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Grand Homme Bellissime…ou pas

Ce soir, je n’avais pas envie d’écrire; seulement de laisser les mots valser dans ma tête, sans tenter de tendre le bras pour les attraper, pour mieux les jeter sur une feuille de papier virtuelle.

Puis, j’ai lu un courriel; le courriel d’une amie, de qui j’avais reçu, quelques jours plus tôt, des messages textes confus me disant de faire attention, de ne pas sortir, de surveiller mon verre. Je ne comprenais pas. Je ne comprenais pas l’ampleur de sa détresse, de son agitation intérieure, de son inquiétude.

Elle a accueilli, en fin de semaine passée, deux de ses amies; une perdant conscience, perdant le souffle et l’autre, perdant ses moyens devant tant de pertes.

Elles ont du appeler les ambulanciers. En attendant leur arrivée, une d’elle est restée en ligne avec la réceptionniste, qui lui donnait des recommandations pour aider leur amie à retrouver le souffle, à rester consciente.

Des pleurs, de l’espoir, des peurs, du désespoir. Des paroles lancées, se voulant réconfortantes, alors qu’elles avaient elles-mêmes, à ce moment, besoin de réconfort.

Un massage cardiaque, effectué, avec seuls points de repères, les consignes de la dame étrangère à l’autre bout de la ligne. Cette dame qui vit des tragédies à des kilomètres de là, au son de la voix de gens qu’elle ne connait pas, qu’elle ne croisera jamais.

Le massage ne fonctionne pas.

Les ambulanciers arrivent. Arrivent à la réanimer. Elle est sauve.

Elle, c’est Sandra. Sandra est sortie avec Émilie, dans un bar de Montréal.

Ce soir-là, des hits des années 80 tournaient. Ça aurait pu être la dernière de Sandra; pas qu’elle ait été lasse de ce bar, de l’ambiance, du DJ, du barman, de la musique qui lui rappelle sa très jeune enfance. C’est qu’on lui a mis du GHB dans son verre. Du gamma-hydroxybutyrate. Un anesthésiant. La drogue du viol, si vous préférez.

Le GHB est un dépresseur; il détend, il désinhibe; « out » la pudeur. Mélangé à l’alcool, un autre dépresseur, il peut entraîner un arrêt respiratoire, une perte de conscience, un coma et une mort. En fait, LA mort. Parce qu’on n’en a qu’une, mort. Comme une vie. Et les deux ne peuvent cohabiter.

Sandra n’a pas décidé, de manière libre et éclairée, de consommer du GHB, ce soir-là. Elle a subit la décision de quelqu’un d’autre de lui en faire consommer. Afin qu’il puisse la consommer, elle, après. Sans qu’elle n’ait de pudeur. Sans qu’elle n’ait de souvenirs. Parce que le GHB entraîne aussi une amnésie. Sans qu’il ne soit dans le trouble après.

Les personnes qui commettent des agressions sexuelles ne vont pas bien, de toute évidence. Autrement, ils ne ressentiraient pas le besoin de jouir dans (ou sur) une fille à moitié consciente. Ils ne ressentiraient pas de désir pour une femme qui n’est pas consentante et qui ne participe pas activement à la relation sexuelle. Ils ne ressentiraient pas de désir pour une relation où il n’y a pas de réciprocité.

Malheureusement, il est difficile d’identifier ces individus profondément blessés; non, ils n’ont pas d’imperméable beige, ni des lunettes à grosses montures datant des années 70, 80. Non, ils ne sont pas tous dans leur sous-sol de Verdun à regarder des vidéos salaces avant de sortir dans les ruelles pour ouvrir leur imper devant les premières venues, avant de leur sauter dessus et de les violer, là, sur-le-champ ou plutôt, sur l’asphalte restante entre deux nids de poule.

Ils sont parfois grands, parfois poilus, d’autres fois épilés. Ils sont beaux, ou pas, ils sont musclés, ou maigres. Ils ont un beau sourire, ou un regard énigmatique. Ils sont avenants, ou discrets.

Mais surtout, ils ont « spotté » votre verre. Celui que vous avez laissé sans surveillance, le temps d’aller fumer une cigarette. Le temps d’aller faire pipi à la salle de bain. Le temps d’aller danser parce que, « c’est ma tuuuunneeeee! ».

Ce ne sont pas que les jeunes filles ayant à peine 18 ans, qui ont l’air naïves, qui ont la jupe qui couvre à peine le galbe de leurs fesses qui se font mettre du GHB dans leur verre. Une fille de Québec, mère d’un enfant, honnête, sociable, amie, sœur et femme aussi. Qui n’aime pas trop les décolletés plongeants, pas plus que les jupes qui ne couvent que le galbe de leurs fesses.

Pas parce que tu as eu 25 ans cette année que tu es à l’abri. Pas parce que tu ne sors presque pas, « juste quelques samedis soirs par année ».

On s’en fout; quand ça t’arrive, ça t’arrive une fois. Même si c’était la première fois de ta vie que tu sortais.

Je vous invite à consulter ce site pour plus d’infos, que ce soit à propos du GHB ou toute autre drogue. http://www.parlonsdrogue.com/fr/repertoire/ghb.php

Et surtout, je vous invite à surveiller votre verre, à sortir accompagnée d’une personne en qui vous avez confiance, d’un coup que quelqu’un mette du GHB dans votre verre…

-Stéphanie Deslauriers