Articles, La vie

Enfants prêtés, élèves aimés

Martine Desautels, 41 ans, enseignante passionnée depuis 18 ans. Présentement en 2e année à l’école Horizon-Soleil de St-Eustache. Aussi maman de 2 enfants de 13 et 9 ans.

Pour tous les Sebastian, Alexis, Eve-Emmanuelle, Mathieu, Sabrina, Francis, Daphnée, Émilie, Catherine, Alexandre, Tommy, Nathan…

À vous tous que j’ai côtoyés, encouragés, soignés, taquinés, disputés(!), aimés, enseignés… Au moment où j’écris, j’en suis à ma 18e année d’enseignement, à mes 583 à 606e élèves.

Depuis toutes ces années, je vous accompagne là où VIE, ÉVEIL, APPRENTISSAGE, ÉMERVEILLEMENT, ENGAGEMENT et ÉPANOUISSEMENT riment avec GRANDIR; où les « Lâche-pas, tu vas y arriver! Go Go Go! À l’attaque! Les torchons c’est pour la vaisselle! Tout ce qui mérite d’être fait, mérite d’être bien fait.» t’ont aidé à te dépasser, te sentir en confiance et te sentir aimé et valorisé.

Au fil des ans, j’ai oublié certaines notions, vécu la Réforme, les bulletins en pourcentages, en cotes, en lettres, sur papier carbone, changé de local, d’école. Par contre, rien ne s’efface dans ma mémoire quant aux fous-rires, anecdotes, complicité, apprentissages et connaissances que j’ai acquises en vous côtoyant. Votre présence m’a permis d’évoluer, de poursuivre mes objectifs, de tisser des liens d’amitié. Je vous ai vu grandir et mettre en place les stratégies efficaces pour vous aider à résoudre les petits et grands défis de votre vie d’enfant, mais aussi de futurs citoyens, futurs adultes, futurs parents et peut-être futurs enseignants, pourquoi pas!

À vous tous chers élèves que j’ai côtoyés, je vous dis un immense  » MERCI  » de m’avoir permis d’être une meilleure enseignante, une meilleure artiste, une meilleure lectrice, une meilleure personne, une meilleure amie, une meilleure maman. Vous avez suscité en moi l’émerveillement, la force, l’optimisme, l’ouverture sur le monde, la grandeur d’âme, le plaisir du travail bien fait, la vraie vie. Vous m’avez donné toute l’énergie nécessaire pour continuer mon engagement et vivre encore de cette passion qui m’habite pour ce magnifique métier.

martine articleJe souhaite que, comme moi, vous puissiez vous aussi vous enthousiasmer pour un métier qui sera le vôtre, vous passionner pour les gens qui vous entourent et que vous sachiez vous émerveiller face à tout ce qui est beau, petit comme grand.

Et comme moi, je souhaite que vous aimiez votre vie.

Madame Martine XOX

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Bouquineuse Boulimique

Cet article est le troisième de la série « Inspiration ».

Salon du Livre de Montréal, 17 novembre 2012. Je parle de tout et de rien avec une éditrice, au 5 à 7 organisé par Librex. Alors que j’ouvre la bouche, que je place mes lèvres et que j’emplis mes poumons d’air pour propulser les mots qui font la file dans ma tête, je reçois un coup derrière la jambe. Je me retourne et dirige mes yeux vers le sol. Je vois quelqu’un penché qui tente de ramasser une canne. Cette même personne se relève en s’excusant et en me souriant. Nous nous reconnaissons; nous nous sommes rencontrées d’abord sur Twitter puis dans un lancement, quelques mois plus tôt.

Yannick tient un blogue littéraire, Livresquement boulimique , sur lequel elle critique les romans québécois qu’elle reçoit. Il y a deux ans qu’elle a commencé à partager ses avis sur ses lectures. Quand je lui ai demandé depuis quand elle était bouquineuse boulimique (son avatar sur Twitter), elle a répondu en riant :

–          Depuis toujours!

Mais depuis deux ans, elle fait ainsi la promotion de la littérature d’ici, du talent d’ici, détenu par des auteurs d’ici. Elle permet aussi à d’autres bouquineurs boulimiques de connaitre de nouveaux titres à se mettre sous la dent ou plutôt, sous les yeux.

Au tout début, elle se procurait elle-même les livres. Ça veut dire plusieurs par semaine. Ça veut dire plus d’une centaine de dollars par semaine. Alors que son blogue ne lui rapporte rien, financièrement parlant. Mais une année s’est écoulée et Yannick s’est créée une place de choix dans le cœur des auteurs et des éditeurs. Maintenant, c’est elle qui reçoit les ouvrages par la poste, qu’elle prend soigneusement en photo à chaque semaine, au plus grand bonheur de tous!

Lorsque je lui demande où elle trouve le temps de lire tous ces bouquins, en plus de les commenter et de publier ces dits commentaires, Yannick me dit que c’est beaucoup plus facile depuis un an; depuis qu’elle est en arrêt de travail.

Dans la trentaine, Yannick s’est réveillée, par un matin comme les autres. Ou presque. Ce matin-là, elle constate qu’elle n’arrive pas à faire ce qu’elle pouvait faire la veille : croiser ses doigts. L’index sous le majeur. Vous voyez? Elle a essayé pendant des mois, en vain. Puis, elle constatait qu’elle avait parfois du mal à s’habiller; non pas à agencer ses vêtements. Mais à faire les mouvements lui permettant de s’habiller, éventuellement. Vous savez, comme se pencher, lever les jambes, les bras. Des mouvements qu’on fait depuis l’âge de 2, 3 ans, sans trop d’embûches.

Elle s’inquiète, évidemment. Et consulte son médecin. Diagnostic? Sclérose en plaques. « Merci, bonne journée, Madame ».

Pas de remède; la sclérose en plaques ne se guérit pas. Pas d’indice sur la cause; les recherches ne permettent pas encore d’en identifier une. On sait cependant que c’est une maladie auto-immune; ce qui signifie que c’est notre propre corps qui nous fait défaut. Vous savez, quand on dit qu’on est notre pire ennemi…

On sait cependant que la sclérose en plaques, en s’attaquant au système nerveux central, affecte la transmission d’informations des neurotransmetteurs, ce qui affecte à son tour l’équilibre, entre autres.

Aujourd’hui, Yannick a 40 ans. Même si elle a l’air de 25.

–          40 ans? Ça se peut pas! Tu n’as pas une seule ride!

–          Non non, regarde, fait-elle en retirer ses lunettes et en plissant les yeux.

Je m’approche pour regarder de plus près.

–          Hen! Où, ça?

Elle pointe son œil gauche en disant :

–          Regarde je commence à avoir de petites ridules!

Je m’esclaffe. Elle rajoute,

–          On est chanceux, nous qui avons la peau foncée : on ride moins.

Je ne crois pas que seule la nuance de sa peau soit la cause de cette absence de rides; je crois que le bonheur y est pour quelque chose.

Parce que Yannick est heureuse et ça parait. Yannick n’a pas l’air d’une personne « malade ». Plus jeune, je croyais que la maladie, ça n’arrivait qu’aux vieux. Et que quand on était malade, on n’était que ça : malade.

Je ne savais donc pas que la maladie pouvait avoir de la grâce, tout dépendant de la personne qui la porte. Je ne savais pas qu’on Yannick Ollassapouvait faire des blagues quand on échappe sa canne et qu’elle se heurte à des paires de jambes au passage. Je ne savais pas qu’on pouvait se relever, replacer élégamment ses lunettes jolies comme tout sur son nez, avant que son petit sac Louis Vuitton ne vienne tinter sur ladite canne.

J’ai compris, il y a quelques années, qu’on est beaucoup plus qu’une maladie, qu’une étiquette, qu’une vulnérabilité.

Je confirme, en regardant Yannick, qu’elle est beaucoup plus qu’une femme atteinte de la sclérose en plaques. Elle est une amoureuse, une maman, une amie, une sœur, une fille, une auteure, une bouquineuse boulimique. Qui peut s’épanouir malgré la maladie – grâce à la maladie.

-Stéphanie Deslauriers

Pour de plus amples informations, consultez le site internet de la société canadienne de la sclérose en plaques au http://mssociety.ca/fr/default.htm .

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Salomé Leclerc

Voici le deuxième article de ma série portant sur l’inspiration.

22h quelques minutes. Vendredi soir. Les dernières notes viennent tout juste de résonner dans la petite salle de Longueuil, se répercutant sur chacune des tables sur lesquelles sont jonchés des lampions. Les deux rappels ont été effectués, la foule a inondé les interprètes d’applaudissements enthousiasmes et généreux. J’enfile mon manteau, je plane jusqu’à un muret sur lequel est apposé quelques articles faisant, sans grande surprise, l’éloge de la chanteuse. Je vois quelques personnes se masser vers la table où des disques sont à vendre, probablement en attente de voir sortir celle qui les a fait vibrer pendant cette dernière heure et demie, qui les fait vibrer avec sa voix forte et fragile à la fois à tous les jours dans leur voiture.

Elle arrive. Les gens se massent autour d’elle, la couvrent de rires, de paroles et de sourires, aussi. J’observe avant de m’approcher doucement, lentement. Je reste à l’écart. Je la vois signer des pochettes de CD. « Merde. Je ne savais pas. Avoir su, je l’aurais amené, moi aussi. Tant pis ». Les gens s’en retournent à la maison, leur CD signé, leurs oreilles comblées.

Je suis seule avec elle. Je m’approche encore un peu. Je ne peux faire autrement que constater que j’ai les jambes molles et la bouche pâteuse. Et je lui déballe tout; je lui raconte comment une amie – qu’elle connait parce que cette dernière l’a invitée à souper après un show (invitation qu’elle a joyeusement acceptée!) et lui a fait passer un instant extraordinaire – m’a fait écouter son CD, un soir collant de juillet, alors qu’elle me ramenait à la maison après une soirée bénéfice. Je lui raconte comment toutes deux si bavardes nous sommes soudain tues, pour laisser sa voix nous envahir, ses paroles nous fasciner, sa guitare nous atteindre pendant de longues minutes. Comment, alors que nous étions stationnées devant chez moi, nous avons mis la voiture sur les quatre clignotants, parce qu’arrêtées dans une zone interdite, afin de terminer l’écoute de cette musique. Comment, le lendemain, je suis allée me procurer son CD. Comment, dès ce jour, je n’ai fait que l’écouter en boucle; dans la voiture, dans mon salon, devant mon écran d’ordinateur, à la recherche d’inspiration. Comment cette obsession ne m’était pas arrivée depuis des années; comment cela remonte à Passe-Partout, alors que j’avais 5 ans. Je lui ai raconté comment j’étais inspirée de voir qu’une jeune femme de mon âge fasse de sa vie ce qu’elle a toujours voulu faire. De la musique, de surcroît; un domaine instable, incertain, où tu peux rester choriste toute ta carrière, malgré l’ambition d’être à l’avant-scène. Je lui ai nommé comment j’étais impressionnée qu’elle ait tout donné pour que cela se produise; son temps, son énergie, sa passion. Comment j’étais ivre de sa présence sur scène; de sa capacité à donner au public puis à se retirer en elle. Comment j’étais touchée par son authenticité, sa capacité à être elle-même, tout simplement. Sans artifices. Il faut être vraiment confiant pour savoir se dévoiler ainsi. Comment j’étais intriguée par sa vulnérabilité.

Tout ça, je lui ai dit en deux minutes, probablement. Je parlais si vite; les idées se bousculaient dans ma tête et je voulais être bien certaine de ne rien oublier, de  lui transmettre toute mon admiration. J’admire cette femme qui sait m’atteindre, me faire pleurer, me faire chanter, me faire sourire, me faire revenir adolescente, alors que je chante à tue-tête dans ma voiture en m’imaginant sur une scène avec une guitare. Parce que je rêve d’apprendre à jouer de la guitare! Mais je sais que ça prend du temps, apprendre. Et que je n’en ai pas, pour l’instant.

Plus que ça, j’admire cette femme qui a su croire en ses rêves, croire en elle et ainsi, tout mettre en place pour arriver à ses fins. J’admire cette femme qui transpire l’intelligence, l’insouciance, la rigueur, le laisser-aller. J’admire cette femme aux milles talents; celui d’écrire, puis de composer et finalement, d’interpréter.

J’admire cette femme qui sait être un être humain, tout simplement. Ou plutôt, tout difficilement.

-Stéphanie Deslauriers

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l’Inspiration avec un grand « I »

Il y a quelques semaines, après avoir reçu un courriel d’une lectrice me disant que mes mots la touchaient, qu’elle écrivait aussi et qu’elle souhaitait travailler en intervention, j’ai décidé de vous faire part, moi aussi, de ce qui m’inspire. Il s’est avéré qu’il s’agit plutôt de « ceux » qui m’inspirent. Et encore là, je devrais dire « de celles qui m’inspirent ». J’ai voulu faire un article pour l’ensemble de ces femmes et je me suis ravisée ; je ne pouvais pas résumer en quelques lignes ce que chacune d’elle m’apporte, m’insuffle. Voici donc la première d’une série de 3, 4, 5, 10, qui sait ! Quand il s’agit de l’inspiration, il n’y a pas de limites. C’est là même la définition de l’inspiration.

J’arrive au Salon du Livre de Montréal, excitée comme une puce. Et nerveuse, un peu, aussi. Je sais qu’il y aura foule et que ça me donnera le tournis. Je sais cependant que je rencontrerai enfin en chaire et en os des lecteurs, des familles, des jeunes, des frères, des sœurs, des éducatrices (et deux éducateurs !). Et que j’aurai l’occasion de voir ou de revoir des auteurs avec qui j’échange via les réseaux sociaux. Que j’assisterai à un cinq à sept (ou plutôt à deux…donc un 10 à 14 ?) plus glamour l’un que l’autre.

Alors que j’assiste au party du groupe Librex, entourée de vedettes du monde littéraire, j’aperçois Nathalie Roy. Et je me revois, quelques mois plus tôt, à la librairie. Fidèle à mon habitude bimensuelle, j’en suis à zyeuter les pages couvertures des livres, à repérer les noms des auteurs que j’aime ou que je ne connais pas encore. Je tombe alors sur un bloc présentant « La vie épicée de Charlotte Lavigne ». Je me rappelle qu’une amie avait grandement apprécié ce roman. « Pourquoi pas ! ». Je m’empare d’une copie, la retourne et parcours l’endos. Le résumé me plait bien ; je suis preneuse. Je lis le court résumé de la vie de l’auteure : « Nathalie Roy est journaliste, réalisatrice et scénariste ». « Chanceuse », que je me dis. « Elle a une carrière de rêve. Et maintenant, un roman. Wow ! ». C’est avec une pointe d’envie que je me rends à la caisse, « Charlotte » 1 et 2 sous le bras.

Quelques mois plus tard, non seulement j’ai littéralement dévoré ses deux premiers tomes, mais j’ai aussi eu la chance de lire le 3e, que dis-je, de l’engloutir ! Entre les tomes, j’ai rencontré virtuellement Nathalie via Twitter puis via Facebook. Le monde étant ce qu’il est, petit, je réalise que c’est une amie d’une amie. Nous échangeons parfois sur les réseaux sociaux. Ma constatation : non seulement est-elle bourrée de talent, mais elle est magnifique ; jolie comme tout, souriante, sympathique. Non mais, quand t’as tout pour toi. Eh bien c’est ça. 

Et quelques semaines plus tard encore, je la vois dans une des salles du Hilton, encore une fois tout sourire. Je m’approche d’elle pour la saluer, avec l’attente d’avoir une (trop) brève discussion avec elle qui n’abordera forcément que nos projets d’écriture. Il n’en est rien.

En fait, c’est faux. Nous parlons de « Charlotte »…15 secondes. Puis, Nathalie me parle de ce qui l’a menée à ce personnage : son expérience.

Nathalie a, comme l’endos de ses livres l’indique, travaillé dans les communications. Elle a été longtemps derrière les caméras, avant de vouloir faire un saut à l’avant de celles-ci. Pour ce faire, elle a soigné son image ; perte de poids et cours de diction, a-t-elle décidé. Elle voulait tout mettre en œuvre pour que son rêve se concrétise. Puis, ça y est : elle est en ondes ! Elle fait quelques apparitions télé avant de commencer à ressentir des douleurs physiques.

Rapidement, elle fait un tour sur Internet, à la recherche d’explications, de conseils, d’un diagnostic, qui sait. « Polyarthrite rhumatoïde ». Qui touche trois fois plus de femmes que d’hommes. Qui touche 1% de la population canadienne. Qui se déclare généralement entre 25 et 50 ans. Comme ça. Sans même crier « gare ». Sans avertissement ni préavis. Cette maladie chronique, auto-immune de surcroit, débarque dans la vie des gens qui en souffrent et s’installe tout doucement. Parfois, plus brusquement. Dans aucun cas elle ne s’en va. Elle ne se guérit pas. On vit avec. Et ici, « on » exclut la personne qui parle. Du moins, pour l’instant. Elle pourrait être sournoise, cette maladie. Nathalie, au même âge que moi, ne pouvait prédire qu’elle en serait atteinte dans la trentaine.

Rapidement, elle va consulter son médecin, qui confirme son diagnostic. Rapidement aussi, elle commence à recevoir des traitements. Et les traitements précoces aident à contrôler les manifestations de la polyarthrite rhumatoïde avant qu’elle ne fasse trop de ravages. Des traitements qui coûtent les yeux de la tête, il va sans dire. Qui coûtent les yeux vifs et pétillants de Nathalie. Mais ça, elle ne s’en plaint pas. Elle fait avec.

Rapidement, elle doit quitter les ondes. Car elle doit se reposer, complètement, pour plusieurs semaines, lorsque sa nouvelle coloc fait des siennes. C’est qu’elle est accaparante, celle-là.

Mais rapidement, Nathalie a envie de faire quelque chose de son temps, de son talent, de son énergie peu à peu retrouvée. « Écrire ». Et elle écrit. Et son projet est accepté. Pour un, non deux, ah non trois tomes. Et elle se plonge dans « Charlotte », corps et âme ou plutôt, cœur et âme.

Et c’est ainsi qu’en 2011, le tout premier tome de « Charlotte » est sur les tablettes des librairies. Charlotte, qui est née de l’union forcée entre Nathalie et son arthrite. Charlotte, qui permet à de nombreuses femmes (et à certains hommes aussi) de faire comme leur héroïne : vivre leurs rêves. Ce qu’elles ne savent pas, c’est que leur vraie héroïne est plutôt Nathalie.

Nathalie, qui apprend à vivre avec sa maladie. Nathalie, qui ne s’incline pas devant elle. Nathalie, qui ne s’apitoie pas. Qui a envie de vivre, au plus profond de son être, au plus profond de ses articulations parfois endolories. Nathalie, qui fait aller, dans une valse rythmée, ses 10 doigts sur son clavier, pour se permettre de sublimer son expérience en des mots qui sauront toucher les autres, pour tantôt leur murmurer doucement des mots à l’oreille et tantôt transformer sa douce voix en un rire sincère.

Nathalie a su tirer profit de ses expériences, de ses déceptions, de ses craintes. C’est ce qui lui permet d’avancer, malgré la peur. Ou plutôt, grâce à la peur.

-Stéphanie Deslauriers

Pour visionner le témoignage de Nathalie, allez sur le site « Ma santé, mon avenir« 

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Le Mal Invisible

Lettre à Karina Marceau, réalisatrice du documentaire « Dictature affective », qui sera diffusé le 3 décembre prochain à 21h sur les ondes de Télé-Québec.

Bonsoir, Karina.

On s’est rencontrées le mois passé à l’occasion du tournage d’une émission de « Parent un jour, parent toujours » portant sur le sommeil.

J’avais alors, au courant de la semaine précédente, visionné ton documentaire « Seins à louer » et avait été inspirée par ta capacité et ta facilité, il me semble, à aborder des sujets aussi délicats.

Quelle ne fût pas ma surprise, cet après-midi, alors que je feuilletais innocemment mon exemplaire de Châtelaine du Temps des Fêtes d’apercevoir un article à propos…d’un de tes documentaires. « Dictature affective ». Je suis restée bouche bée.

L’agression psychologique est le sujet que j’ai, et de loin, le plus souvent et le plus intensément abordé au cours de mon bacc et de ma maîtrise. Quasi tous mes travaux de session ont porté sur ce sujet. Toutes mes recherches sur le serveur de l’Université de Montréal puis de l’Université de Sherbrooke aboutissaient à des articles, des auteurs, des chercheurs, des professeurs ayant étudié ce sujet invisible qui laisse cependant les traces les plus profondes.

Je me rappelle de ce documentaire où une dame témoignait de la violence dont elle avait été victime lorsqu’elle était enfant. Ce dont elle se rappelait davantage, c’étaient les insultes que son père qu’il lui proférait tout en lui assénant un coup. Le simple coup sous-entendait que son père ne l’aimait pas. Lorsqu’il le lui disait clairement, il n’y avait pas place à interprétation.

J’ai travaillé en Centre Jeunesse, aussi. Aucun des enfants placés ne l’était pour cause de violence psychologique, vous vous imaginez bien. Pourtant, depuis quelques années, il s’agit d’un motif de signalement. De mon côté, en tant que psychoéducatrice en milieu scolaire et en milieu familial, aucun de mes signalements pour cause de violence psychologique n’a été retenu. Même si les études prouvent que c’est le type de violence qui fait le plus mal. Qui laisse le plus de traces. Qui affecte le plus le développement; cognitif, affectif, relationnel. Qui a des effets à très longs termes, surtout observables à l’âge adulte. Un mal invisible. « Cet enfant mange, il a un toit sur la tête, n’est pas en situation de danger physique. Désolée, madame, on ne peut retenir le signalement ».

À quand une cohérence entre la loi et l’application de cette loi?

Enfin, la violence psychologique est perverse. Elle est insidieuse, sournoise. Elle ne se voit pas, bien qu’elle s’entende. « Les paroles s’envolent », à ce qu’on dit. Les paroles s’imprègnent, plutôt.

L’aliénation parentale, qui est une des formes de la violence psychologique, place l’enfant, bien malgré lui, dans un triangle des Bermudes où il ne peut que périr. L’enfant intègre la dichotomie. Il grandira et comprendra bien vite que rien n’est tout blanc, rien n’est tout noir. Mais en attendant, il ne saura à qui se fier. À ses impressions? À son ressenti? Aux paroles de sa mère? À celles de son père? Pourquoi les parents mentiraient-ils à leurs enfants? S’ils le disent, c’est ce que ça doit être vrai…

Et on entraine l’enfant dans un torrent de messages contradictoires.

Aucune psychoéducatrice ne l’est sans raison valable. La mienne? L’abus psychologique.

Merci de faire connaitre ce mal invisible. Merci de rendre accessible ce type de sujets. Merci pour ta sensibilité. Pour la diffusion que tu en fais, aussi. Merci de potentiellement éviter à certains enfants qui deviendront adultes de devoir justifier que ça existe pour vrai, la violence psychologique. Et que ça fait mal pour vrai, même si ça demeure intangible.

Merci de la rendre tangible.

-Stéphanie Deslauriers