui sont vulnérables et surtout, dépendants. Et peut-être qu’ils ne voient même pas ce qu’ils font, ni les répercussions que ça aura. Peut-être qu’ils sont en manque de moyens pour faire de la discipline, qu’ils se sentent dépassés, impuissants. Peut-être que c’est angoissant, que de mettre des enfants au monde. Et de ne pas avoir le contrôle total sur ce qu’ils sont, ce qu’ils font, ce qu’ils pensent, ce qu’ils disent. Et peut-être aussi que ces parents se sentent tous petits à côté de leurs enfants, qui réussissent certaines choses qu’ils n’ont eux-mêmes jamais osées rêver accomplir. Et peut-être que toutes ces hypothèses expliquent le comportement des parents. Mais elles ne l’excusent en rien.

L’enfant a besoin d’être enfant, pour pouvoir ensuite se sentir prêt à être adolescent, puis adulte. L’enfant a besoin et surtout, a le droit de pouvoir être vulnérable et dépendant, et ce, auprès de parents qui n’en abuseront pas et qui lui assureront sécurité et harmonie dans son développement.

-Stéphanie Deslauriers

Si vous êtes témoins d’une situation de mauvais traitements,  il est en votre devoir de citoyen de la signaler à la DPJ. Les coordonnées se retrouvent dans la section « Références ».