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La psychoéducation : plus qu’une distributrice de bonbons

Par Stéphanie Deslauriers, psychoéducatrice.

À cette ère ou tout va vite, ou on a constamment la pression de bien aller et de bien paraitre, on VEUT aller bien. On VEUT être de bonne humeur. On VEUT être heureux. Tout. Le. Temps.

S’il est une chose impossible, c’est bien celle-là; en effet, la vie est faite de hauts et de bas, de détours inattendus, de surprises – bonnes ou mauvaises – et inévitablement, d’un large éventail d’émotions.

Ces émotions sont tantôt agréables – la joie, la paix intérieure, la plénitude, la fierté – et tantôt désagréable – la colère, la peur, la tristesse, la déception, pour ne nommer que celles-là.

TOUT LE MONDE ressent cette gamme d’émotions de manière plus ou moins intense en fonction de la sensibilité et des aléas de la vie de chacun.

Il arrive ainsi qu’on aille chercher de l’aide dans une période de notre vie ou on se sent en GRAND DÉSÉQUILIBRE. Le déséquilibre n’est agréable pour personne (et inconfortable pour tout le monde).

Or, c’est dans cet inconfort qu’on grandit; on n’est plus confortable dans ce qu’on était AVANT et on n’est pas encore rendus APRÈS. Inévitablement, la position « entre deux », celle dans laquelle on n’a pas encore atteint l’autre rivage mais revenir en arrière n’est plus une option laisse souvent beaucoup de place à l’inconnu, l’incertitude et le manque de points de repère.

Ce qui EST hautement inconfortable.

L’humain a BESOIN de savoir, de se projeter, de planifier, bref, d’avoir un sentiment de contrôle (aussi rikiki soit-il) sur lui-même et sur la vie.

On le sait, on est aussi dans une époque de surmédicalisation (je pense notamment à cette lettre ouverte de pédiatres à ce sujet).

Rien d’étonnant : on a l’impression qu’un comprimé nous permettra d’atteindre ce nouvel équilibre et ce, rapidement. Qu’ainsi, on n’aura pas à traverser la période transitoire, ô combien inconfortable, durant laquelle on travaille très fort sur soi pour retrouver un nouvel équilibre, plus adapté à qui nous sommes en train de devenir.

J’ai lu dans un livre (The first forty days, pour les curieuses et curieux) que : Selfgrowth is painful.

Ouaip.

Ça me fait penser à l’analogie du homard (que je vous invite à visionner ici.)

Souvent, quand j’accorde des entrevues pour divers médias afin de me prononcer sur le sujet de l’article en question, on me demande des trucs. Des astuces pratico-pratiques. Des stratégies concrètes. Je réponds évidemment à cette demande – après tout, c’est un honneur d’avoir la confiance de toutes ces personnes et d’avoir l’occasion de parler de mon métier de psychoéducatrice, qui me passionne tant –  tout en spécifiant que chaque être humain est différent. Ainsi, un même truc peut ne pas fonctionner pour une personne et être vraiment efficace pour une autre.

Car tout dépend de bien plus que ledit truc : tout dépend en fait de la personne, de sa personnalité, de ses forces, de ses limites, de ses besoins, de ses intérêts, de sa motivation, de la confiance qu’elle a en sa capacité à traverser cette période difficile et de surmonter le défi qui se présente à elle, du contexte autour, du soutien reçu de la part des proches, de l’estime personnelle, alouette.

Oui, certaines stratégies sont plus indiquées pour certaines problématiques précises. Mais notre travail, en intervention, c’est d’adapter ces stratégies à chaque personne qui est devant nous afin de lui offrir un défi à la mesure de ses capacités et de ses lacunes, en respectant son rythme, ses valeurs, etc.

Non, nous ne sommes pas des distributrices de trucs, nous, les professionnel.les de la santé mentale, de l’adaptation et du soutien parental.

Nous sommes d’abord et avant tout des humains, des cliniciens souvent membres d’un Ordre professionnel (ce qui permet d’assurer une certaine qualité de notre pratique).

Nous accompagnons les individus dans une période où ils se sentent particulièrement vulnérables, nous les écoutons, les guidons, les encourageons, leur reflétons certains comportements et pensées.

Nous les aidons à traverser cette transition inconfortable en tentant de leur insuffler de la confiance et de l’espoir, d’abord et avant tout à travers la relation qu’on tisse avec eux, au fil du temps.

Créer une relation demande du temps.

Bien comprendre une situation parfois complexe demande aussi du temps.

Tout comme le changement.

Alors, soyons réalistes envers nous-même, octroyons-nous du temps pour passer au travers d’une période difficile, pour trouver de nouveaux points de repère et développer de nouvelles façons de faire plus adaptées à qui nous devenons.

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